Stratégie

Dossier spécial

Les 50 sociétés de gestion qui comptent

Funds Magazine - 27 avril 2015 - Par les rédactions de Funds Magazine et d'Option Finance

Toujours en décollecte en 2014, le marché français de la gestion d’actifs est désormais distancié par le Royaume-Uni et l’Allemagne. Dans une conjoncture plus porteuse, les efforts en matière de réduction des coûts, de rationalisation des gammes et d’internationalisation commencent toutefois à porter leurs fruits. Dans son édition 2015, Funds Magazine, associé à Deloitte, a identifié d’une part les sociétés de gestion françaises qui se sont le mieux adaptées à la conjoncture et, d’autre part, les sociétés de gestion internationales qui ont consolidé leurs parts de marché en France.

Source : Deloitte

En Europe, l’industrie de la gestion d’actifs a connu une année record : 634 milliards d’euros de collecte en 2014, «un montant jamais atteint sur la décennie», comme le souligne Deloitte dans sa dernière étude sur le secteur. Selon les chiffres de l’EFAMA, pour la première fois, les encours sous gestion ont franchi le seuil des 10 000 milliards d’euros, passant de 9 803 à 11 341 milliards d’euros. Cinq pays seulement sont en décollecte, la palme revenant une nouvelle fois à la France, avec plus de 20 milliards d’euros de rachats sur les fonds de droit français l’an dernier. Seul l’effet marché a permis une légère hausse des encours pour compte de tiers (+ 3,5 % selon l’AFG). Autre fait inquiétant, «la France continue de perdre des parts de marché, elle a décroché par rapport au Royaume-Uni et a été distanciée par l’Allemagne l’an dernier, indique Pascal Koenig, associé chez Deloitte. Par ailleurs, l’année 2014 a confirmé une nouvelle fois l’atypisme français en matière de collecte : - 30 milliards d’euros sur les fonds monétaires contre - 5 milliards en Europe et une poursuite des rachats sur les fonds actions, alors que la collecte a totalisé plus de 60 milliards sur l’ensemble des marchés européens.
Si les grands noms français de l’industrie tels qu’Amundi, Natixis Global AM ou AXA IM affichent des niveaux de collecte importants en 2014 (près de 80 % de la collecte de notre sélection), du fait notamment de leur internationalisation, le bilan est plus mitigé pour les acteurs de taille moyenne plus franco-français de notre sélection. Après un bon premier semestre, la tendance s’est inversée pour un certain nombre d’entre eux à partir de l’été dernier, et l’année s’est achevée sur des montants de souscriptions plus faibles qu’en 2013. Certaines sociétés de gestion ont toutefois bien tiré leur épingle du jeu : DNCA, dont le montant des actifs sous gestion a quasiment triplé en deux ans, CPR AM, H2O AM, Rothschild & Cie Gestion, Tikehau IM… Parmi les acteurs étrangers, M&G et Fidelity ont consolidé leurs positions sur le marché français.

Source : Deloitte


Une santé financière en amélioration

Plusieurs éléments positifs méritent toutefois d’être soulignés. La rationalisation de l’offre se poursuit. Dans son bilan annuel de la collecte, EuroPerformance-a Six Company note que l’offre de fonds continue de se restreindre. «En effet, les fermetures de fonds, de l’ordre de 450, restent supérieures au nombre de fonds créés. Cette tendance caractérise le marché depuis maintenant six ans à un rythme plutôt soutenu, mais a quelque peu ralenti en 2014, les clôtures de fonds ayant été moins nombreuses. L’éventail des gestions continue néanmoins de s’élargir : près de six fonds sur dix lancés cette année ont adopté un style de gestion différent de la gestion dite “traditionnelle”». La part des gestions innovantes continue de progresser, portée notamment par les sociétés de type entrepreneuriales. EuroPerformance-a Six Company regrette cependant que certaines de ces gestions aient eu à «s’expatrier» pour tirer profit d’investisseurs internationaux plus dynamiques.
La rationalisation des gammes de fonds existantes se poursuit par dissolution, mais aussi par fusion transfrontalière. En 2014, environ 8 milliards d’euros d’encours de droit français ont été fusionnés avec des fonds luxembourgeois, pour l’essentiel. Enfin, certains gestionnaires préfèrent désormais créer des fonds domiciliés hors de France pour profiter d’une meilleure dynamique de collecte. Le Luxembourg est devenu le principal pays de domiciliation des fonds.
Par ailleurs, les efforts en matière de réduction des coûts commencent à porter leurs fruits. Outre la réduction du nombre de fonds, les fonctions supports et commerciales ont été mutualisées dans certaines structures afin de diminuer les coûts. D’autres fonctions ont encore été externalisées. «Le taux de rentabilité des sociétés de gestion a progressé de deux points. La santé financière devrait continuer à s’améliorer», souligne Pascal Koenig.

