(Zonebourse.com) - Un vent d'euphorie a soufflé sur Wall Street en cette toute dernière séance du 1er trimestre calendaire, sur fond de propos de Donald Trump faisant miroiter aux investisseurs une issue prochaine à la guerre contre l'Iran, une perspective qui demeure pourtant objectivement bien incertaine. Au final, le S&P 500 a bondi de 2,9% à 6 529 points, le Dow Jones a grimpé de 2,5% à 46 342 points et le Nasdaq-100 s'est envolé de plus de 3,4% à 23 740 points.
Cette séance du 31 mars ressemble un peu à un "23 mars bis", par l'ampleur des écarts, mais aussi par la fragilité du prétexte : le moins que l'on puisse dire, c'est que pour une dernière séance du trimestre où les gérants font leurs comptes, cela ne pouvait pas mieux tomber !
Wall Street efface d'un coup un tiers de ses pertes subies depuis le 1er janvier, le "VIX" se détend de -17,5%, le Dollar Index reflue brutalement sous la barre des 100,00.
L'emballement haussier de Wall Street, déjà très bien disposé depuis l'ouverture, a été largement encouragé par la reprise par la Maison Blanche, en milieu d'après-midi, d'un communiqué du président iranien - dont il n'existe pas de version ou de vidéo officielle - évoquant une "volonté de faire la paix contre des garanties de non-agression".
Une proposition qui n'est pas nouvelle et il n'existe pas le moindre consensus sur les conditions posées par Téhéran (encore moins du point de vue israélien), qui juge de son côté les conditions américaines inacceptables.
Mais surtout, et malgré son titre de "président", Masoud Pezeshkian ne saurait signer un traité de paix sans l'aval du chef - ou du conseil - des Gardiens de la Révolution, le seul qui détienne le vrai pouvoir d'arrêter la guerre.
Donald Trump, dont on connaît l'intérêt tout particulier porté à l'évolution des indices boursiers américains, laisse transparaître depuis 48 h une réelle volonté d'écourter le conflit et prétend que c'est réciproque côté iranien : c'est bien sûr le souhait le plus cher des investisseurs et de tous les habitants de la planète au bout d'un 32e jour de guerre (aussi furieux et destructeur que les 31 précédents).
Avec un bond de 3,8% à 21 600, le Nasdaq Composite passe d'un contexte de "correction" (-11% lundi soir) à une banale consolidation de -7,5% sur l'ensemble du 1er trimestre (-4,75% seulement depuis le 27 février), le "S&P" ( 2,85% à 6 525) perd même un peu moins de 5% depuis le 1er janvier, ce qui serait parfaitement normal en d'autres circonstances du seul fait de la hausse des taux et du ralentissement économique survenu depuis octobre dernier.
Vu le chaos au Moyen-Orient, une dette US "insoutenable" aux dires de Jerome Powell la veille, vu le coup de massue sur le pouvoir d'achat des ménages au cours du mois de mars, ce n'est pas cher payé... et beaucoup moins cher en 4 semaines que les "tarifs" de Trump il y a 1 an avec -7,5% en 4 séances (du 2 au 7 avril).
Le Nasdaq-100 bondit de 3,3% à 23 720 et revient à 1% de l'ex-support des 24 000, tandis que le S&P 500 se redresse dans le sillage des services de communication ( 4,2%), tandis que la "tech" s'envole de 4,25% sur le SPDR "tech", et le Dow Jones n'est pas en reste avec 2,5% à 46 340.
Pour la seconde fois en 8 jours, Wall Street succombe à une euphorie débridée, comme si les bombardements réciproques entre l'Iran et Israël avaient cessé, comme si les usines de GNL qataries allaient se réparer comme par miracle, comme si les engrais allaient arriver à temps en Inde, au Bangladesh, en Thaïlande.
Wall Street a clairement chaussé des lunettes roses en ce mardi, mais les marchés obligataires se montrent beaucoup plus mesurés, voire sceptiques, avec des détentes de rendement qui demeurent symboliques : -2,2 points de base sur le "10 ans" à 4,3200%, stagnation sur le "30 ans" à 4,9100%, et -3 points de base sur le "2 ans" à 3,798%.
Les investisseurs ont déjà oublié les propos insultants de Donald Trump adressés à M. Bin Salmane vendredi dernier, qui risquent de se payer très cher... mais il faut peut-être mettre ces dérapages sur le compte de la frustration, de la perte de repères, de la peur de s'embourber dans un conflit qui n'a permis aucune avancée concrète sur le plan politique : le régime des mollahs est toujours en place et il contrôle de surcroît le détroit d'Ormuz.
Et c'est assez inattendu : la nouvelle qui enchantait Wall Street depuis ce matin, c'est que Trump semble prêt à en laisser le contrôle à l'Iran, ce qui aurait justement constitué un casus belli si Téhéran avait osé imposer un droit de passage aux navires des pays "non amicaux" avant le 28 février.
Ce matin encore, un porte-conteneurs libérien et un pétrolier koweïtien chargé de 2 millions de barils ont été ciblés par des frappes alors qu'ils circulaient à proximité du Golfe (et pendant ce temps, les bateaux chinois passent sans encombre).
Côté macro (toujours relégué au second plan), le rapport JOLTS du département américain au Travail a fait ressortir 6,882 millions d'ouvertures de postes en février contre un consensus de 6,890 millions (une baisse d'un peu moins de 5% ; un mois plus tôt, ces ouvertures de postes s'élevaient à 7,240).
La surprise du jour provient de l'indice de confiance des consommateurs américains calculé par le Conference Board, qui est ressorti en hausse de 0,8 point à 91,8 en mars, contre 91 en février (chiffre révisé de 91,2 en estimation initiale).
Bien que modeste, il s'agit d'une progression surprise, puisque les économistes anticipaient généralement un recul de cet indice : ceux de Jefferies l'attendaient par exemple en baisse à 87 pour le mois de mars.
Cette amélioration d'un mois sur l'autre repose sur une meilleure évaluation de la situation présente par les consommateurs, une composante en hausse de 4,6 points à 123,3. En revanche, la composante de leurs attentes s'est contractée de 1,7 point à 70,9.
"La confiance générale s'est légèrement améliorée pour le 2e mois consécutif. Néanmoins, l'indice suit une tendance générale à la baisse depuis 2021", constate Dana M. Peterson, économiste en chef du Conference Board.
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