Nvidia a une nouvelle fois dépassé les attentes et livré des perspectives supérieures au consensus. Après une première réaction hésitante, Wall Street a rapidement changé de ton : le titre gagne désormais plus de 7%. Face à une demande toujours supérieure à l'offre et au démarrage rapide de Vera Rubin, les craintes autour des puces maison et d'un essoufflement de la croissance semblent, pour l'instant, bien loin.
Nvidia continue de défier les effets de base. Au deuxième trimestre de son exercice 2027, le groupe a généré 96,2 milliards de dollars de chiffre d'affaires, en hausse de 106% sur un an, contre 92,2 milliards attendus. Le bénéfice par action ajusté atteint 2,22 dollars, contre 2,10 dollars anticipés. Le Data Center concentre désormais 93% de l'activité, avec 89 milliards de dollars de revenus, en progression de 117%.
Une demande que Nvidia n'arrive toujours pas à satisfaire
Pour le troisième trimestre, Nvidia vise 108 milliards de dollars de chiffre d'affaires, contre environ 104,2 milliards attendus par le consensus, sans intégrer de ventes de puces pour centres de données en Chine. Surtout, le groupe prévoit encore une croissance proche de 70% pour son exercice 2028.
Un chiffre que les analystes jugent presque unanimement prudent. Wedbush estime que la demande permettrait une croissance proche de 100% sans les contraintes de production. Même constat chez Jefferies, qui voit dans les 70% annoncés davantage "un minimum", tandis que Needham souligne que la croissance reste conditionnée par l'offre et non par la demande.
Les investissements des géants technologiques confortent cette lecture. Les cinq principaux hyperscalers pourraient consacrer environ 800 milliards de dollars à leurs investissements en 2026, puis 1 300 milliards en 2027. AWS prévoit à lui seul deux millions de GPU supplémentaires d'ici au deuxième trimestre 2029.
La clientèle de Nvidia commence en outre à se diversifier. Si les hyperscalers ont généré 48,7 milliards de dollars au deuxième trimestre, l'activité regroupant clouds IA, industriels et entreprises a progressé de 138% sur un an, à 40,3 milliards. Nvidia estime qu'elle pourrait à terme représenter la moitié de son activité Data Center.
Vera Rubin éloigne le spectre des puces maison
La montée des accélérateurs développés en interne par Amazon, Google ou Microsoft reste l'une des principales menaces pesant sur Nvidia. JPMorgan estime d'ailleurs que les GPU et les ASIC/XPU pourraient tendre vers la parité sur le marché du calcul IA au cours des prochaines années.
Mais Nvidia conserve plusieurs longueurs d'avance. Les premières livraisons de Vera Rubin ont débuté en août et cette nouvelle génération pourrait déjà représenter environ 20% des revenus Data Center dès le troisième trimestre. JPMorgan y voit un facteur important de réduction du risque pour 2028, tandis que Jefferies estime que Rubin permettra à Nvidia de générer environ 40 milliards de dollars de revenus par gigawatt, contre 25 milliards avec Grace Blackwell.
Surtout, Nvidia devient progressivement autre chose qu'un simple vendeur de GPU. Le groupe fournit désormais CPU, accélérateurs, interconnexions, équipements réseau et logiciels. Spectrum-X affiche ainsi une croissance de 160% sur un an, tandis que l'activité CPU devrait plus que doubler durant l'exercice 2028.
Needham insiste également sur l'avantage de CUDA, qui rend l'écosystème Nvidia difficile à remplacer. Cette intégration permet au groupe de capter une part croissante de chaque centre de données, même dans un environnement où les puces personnalisées gagnent du terrain.
Les contraintes d'approvisionnement deviennent presque une bonne nouvelle
Le principal point faible de la publication vient paradoxalement de la même dynamique. L'explosion de la demande pour l'IA provoque des tensions sur toute la chaîne d'approvisionnement, particulièrement sur la mémoire HBM. La marge brute devrait ainsi passer d'environ 75% actuellement à 71% ou 72% au quatrième trimestre, avant de remonter vers 72% à 73% en 2028.
Wedbush rapporte que Nvidia qualifie les conditions tarifaires sur la mémoire d'"extrêmes". Mais Needham souligne que cette pénurie constitue avant tout "un symptôme de la croissance de la demande en intelligence artificielle". Les engagements d'approvisionnement et de capacité de Nvidia ont d'ailleurs bondi de 119 à 279 milliards de dollars en un trimestre. Pour Jefferies, cette capacité à verrouiller simultanément mémoire et capacités de production représente un avantage que les concurrents auront du mal à reproduire.
Quelques interrogations subsistent, notamment autour du financement de clients qui utilisent ensuite ces capitaux pour acheter des équipements Nvidia. JPMorgan estime que ce débat sur le "financement circulaire" devrait perdurer, tout en jugeant le risque maîtrisable grâce à la valeur et au caractère redéployable des GPU.
Pour le marché, ces réserves passent manifestement au second plan. Après l'hésitation initiale, Nvidia gagne désormais près de 7% en Bourse. La montée des puces maison, la pression sur les marges ou les interrogations sur le financement n'ont pas disparu. Mais tant que la demande progressera plus vite que les capacités de production, le principal problème de Nvidia restera presque enviable : réussir à fabriquer suffisamment pour servir ses clients.
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