(Zonebourse.com) - C'est la surprise du jour et elle est double : les créations d'emplois étaient attendues faibles -certains redoutaient même un affaissement des embauches par rapport à la moyenne de l'année 2025- mais l'économie américaine a créé 130 000 emplois, soit près de deux fois et demie le consensus (55 000/65 000)... mais sous l'apparente vigueur des chiffres de janvier, n'assiste-t-on pas à une dégradation "structurelle" plus inquiétante que prévu ?
En ce qui concerne le taux de chômage, il retombe à 4,3% contre 4,4% attendu et le "taux de participation" (la population active, ou le nombre d'actifs/employables) progresse également de 0,1% à 62,5%, les salaires horaires sont également en hausse de 0,4% contre 0,3% attendu.
Des chiffres qui confortent le statu quo de la Fed. Fin janvier elle citait des "signes de stabilisation du taux de chômage", ce qui enterre tout espoir de baisse de taux avant juin, sauf revirement conjoncturel brutal.
Mais la robustesse apparente du marché du travail US serait-elle un "trompe l'oeil" ?
L'enquête JOLTS a montré que le nombre de postes ouverts est tombé à son plus bas niveau depuis 2020, tandis que les licenciements ont atteint leur plus haut niveau pour un mois de janvier depuis 2009, selon l'enquête Challenger.
Par ailleurs, la tendance de fond se dégrade comme le révèlent les révisions de chiffres publiées par le BLS sur 2025 et qui soustraient 862 000 emplois en ajustant la balance entre actifs et départs à la retraite (changement de méthodologie annoncé en amont du "NFP") : c'est plus que le consensus qui tablait sur 825 000 emplois en moins.
Lors de la conférence de presse du meeting de la Fed du mois de décembre, Jerome Powell quantifiait à 60 000 par mois cette surestimation, soit 720 000 emplois en rythme annuel : la réalité s'avère donc plus proche de -75 000.
Du coup, après révision, ce sont seulement 15 000 emplois qui ont été créés en moyenne chaque mois en 2025 (contre 49 000 avant la révision).
Et lorsqu'on décompose les créations d'emplois, celles-ci sont concentrées dans trois secteurs : l'éducation privée et la santé, les loisirs et l'hospitalité, et la fonction publique.
Une tendance que l'on observe depuis plusieurs années. Tous les autres secteurs combinés ont détruit des emplois depuis trois ans (400 000 selon un décompte réalisé par ING).
Notons qu'au Royaume-Uni, selon une étude de Morgan Stanley : le secteur de "l'IA" a détruit plus d'emplois qu'il n'en a créé en 2025.
Cet exemple n'est pas généralisable mais c'est l'un des premiers rapports qui jette une ombre sur le principe de la "destruction créatrice" qui fait de chaque "bond technologique" un moteur pour l'emploi.
Le bilan que l'on peut faire, c'est que le marché du travail américain est dans cet équilibre dit de "low hiring, low firing" (faibles embauches, faibles licenciements).
En effet, malgré de très faibles créations d'emplois, le taux de chômage reste sur des niveaux historiquement bas.
Et cela s'explique en grande partie par le durcissement de la politique migratoire (les créations d'emplois sont plus faibles parce qu'il y a moins d'offre de travail).
Dans la chute de la "confiance des ménages", la difficulté de retrouver un emploi figure en tête des préoccupations depuis plusieurs mois, et la stagnation des dépenses des ménages en décembre trahit une propension à moins dépenser, voire épargner en prévision de temps plus difficiles.
La grande inconnue pour les économistes, c'est le "breakeven" - le nombre d'emplois qu'il faut créer chaque mois pour maintenir le taux de chômage.
En 2024, ce chiffre était estimé aux environs de 150 000, on était à 10% de ce chiffre en 2025 et 2026 s'annonce un peu mieux avec les chiffres de janvier mais un bon "NFP" ne fait pas le printemps.
Lundi, le conseiller de la Maison Blanche, Kevin Hassett, estimait qu'il faut s'attendre à de faibles créations d'emplois dans les prochains mois, compte tenu des dynamiques démographiques et des gains de productivité... mais il n'exclut pas non plus une croissance au-delà de 5% pour faire écho aux attentes très optimistes de Donald Trump.
Sur le marché obligataire, la réaction "spontanée" des opérateurs fut négative pour les T-Bond américains à 10 ans : brusque tension de 6Pts jusque vers 4,205%, mais 2 heures plus tard, le rendement ressort en légère hausse à 4,167% ( 2,2 points de base).
Le "2 ans" a fusé jusque vers 3,535Pts ( 9Pts) avant de revenir à 3,507% ( 5,3Pts), le "30 ans" est logiquement moins réactif avec 1,5Pt à 4,482%.
Trajectoire inverse en Europe : les rendements sont restés figés de 9h jusqu'à 14h30... puis ils ont commencé à refluer : vers 2,796% sur le Bund (-0,8Pt) de -2Pts sur nos OAT (3,38%), de -1Pt sur les BTP italiens (à 3,407Pts).
Le "spread" OAT/Bund se contracte vers 58Pts, ce qui est bon signe : l'inflation en France est la plus basse en zone Euro... mais ce n'est pas forcément un signe positif si cela reflète un bradage des stocks.
Enfin, les "Gilts" britanniques soufflent un peu avec -3,8Pts vers 4,475%, Keir Starmer a déclaré qu'il ne comptait pas démissionner dans le sillage de nombreux ministres et conseillers, emportés par la "vague Epstein".
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