L'analyse de Ludovic Vauthier

2015 : le retour de l’été indien ?

Funds - Avril 2015 - Ludovic Vauthier, Edmond de Rothschild Asset Management (France)

Le redémarrage des dépenses d’infrastructures devrait soutenir les performances du marché indien sur les deux prochaines années, signant peut-être le retour à une dynamique proche de l’embellie de 2003-2007 durant laquelle le MSCI India avait fortement progressé.

L’année dernière, le MSCI India (NR) a enregistré une performance de 41 % en euro. Une progression spectaculaire qui s’explique par trois facteurs : tout d’abord, la diminution des déficits courants, dont le pic avait été atteint pour l’année fiscale 2013 à 4,7 % du PIB. Afin de contenir l’inflation, la Reserve Bank of India a maintenu une politique monétaire restrictive qui a eu pour effet de freiner la croissance des importations et de ramener un équilibre avec les exportations. La baisse des cours du brut à partir de juillet 2014 a eu également un effet très positif sur les comptes courants, les importations de pétrole représentant environ un tiers des importations du pays. La roupie s’est ainsi appréciée de 9,9 % contre euro en 2014.

Ensuite, le train de réformes principalement intervenues après l’élection du gouvernement Modi, et dont la plus spectaculaire a été la suppression totale des subventions sur le diesel, assainissant structurellement les finances publiques. D’autres réformes devraient suivre, comme la simplification des démarches administratives et juridiques pour l’acquisition de terrains. Enfin, le retour à l’équilibre des comptes courants et des finances publiques ainsi que des espoirs de voir renaître les dépenses d’infrastructures ont joué un rôle moteur dans la revalorisation des multiples des entreprises : en 2014, le PE moyen du MSCI India est passé de 14x à 16x.

Malgré cette belle performance, nous pensons qu’il est encore temps d’investir dans le marché indien.
Celui-ci offre encore des perspectives, grâce à la consommation soutenue par une démographie dynamique et une population structurellement jeune (50 % des Indiens ont moins de 20 ans). Les performances du marché pour les deux prochaines années devraient également être portées de manière plus cyclique par les dépenses d’infrastructures, à l’instar de la période 2003-2007.
Grâce à la reprise de ces dépenses entre 2003 et 2007, le MSCI India avait en effet progressé de près de 500 %*. L’économie indienne avait ensuite fortement ralenti de 2008 à 2014, en raison de conditions de financement moins favorables : la crise mondiale de liquidité fin 2008 et les taux élevés pour contenir l’inflation étaient venus impacter la rentabilité des projets d’infrastructures financés à hauteur de 70 à 80 % par de la dette.

La mise en œuvre d’un programme de lutte contre la corruption avait par la suite conduit un certain nombre de hauts fonctionnaires en prison avec, pour conséquence, un véritable engorgement bureaucratique paralysant les nouveaux projets.
Le gouvernement Modi a donc aujourd’hui la lourde tâche de relancer les dépenses d’infrastructures, qui sont la meilleure parade contre l’inflation.
La mise en place de réseaux routiers plus efficients et d’une véritable chaîne du froid devrait permettre de faire reculer le gâchis (estimé à 20 %) de denrées alimentaires qui représentent à elles seules la moitié du panier de l’inflation. Ces dépenses d’infrastructures vont également avoir pour effet de créer des emplois, et donc d’accélérer la croissance.

Cependant, avant de se lancer dans des projets d’investissement, les sociétés indiennes vont avoir besoin de 18 à 24 mois pour se désendetter. En décembre 2014, les sociétés indiennes ont encore publié des résultats relativement décevants. Cela signifie que la croissance bénéficiaire devrait rester relativement modeste dans les douze prochains mois (aux alentours de 10 %) et commencer à repartir fortement à la mi-2016 seulement.

En résumé, la performance du marché indien devrait être modérée en 2015 (environ 10-15 % en roupie), puis connaître une nette amélioration en 2016, soutenue par l’accélération de la croissance bénéficiaire liée à la reprise des dépenses d’infrastructures et au désendettement des sociétés.

* Performance de l’indice MSCI India TR en roupies : + 474,87 % du 1er janvier 2003 au 31 décembre 2007. Source : Bloomberg.