Une accélération du développement à l’international

Les sociétés de gestion françaises l’ont bien compris : la commercialisation de leurs fonds à l’international constitue une étape clé de leur développement. Certaines sociétés de gestion créées ces dernières années ont rapidement compris l’enjeu et ont développé en parallèle les encours sur le marché français et sur certains marchés étrangers. Tobam ou H2O AM ont essentiellement une clientèle internationale et se sont attaqués au marché français dans un deuxième temps.Pour d’autres, la part des encours commercialisés à l’international est encore modeste, mais les ouvertures de bureaux en Europe se multiplient. C’est le cas pour Financière de l’Echiquier, qui a ouvert en un an un bureau à Milan et un à Francfort. Même chose pour Tikehau IM, qui a constitué des réseaux de distribution en Europe du Sud, ouvert un bureau à Singapour et surtout conclu un partenariat commercial et capitalistique avec Amundi pour accélérer sa croissance hors de l’Hexagone.

Une consolidation du secteur nécessaire mais lente

Avec 39 créations brutes en 2014, le nombre de sociétés de gestion continue de croître et atteindrait désormais 634 unités selon l’AFG. Cette croissance est due en grande partie à la création de sociétés de gestion en réponse à l’entrée en vigueur de la directive AIFM. Elle concerne majoritairement des sociétés de gestion immobilières, de titrisation, forestières et de capital-investissement. Le marché de la gestion d’actifs reste donc très atomisé : 76 % des sociétés de gestion ont moins de 20 salariés, selon le rapport de l’AMF. En dépit de la collecte en berne, de l’érosion des parts de marché et de la dégradation de la rentabilité, surtout dans les petites structures, la consolidation du secteur se fait attendre. Quelques opérations ont ponctué l’année 2014 : les fondateurs de SPGP ont cédé le contrôle de la société à Cédric Chaboud, ancien gérant chez Lazard ; Turgot AM a pris une participation dans la société bordelaise Alionor Capital et Hixance a acquis 360 AM. En février, Malakoff Médéric et La Banque Postale ont confirmé les rumeurs qui couraient depuis novembre sur la fusion de leurs filiales de gestion, LBPAM et Fédéris Gestion d’Actifs. Le nouvel ensemble pèsera environ 170 milliards d’euros d’encours.
En parallèle, La Banque Postale a annoncé qu’elle menait des négociations avec l’assureur Aegon, également dans le métier de la gestion d’actifs, qui prévoit l’entrée de ce dernier dans La Banque Postale AM à hauteur de 25 %. «Le nombre d’opérations de rapprochement pourrait être plus élevé, mais les obstacles sont nombreux : la fiscalité confiscatoire sur la transmission d’entreprises, la difficulté de mettre en œuvre un rapprochement entre des sociétés entrepreneuriales, etc., analyse Sébastien Manèlfe, associé Industrie Financière chez Deloitte. De plus, le marché français est jugé peu attractif par les acquéreurs étrangers. Le marché est en décollecte, les barrières à l’entrée sont trop peu élevées pour intéresser les fonds de private equity et le risque d’exécution est important.» Deux opérations d’envergure ont cependant été annoncées depuis le début de l’année : la boutique DNCA Finance passe sous le giron de Natixis, tandis que le groupe Oddo va doubler la taille de ses encours en fusionnant avec l’allemand Meriten et créer ainsi la première société de gestion franco-allemande.