Marchés

J. Safra Sarasin : "l'or reste une couverture efficace contre l'inflation"

Publié le 24 juin 2026 à 15h23

Benoît Harger, gérant de portefeuille au sein de la banque privée suisse J. Safra Sarasin, dévoile les principaux moteurs de l'évolution du prix de l'or ces derniers jours et ces derniers mois (avant, pendant et après le conflit avec l'Iran)

Avant le conflit avec l'Iran, l'or avait atteint un sommet historique de 5 600 dollars l'once en janvier 2026. Cette hausse était portée par la dé-dollarisation rapide, d'importants flux d'investissement vers les ETF adossés à l'or physique en Asie, ainsi que par les anticipations de baisses de taux des banques centrales.

"Lorsque les États-Unis et Israël ont attaqué l'Iran fin février, l'or a dans un premier temps dépassé les 5 400 dollars l'once sous l'effet d'une demande accrue pour les actifs refuges. Toutefois, la prolongation du conflit a engendré de fortes craintes inflationnistes, faisant grimper l'inflation américaine à 4,249 % en mai 2026. Cette évolution a conduit les marchés à anticiper d'éventuelles hausses de taux d'intérêt, plutôt que les baisses initialement attendues. Elle a renforcé l'attrait des actifs rémunérateurs et provoqué une correction de près de 30 % du cours de l'or par rapport à son sommet de janvier", souligne Benoît Harger.

Ces derniers jours, avec l'apaisement des tensions immédiates liées au conflit, l'or s'est stabilisé autour de 4 300 USD l'once. Malgré ce repli cyclique, les facteurs structurels qui ont porté le métal jaune d'environ 300 USD l'once dans les années 2000 à 4 300 USD aujourd'hui demeurent pleinement en place.

En outre, Benoît Harger considère que "l'or reste une couverture efficace contre l'inflation, dans la mesure où il joue un rôle d'actif d'assurance face aux fragilités structurelles de long terme. Si son prix peut fluctuer à court terme lors des phases de hausse des taux directeurs par les banques centrales, l'économie mondiale ne peut durablement supporter des coûts de financement élevés sans risquer de basculer dans la récession".

Par ailleurs, le gérant de portefeuille souligne que "la combinaison d'une croissance sous pression et de déficits publics massifs, avec un déficit américain représentant 120% du PIB et susceptible d'atteindre 140% du PIB d'ici 2040, limite la capacité des autorités monétaires à maintenir des taux élevés sur le long terme. Dans la mesure où l'or se comporte de façon similaire à une obligation de longue maturité, il devrait bénéficier de la baisse inévitable des taux d'intérêt lorsque celle-ci se matérialisera".

Ainsi, une allocation stratégique à l'or peut offrir une protection contre le risque souverain et la dépréciation des monnaies, dans un contexte où la hausse de l'endettement contraint les autorités à adopter des politiques monétaires accommodantes.

Après 15h10, enchaînant une deuxième séance de suite de repli, l'or perd 3,07% à 3 984,11 USD. Le métal jaune recule, plombé par les anticipations de hausse des taux de la Fed. Sur ce point, LBP AM estime que "le marché anticipe désormais deux hausses de taux d'ici le début de 2027".

"Nous avions maintenu l'idée que la Fed devait conserver des taux directeurs inchangés. Néanmoins, même si la forte baisse actuelle des prix énergétiques va modifier la dynamique de l'inflation, sa décélération pourrait s'avérer lente, d'autant plus que l'économie américaine reste robuste. Cela pourrait justifier une hausse des taux directeurs afin d'ancrer les anticipations d'inflation. Tout aussi important, il semblerait que cette opinion gagne désormais les membres du comité de politique monétaire", signale l'asset manager.

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