Dans un contexte marqué par une montée inquiétante des rendements obligataires, les grands indices actions américains ont terminé le mois boursier sur une note négative vendredi, en cette séance des "3 sorcières" : le Dow Jones a cédé 1,07% à 49 526 points, le S&P 500 a lâché 1,24% à 7 408 points et le Nasdaq-100 a dérapé de 1,54% vers 29 125 points.
Quel mois de folie (le S&P 500 gagne 5,5%, le Nasdaq presque 10%), quelle journée "historique" (la FED change de patron), et quelle séance que ces "3 sorcières" : au lieu de constituer le couronnement d'un terme boursier sensationnel, époustouflant, presque sans précédent en termes de records battus (par séries de 5 ou 6), la lourdeur s'est imposée alors que Wall Street semblait invulnérable aux incertitudes géopolitiques, à la hausse des taux et aux risques inflationnistes.
Une fois n'est pas coutume, les 4 principaux indices ont clôturé au plus bas du jour et de la semaine écoulée : le Dow Jones a cédé 1,07% à 49 526 points, le S&P 500 1,24% à 7 408 points (100 points de moins que jeudi soir vers 18 h), le Nasdaq-100 a dérapé de 1,54% vers 29 125 points, soit 500 points de moins que son zénith de la veille (le "SOXX" perd 4,05%), tandis que le Russell 2000 décroche de 2,4% vers 2 795 points (soit 2,2% en hebdomadaire).
La complaisance totale qui régnait sans partage jeudi soir a soudain laissé place à l'inquiétude, avec un "VIX" qui a fait un bond de 6,7% vers 18,50, alors que les rendements obligataires battaient également des records vieux de plus de 19 ans (pour le "30 ans", qui culmine à 5,13% pour la 1ère fois depuis août 2007).
On peut parler d'alerte rouge sur l'obligataire, avec un "10 ans" à 4,60% vendredi soir ( 14,4 points de base !) : le miracle espéré n'est pas venu.
Chaque fois que le "10 ans" US a flirté ces 12 derniers mois avec les 4,50% (et le "30 ans" avec les 5%), ce qui faisait trembler Wall Street, Donald Trump a fait une déclaration - vraie ou fausse, peu importe - qui faisait brusquement retomber la tension ("TACO" sur les droits de douane... à plusieurs reprises, annonces d'une réouverture imminente d'Ormuz, toutes démenties par les faits).
Cette fois, pas de deus ex machina pour sauver les marchés obligataires, et cela se produit le jour même de la fin du mandat de Jerome Powell et de l'entrée en fonction de son successeur, Kevin Warsh, confirmé à la tête de la FED par une étroite majorité de parlementaires.
Après la publication de plusieurs indicateurs d'inflation très négatifs mardi, mercredi puis jeudi, il fallait vraiment de bonnes nouvelles pour contrebalancer les risques de hausse de taux d'ici fin 2026 : les chiffres du jour traduisent une robustesse inattendue de l'activité (peut-être en anticipation de la hausse des matières premières).
La production industrielle américaine a augmenté de 0,7% en avril, après avoir reculé de 0,3% en mars (consensus à 0,3%). Le taux d'utilisation des capacités de production s'est établi à 76,1%, contre 75,8% attendu après 75,7% le mois précédent.
En outre, l'activité des entreprises manufacturières "Empire State" a fortement augmenté dans l'Etat de New York en mai, selon la Fed de New York, dont l'indice général des conditions économiques a grimpé de 9 points pour atteindre 19,6, son niveau le plus élevé depuis plus de 4 ans, alors que les nouvelles commandes et les livraisons ont considérablement augmenté pour le 2e mois consécutif.
De tels chiffres ne font que renforcer les anticipations de hausses de taux, car cela risque de pousser à la hausse les prix de l'énergie et des matières premières.
Le soulagement n'est pas non plus venu de la visite d'Etat de Donald Trump en Chine : lors de son voyage de retour, peu après avoir quitté Pékin dans "Air Force One", Donald Trump a affirmé avoir "conclu des accords commerciaux fantastiques, excellents pour les deux pays", sans en dévoiler les détails.
Le principal contrat, c'est une promesse d'achat de 200 Boeing (Wall Street en espérait 500), sans calendrier ni précision sur les types d'appareils sélectionnés.
Le reste est banal, de l'ordre du business as usual : pas besoin d'un "sommet de Pékin" pour signer des achats de soja et d'autres produits agricoles américains, ou de pétrole (les réserves stratégiques américaines qui chutent rapidement vont-elles permettre d'honorer ce genre d'engagement sur le long terme ?).
Par ailleurs, le ministère des Affaires étrangères chinois a rappelé en marge du sommet Etats-Unis-Chine que le conflit dans le Golfe persique "n'aurait jamais dû se produire" (il entrera dans son 78e jour ce samedi à minuit).
Et ni Trump ni Xi Jinping n'ont fait état d'une feuille de route conjointe pour parvenir à une réouverture du détroit d'Ormuz, via la négociation et "d'amicales pressions".
L'Iran semble bel et bien déterminé à user de son avantage, car chaque jour qui passe met davantage la pression sur les Etats-Unis et leurs alliés (les pénuries menacent) que sur la Chine, qui s'est constitué d'importants stocks et les protège en cessant d'exporter du gaz, des céréales et surtout de l'acide sulfurique depuis le 1er mai, ce qui va fortement impacter les capacités de raffinage des métaux critiques comme le cuivre (Chili, Pérou), le nickel (Indonésie) et le lithium (Australie, Bolivie, Etats-Unis).
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