Etudes

Inondations en Europe : l'explosion des coûts macroéconomiques

Publié le 13 juillet 2026 à 15h32

"Les pertes liées aux inondations augmentent rapidement, alors que l'activité économique continue de se concentrer dans des zones à haut risque. Les inondations constituent le risque naturel le plus fréquent et le plus coûteux en Europe, les pertes économiques totales n'ayant cessé de grimper pour atteindre 226 milliards d'euros au premier trimestre de ce siècle. Si la fréquence des inondations en Europe est restée globalement stable à 46 par an depuis 2000, leur coût a quant à lui fortement augmenté", explique Allianz Trade dans sa dernière étude sur le coût macroéconomique des inondations.

Une facture qui s'alourdit au fil des décennies

Les pertes liées aux inondations ont augmenté de 17,8%, passant de 63,1 milliards d'euros entre 2000 et 2009 à 74,3 milliards d'euros entre 2010 et 2019.

Pour la seule période 2020-2025, le coût a atteint 88,6 milliards d'euros, soit une augmentation de 40% par rapport à la première décennie du siècle. Les assurances ne couvrent qu'une fraction des dégâts : à elles seules, les inondations de juillet 2021 ont causé des pertes records de 38 milliards d'euros, dont seulement 9 milliards étaient assurés. Le reste de la charge financière a ainsi été supporté par les ménages, les entreprises et les pouvoirs publics.

Selon Allianz Trade, les pertes annuelles liées aux crues fluviales dans l'UE et au Royaume-Uni pourraient être multipliées par plus de six à l'avenir. Dans un scénario de réchauffement de 3 °C, elles passeraient de 7,8 milliards d'euros aujourd'hui à près de 50 milliards d'euros d'ici 2100, en raison de précipitations plus intenses et de la poursuite du développement dans les zones exposées.

Des conséquences locales aux répercussions globales

Bien que les inondations sont des événements locaux de par leur origine physique, leurs conséquences économiques se répercutent sur l'ensemble de l'économie. Pour quantifier ces effets économiques, le spécialiste mondial des solutions d'assurance-crédit a simulé une inondation ponctuelle en 2027. Ce modèle, calibré selon la profondeur maximale moyenne historique des inondations de chaque pays sur la période 2015-2024, a permis de comparer la trajectoire économique obtenue à un scénario de référence sans inondation jusqu'en 2030.

L'analyse établit ainsi un lien direct entre la profondeur d'inondation observée, la formation brute de capital fixe (FBCF) en termes réels ainsi que le revenu net disponible des ménages en termes réels. Elle retrace ainsi la manière dont les dommages causés par les inondations se répercutent sur l'investissement, la consommation et les finances publiques.

C'est l'investissement qui est le plus durement touché : entre 2027 et 2030, les pertes cumulées de FBCF oscillent entre 10,5% en Norvège et 14,6% aux Pays-Bas. L'Allemagne enregistre, avec 12%, la plus grande perte absolue, à environ 84 milliards d'euros.

Le revenu net disponible réel des ménages recule de 3,9 à 5,4% entre 2027 et 2030, à mesure que s'accumulent les coûts de reconstruction et les effets sur le marché du travail. Ce phénomène réduit par conséquent leur capacité à absorber les pertes non assurées et la hausse des coûts d'assurance.

Le défi de l'adaptation et de la prévention politique

Le défi de l'Europe consiste à mettre en oeuvre des solutions efficaces d'adaptation aux inondations à la vitesse et à l'échelle requises. Les mesures offrant les meilleurs rendements, à savoir empêcher l'urbanisation des plaines inondables et restaurer la rétention naturelle des crues, sont également les plus difficiles à mettre en oeuvre sur le plan politique. A l'inverse, les grandes infrastructures de protection contre les inondations nécessitent une planification et une construction de longue haleine.

Allianz Trade souligne dans son étude que "la résilience à long terme face aux inondations nécessite d'intégrer la prévention, l'adaptation et la couverture d'assurance au sein d'une stratégie unique de gestion des risques. Les ouvrages de protection contre les inondations, les normes de construction résilientes, l'adaptation des biens immobiliers et une plus grande sensibilisation du public doivent être complétés par des partenariats d'assurance durables entre les secteurs public et privé".

De plus, "l'expérience du Consorcio en Espagne, du CCR en France et les réformes en cours de discussion en Allemagne et en Irlande montrent que le transfert de risque ne reste durable que s'il s'accompagne d'une réduction significative de ce dernier. L'accélération des mesures d'adaptation qui ont fait leurs preuves permettrait de renforcer les finances publiques, de réduire les pertes non assurées et de préserver l'assurabilité à long terme du risque d'inondation".

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