(Zonebourse.com) - Voilà maintenant plus d'un an que Donald Trump irrigue le monde de ses déclarations tantôt outrancières, menaçantes, boudeuses ou erronées. Les investisseurs sont désormais bien rodés à cette communication aussi intempestive qu'approximative et ont pris l'habitude de l'accueillir avec circonspection. Sauf qu'hier, la nouvelle sortie du président américain était trop belle pour être ignorée : une guerre achevée d'ici deux à trois semaines, avec ou sans accord de l'Iran. Les marchés ont été immédiatement emballés par cette perspective qui a entraîné un fort repli du cours de l'or noir et un rebond symétrique des actions.
Après un mois d'hostilité sans réel cap ni avancée politique concrète, les marchés ont vu dans ces quelques mots du locataire de la Maison-Blanche leur planche de salut, semblant mettre sous le tapis la longue litanie de promesses non tenues, de menaces en l'air, d'ultimatums sans fin et autres déclarations hasardeuses. La promesse d'une fin de guerre rapide, certes séduisante, ne se vérifie pour l'instant pas sur le terrain : les missiles s'échangent toujours entre Israël et l'Iran en débordant sur les monarchies du Golfe.
La guerre des mots, elle, se poursuit aussi de plus belle. Donald Trump a annoncé dans l'après-midi que le régime iranien avait demandé un cessez-le-feu, avant d'ajouter belliqueusement : "nous examinerons la question lorsque le détroit d'Ormuz sera libre et sécurisé. D'ici là, nous réduisons l'Iran à néant, ou, comme on dit, nous le ramenons à l'âge de pierre !".
Téhéran a aussitôt réagi en dénonçant les "démonstrations ridicules" de Trump et en réaffirmant la fermeture d'Ormuz.
Quoi qu'il en soit, la détente des marchés est bien réelle, avec un VIX qui recule vers 24 points (-4,7%), tandis que les cours du pétrole se contractent aussi franchement, de 1,5% pour le Brent et de 1,8% pour le WTI, à respectivement 102 et 98 USD le baril.
Le secteur aérien ne bât plus de l'aile
La détente des cours de l'or noir a fait bondir le secteur aérien qui grinçait des ailes depuis le début du conflit. En Europe, Air France-KLM gagne 8,9% et devance Lufthansa ( 8,1%), Finnair ( 6,9%), Wizz Air ( 7%), Rolls-Royce ( 6,7%), IAG ( 6%), ou encore easyJet ( 5,2%).
Airbus gagne aussi 4,4%, profitant d'une analyse de Wells Fargo qui a entamé la couverture du titre avec un avis à "pondération de marché" et un objectif de 175 euros.
A Paris, le CAC 40 termine en hausse de 2,1%, entre Londres ( 1,7%) et Francfort ( 2,6%). L'indice parisien a été largement soutenu par le secteur bancaire avec 6,8% pour Société Générale et 5,4% pour BNP Paribas.
Ce matin, Fitch Ratings indiquait d'ailleurs que les grandes banques européennes abordaient la période actuelle de forte incertitude et de volatilité liée à la guerre en Iran en position de solidité.
"Toutefois, l'impact d'un scénario défavorable - dans lequel le conflit se prolongerait jusqu'à fin juin - sur les perspectives de croissance économique et d'inflation pourrait entraîner des révisions à la baisse des prévisions de Fitch en matière de rentabilité et de qualité des actifs, même si les notations des établissements devraient globalement rester résilientes", prévenait l'établissement.
Les pétrolières ont été en revanche lourdement impactées par le recul des cours de l'or noir. Equinor cède 5,1%, derrière Maurel (-5,9%) ou TotalEnergies (-4,1%), qui a confirmé son plafonnement des carburants jusqu'au 7 avril.
Enfin, BP abandonne aussi 5%%, pâtissant d'une dégradation d'AlphaValue/Baader Europe, passé de "achat" à "vente" sur le titre.
Un déluge de statistiques à ingérer en Europe....
La journée a été aussi dense sur le front des statistiques. Le taux de chômage de la zone euro est passé de 6,1% en janvier à 6,2% en février 2026, selon les données ajustées des variations saisonnières d'Eurostat, tandis que celui de l'UE est resté stable d'un mois sur l'autre, à 5,9%.
Par ailleurs, le rythme de croissance du secteur manufacturier a accéléré en mars alors qu'une contraction était redoutée. L'indice de S&P Global mesurant l'activité manufacturière est passé de 50,8 en février à 51,6 points en mars, un niveau inédit depuis 45 mois. Les analystes tablaient sur une baisse à 49,4 points.
En Allemagne, l'indice PMI manufacturier allemand a fait mieux qu'attendu. Il est remonté de 50,9 points en février à 52,2 en mars, alors que les analystes tablaient sur une amélioration moins importante à 51,7 points. A 52,2 points, il est à son plus haut niveau depuis mai 2022.
Dans l'Hexagone, l'indice PMI pour l'industrie manufacturière française s'est établi sur la barre des 50, synonyme de statu quo, en mars, restant ainsi proche de son niveau de février (50,1) et indiquant une stagnation de la conjoncture du secteur.
... et aux Etats-Unis
Outre-Atlantique, l'enquête ADP sur l'emploi dans le secteur privé rapporte qu'en mars, l'économie américaine a créé 62 000 emplois contre des attentes à seulement 41 000.
Toujours aux Etats-Unis, les ventes au détail du mois de février ont connu une croissance de 0,6%, soit 0,1 point de plus que prévu ( 0,5%), après un repli de 0,1% en janvier, chiffre révisé à la hausse de -0,2% en estimation initiale.
"Les remboursements d'impôts ("tax refunds"), qui ont commencé à être versés en février et qui sont plus importants que l'an passé du fait de la Big Beautiful Bill, peuvent expliquer cette bonne surprise", estime Bastien Drut, responsable de la stratégie et des études économiques chez CPR AM.
De son côté, l'indice ISM est passé de 52,4 en février à 52,7 en mars, dépassant légèrement les attentes (52,5). Pour mémoire, la barre des 50 points sépare croissance (>50) et contraction (<50) d'une activité.
Enfin, les données publiées par l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA) montrent que les stocks de pétrole brut aux Etats-Unis s'élevaient à 461,6 millions de barils lors de la semaine du 23 mars, signalant une hausse de 5,5 millions de barils par rapport à la semaine précédente. Ce chiffre constitue une surprise alors que les analystes tablaient sur un repli de 1,3 million de barils.
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