Sociétés

Défense : après la ruée vers le secteur, l'heure des choix

Publié le 6 août 2026 à 13h06

Enlèvement de Nicolas Maduro, assassinat d'Ali Khamenei, embrasement du Proche et du Moyen-Orient, blocage du détroit d'Ormuz, menace des Houtis, sans oublier le conflit ukrainien, désormais plus long que la Première Guerre mondiale, ni les visées expansionnistes de Washington sur le Groenland ou de Pékin sur Taïwan... Dans un contexte de délitement de l'ordre géopolitique, le secteur de la défense a le vent en poupe. Mais après la ruée des investisseurs, l'heure est désormais à la sélection.

A mesure que l'ordre mondial et le droit international se fissurent, les vendeurs d'armes sont de plus en plus courtisés par les marchés. Néanmoins, après une ruée vers le secteur qui a fait grimper les valorisations, les investisseurs se montrent aujourd'hui plus exigeants et font la part belle aux sociétés les mieux positionnées sur les nouvelles technologies de défense (drones, IA, robotique...).

Ainsi, Exail a grimpé de 53% depuis le début de l'année, apprécié des marchés pour ses technologies de robotique et de drones sous-marins. Courtisé par Safran, le groupe tricolore va finalement passer sous le giron de Thales dans les prochains mois.

Parmi les autres plus fortes hausses depuis le début de l'année, Chemring se distingue avec une hausse de 34%. Le britannique séduit par son exposition à deux segments particulièrement recherchés : les capteurs d'un côté, les contre-mesures et les matériaux énergétiques ("energetics", c'est-à-dire les explosifs et les poudres propulsives, ndlr) de l'autre."

Enfin, Exosens s'adjuge 29% sur la période, profitant de l'intérêt des investisseurs pour ses systèmes de détection et d'imagerie électro-optiques de haute technologie.

Rheinmetall délaissé depuis le début de l'année

Les acteurs des nouvelles technologies sont donc particulièrement recherchés et profitent de l'enseignement du conflit en Ukraine qui a montré que des drones coûtant quelques milliers d'euros pouvaient neutraliser ou menacer des chars valant plusieurs millions d'euros.

Le parcours de Rheinmetall (qui réalise près de la moitié de son CA via la vente de véhicules polyvalents sur roues et sur chenilles) témoigne d'ailleurs de ce changement de modèle. Après un gain de 1 300% en cinq ans, tiré par le conflit en Ukraine, le titre est délaissé depuis le début de l'année (-23%).

Cette sélectivité s'explique aussi par l'envolée des valorisations. L'afflux massif de capitaux vers le secteur a porté les multiples à des niveaux historiquement élevés, poussant les investisseurs à se montrer plus exigeants.

"Chaque cycle industriel commence par la rareté et finit par devenir plus concurrentiel. La défense européenne pourrait maintenant entrer dans cette phase suivante. Nous restons structurellement positifs sur le secteur, mais nous pensons que la surperformance future dépendra moins d'une simple exposition à la défense que de l'exécution industrielle, de l'allocation du capital et du contrôle des technologies critiques", jugeait début juillet AlphaValue.

Ainsi, le mouvement de fond de hausse des budgets militaires qui a porté le secteur semble toucher à sa fin. Sans remettre en cause les perspectives de long terme, cette nouvelle étape du cycle devrait désormais creuser les écarts entre les acteurs.

Berenberg présente son trio de favoris dans la défense britannique

Chez Berenberg, les analystes indiquent notamment rester positifs quant aux valeurs britanniques de moyenne capitalisation exposées à la défense, une confiance qui se traduit par une préférence marquée pour les groupes disposant d'actifs jugés irremplaçables.

Babcock (-3,6% depuis le 1er janvier) en est, selon eux, l'exemple le plus frappant. Le broker voit dans le groupe un propriétaire d'"infrastructures nationales critiques", grâce au contrôle de plusieurs chantiers navals stratégiques britanniques. À cela s'ajoutent un carnet de commandes solide et un important potentiel dans le nucléaire et la construction navale. Résultat : Berenberg réitère son conseil "achat", avec un objectif de cours de 1 430 pence, tout en jugeant que le départ du directeur général David Lockwood ne remet pas en cause la trajectoire du groupe.

Même enthousiasme pour Chemring : les analystes considèrent que la reconstitution des stocks de munitions occidentaux après les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient ne fait probablement que commencer. Ils mettent aussi en avant la filiale Roke, spécialisée dans la guerre électronique et la cybersécurité, appelée selon eux à profiter directement des nouvelles priorités de défense du Royaume-Uni. L'objectif de cours est ainsi relevé de 590 à 660 pence, le conseil "achat" étant confirmé.

Enfin, QinetiQ complète ce podium de favoris. Berenberg décrit le groupe comme étant "au coeur de l'industrie britannique de la défense", grâce à son expertise dans les essais, l'intégration des technologies numériques et les systèmes autonomes. Une réserve subsiste toutefois : l'amélioration des marges constitue désormais, selon les analystes, le principal enjeu pour justifier une nouvelle revalorisation du titre. Le broker maintient néanmoins son conseil "achat" et relève son objectif de cours à 610 pence.

Convertir la hausse des commandes en hausse des marges

Au-delà de ces cas particuliers, chez Bank of America, les analystes estiment que "la prochaine étape dépendra davantage de l'exécution que des multiples". Autrement dit, les investisseurs devront désormais privilégier les entreprises capables de convertir la hausse des commandes en amélioration des marges et en génération de trésorerie.

Après avoir récompensé presque indistinctement l'ensemble du secteur, le marché semble donc entrer dans une nouvelle phase. La défense demeure portée par des fondamentaux solides, mais les valorisations élevées ne laissent désormais plus de place aux faux pas : l'avantage reviendra aux industriels capables d'exécuter, d'innover et de transformer leurs carnets de commandes en création de valeur.

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