Près de 90 minutes après l'ouverture des marchés, la Bourse de New York est drapée de rouge : le Nasdaq abandonne 0,7%, derrière le S&P 500 (-0,4%) et le Dow Jones (-0,3%). En cause : des rendements obligataires américains élevés, qui renforcent l'attrait des obligations au détriment des actions, tandis que le regain de tensions au Moyen-Orient et les niveaux des cours du pétrole assombrissent les perspectives économiques à court terme.
Les dents grincent outre-Atlantique, en même temps qu'un trou d'air se forme sur Wall Street. Le secteur des semi-conducteurs semble nettement pâtir de la hausse des rendements obligataires, avec -3% pour Qualcomm et AMD mais aussi -1,5% pour Intel et GlobalFoundries ou encore environ -1% pour Micron, Nvidia et Broadcom.
Et le segment de la tech n'est pas en reste, avec cinq des "7 Magnifiques" en rouge. Apple tire notamment son épingle du jeu avec un gain de 2,5%, alors que la marque à la pomme a confié ce jour les commandes de la firme à John Ternus, successeur de Tim Cook. De son côté, Meta grappille 0,4%.
Les taux obligataires sous tension
Les rendements obligataires évoluent en effet à des niveaux élevés, avec celui des Treasuries à 10 ans qui atteint 4,78% et celui des Treasuries à 30 ans qui s'établit à 5,27%.
Cette remontée des rendements obligataires est liée aux commentaires restrictifs de Warsh lors de son discours à Jackson Hole et au regain de tensions au Moyen-Orient. Concrètement, la probabilité d'un relèvement des taux de la Fed en septembre atteint désormais 66%, à en croire l'outil FedWatch du CME.
Selon Thomas Giudici, directeur de la gestion obligataire chez Salamandre & Auris Gestion, la remontée des taux courts, tandis que les maturités longues sont restées relativement stables, montre que les investisseurs anticipent davantage de fermeté immédiate de la Fed, sans remettre en cause sa capacité à contenir l'inflation à plus long terme.
Chez BofA, les analystes rapportent que leur indicateur (SSI), mesurant l'allocation moyenne recommandée aux actions, a reculé de 10 points de base en août, à 56,4%, tout en restant en hausse de 50 points de base depuis le début de l'année. Le SSI demeure en zone "neutre", mais se situe désormais cinq fois plus près d'un signal de "vente" que d'un signal d'"achat", à respectivement 1,1 et 5,1 points de pourcentage.
Historiquement, à ce niveau ou au-dessus, le S&P 500 a enregistré un rendement négatif à 12 mois dans 33% des cas, contre 17% depuis 1985, rappelle la banque. Le niveau actuel reste néanmoins inférieur aux précédents sommets de marché, généralement supérieurs à 59%, et implique un rendement des cours de 12% sur les 12 prochains mois selon ce modèle.
"En période de turbulences, la tentation est grande de désinvestir. Pourtant, l'histoire montre que rater les quelques jours de hausse historique d'un indice détruit beaucoup plus de performance à long terme que d'être investi au mauvais moment", nuance-t-on chez Natixis.
Pas d'avancée au Moyen-Orient mais des "stats" à digérer
Après les récentes frappes américaines sur l'Iran et la riposte de Téhéran contre des bases américaines en Jordanie, la perspective d'une résolution rapide du conflit s'amenuise et le détroit d'Ormuz reste congestionné.
Les cours de l'or noir évoluent ainsi à des niveaux élevés, avec un WTI en hausse de 3%, à 89 USD le baril.
"Pour l'instant, ce mouvement reflète principalement le retour de la prime de risque géopolitique, après la récente phase de normalisation", considère Frédéric Lorec, analyste pétrole chez AlphaValue. Selon lui, si l'escalade militaire est bien réelle, aucune perte de production supplémentaire n'est à ce stade confirmée.
Aujourd'hui, les investisseurs doivent aussi composer avec la parution de plusieurs statistiques de premier plan aux États-Unis, à l'instar du rapport JOLTS sur l'emploi, qui fait état de 7,271 millions de postes à pourvoir en juillet, soit juste en dessous des attentes (le consensus ciblait 7,330 millions). Un mois plus tôt, ces ouvertures de postes s'élevaient à 7,182 millions.
Par ailleurs, l'expansion du secteur manufacturier américain s'est maintenue à un rythme solide en août, à en croire l'indice PMI de S&P Global, qui s'est établi à 53,9 pour le mois écoulé, un niveau inchangé par rapport à celui de juillet.
Enfin, l'ISM manufacturier est ressorti en baisse à 54,6 contre 55,6 en juillet, alors que les économistes attendaient un repli plus modéré, à 55,2. La vigueur de l'industrie américaine est surtout concentrée dans les secteurs des hautes technologies et de l'IA, le reste du secteur se montrant plus hésitant en raison du renchérissement du coût des matières premières et de l'impact des droits de douane.
Les valeurs en mouvement
Dans le reste de l'actualité des marchés, la Federal Trade Commission américaine a engagé des poursuites contre Amazon (-1,9%), accusant le groupe d'avoir "secrètement et systématiquement" surfacturé les annonceurs utilisant sa plateforme.
Medtronic gagne 1% à Wall Street, à la suite de la publication de résultats meilleurs que prévu au titre de son premier trimestre comptable, lui permettant de relever ses objectifs pour l'ensemble de l'exercice en cours.
Fervo Energy bondit de 25% à New York alors que ce groupe spécialisé dans l'énergie géothermique a annoncé un accord d'achat d'électricité (PPA) de 396 mégawatts (MW) avec Google afin d'approvisionner un possible centre de données dans l'Utah.
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