Marchés

Gueule de bois du lundi à Paris, l'IA au tapis

Publié le 14 septembre 2026 à 18h03

Le retour de week-end est difficile à digérer pour les investisseurs. Paris entame la semaine sur un repli de 0,76%, ce qui amène l'indice parisien à 8 118 points, tandis qu'outre-Rhin le DAX 40 cède 0,6%. En cause ? Un mouvement de défiance autour de l'IA combiné à des rendements obligataires qui poursuivent leur ascension. Dans ce contexte morose, Londres est parvenue à limiter la casse : au gong final, le Footsie 100 s'adjuge même 0,44%, bien aidé par les géants britanniques de la santé.

Les chiffres ont de quoi donner le tournis : le rendement de l'OAT à 10 ans d'échéance a franchi les 4,51% aujourd'hui, tandis que son équivalent allemand de même échéance approche les 3,54%. Le spread atteint un niveau préoccupant de 97 pb.

"L'écartement du spread se répercute logiquement sur le coût de refinancement des entreprises. Actuellement, pour une entreprise française bien notée, le spread de crédit est d'environ 100 à 150 points de base (soit un coût de financement global de 6% à 6,5%). Mais avec l'accentuation de l'écartement du spread, le coût de financement pourrait monter vers 7,5% à 8%", pointait ce midi Christopher Dembik, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM, lors d'un rendez-vous avec la presse.

Outre-Atlantique, le rendement du 10 ans a quant à lui touché le seuil symbolique des 5%. Toutefois, ce niveau inquiète moins en raison de révisions de croissance positives et d'une excellente résistance du refinancement des entreprises. Pour autant, la trajectoire des taux américains restera au centre de l'attention des marchés jusqu'à la fin de l'année et les marchés évaluent à 90% la probabilité d'une hausse d'un quart de point des taux de la Fed dès ce mercredi, avant un statu quo (à 51%) en octobre.

Et même si Kevin Warsh, le président de la Fed, est notoirement hostile aux hausses de taux, il ne peut ignorer les risques haussiers qui s'accumulent sur l'inflation. L'or noir poursuit ainsi son envolée avec un Brent à 107,6 USD le baril ( 0,1%) et un WTI à 103,1 ISD ( 0,6%);

IA : une histoire de défiance et de retours en grâce

Les flambées des rendements obligataires et des cours du pétrole ne sont pas les seuls à plomber l'ambiance. Si les Etats-Unis peuvent s'appuyer sur la puissance de leurs géants de la Tech, un vent de défiance a émergé ces derniers jours, notamment après le très remarqué message posté sur X par un ancien salarié d'OpenAI et d'Anthropic, alertant sur les dérives et les dangers de l'IA. L'ingénieur est clair : selon lui, les deux entreprises se sont lancées dans une course effrénée vers une superintelligence capable de s'améliorer elle-même et jouent avec la survie de l'humanité.

Anthropic a réagi au cours du weekend : Dario Amodei, son président-directeur général d'Anthropic, plaidant à son tour pour ralentir le rythme de développement de l'intelligence artificielle, non pas pour stopper le progrès, mais pour donner aux mesures de sécurité suffisamment de temps pour suivre l'amélioration rapide des capacités des modèles.

De son côté, Sam Altman, l'emblématique dirigeant d'OpenAI s'est dit favorable à la mise en place d'un cadre fédéral afin d'encadrer les modèles d'IA de pointe. Il en a aussi profité pour assurer que sa société n'entrerait pas en bourse cette année.

Ce mouvement d'aversion naissant autour de l'IA a provoqué l'ire du président américain. "Le seul contrôle ou 'garde-fou' dont l'IA a besoin, c'est un PRÉSIDENT FORT ET INTELLIGENT (au QI élevé !), et les Etats-Unis en ont un, et pas qu'un peu !", a-t-il hurlé par écrit sur son réseau, TruthSocial. "Un complot MALSAIN se trame contre l'IA et les centres de données, et la Chine est la seule à s'en réjouir. QUI REMPORTE LA COURSE À L'IA GAGNE LA MISE !", a-t-il ajouté.

Pas de quoi convaincre les investisseurs (si tant est qu'ils portent encore attention aux déclarations intempestives du Républicain) : le CAC 40 doit ainsi composer avec les contractions de plusieurs géants tricolores du secteur : -6,7% pour Legrand, -6,58% pour STMicro ou encore -6,54% pour Schneider Electric. Et plus largement, les contractions atteignent 12,5% pour Soitec, 8,55% pour ASM International, 7,72% pour Infineon, 7,03% BESI, ou encore entre -5% et -6% pour AMD, Intel, GlobalFoundries ou Micron.

Pour ne rien arranger, "de nombreuses informations font état de pirates informatiques qui volent les tokens Claude des abonnés", rapporte Utsav Sinha, analyste en charge du secteur chez AlphaValue. "Ce n'est clairement pas une bonne nouvelle pour une entreprise censée être valorisée 2 000 milliards de dollars", ajoute l'analyste, qui rappelle que ce problème n'est pas lié à une IA devenue incontrôlable, prête à détruire le monde, mais plus simplement à des logiciels mal "vibe-codés", avec des standards de sécurité insuffisants.

Ce trou d'air permet le retour en grâce de plusieurs valeurs qui avaient été mises à terre par l'envolée de l'IA, à l'instar de Capgemini ( 6,61%, meilleure performance du CAC 40), SAGE ( 5,98%, meilleure performance du Footsie) ou SAP ( 5,08%, meilleure performance du DAX 40).

Dans ce contexte, les secteurs défensifs s'attirent les faveurs des investisseurs, à l'instar de la santé. Londres est ainsi portée par GSK ( 4,63%) ou AstraZeneca ( 3,33%) et tous les grands laboratoires profitent de ce mouvement avec 5,06% pour Roche, 2,96% pour Sanofi, 2,07% pour Eurofins ou encore 1,68% pour Novartis et 1,63% Biomérieux.

Les autres valeurs en mouvement

Pernod Ricard s'adjuge 3%, porté par l'annonce de la levée des 10% de droits de douane qui frappaient les whiskeys irlandais entrant aux États-Unis. Le groupe tricolore était particulièrement exposé à cette mesure via sa marque Jameson.

AlphaValue a annoncé lundi avoir abaissé sa recommandation sur le titre Hermès ( 1,04%) d'"acheter" à "accumuler", invoquant un contexte économique mondial justifiant, selon lui, de faire preuve de prudence.

Sanofi ( 2,96%) et Cheplapharm ont annoncé un accord de partenariat stratégique majeur. Sanofi prévoit de céder un portefeuille de 20 médicaments matures, dont l'anticoagulant Lovenox/Clexane, ainsi que trois sites de production mondiaux. En contrepartie, le Français obtiendra une participation de 26,4% au capital de Cheplapharm.

Enfin, Rheinmetall gagne 0,62% après une importante commande d'obus qui verra la société livrer des milliers d'obus de 155 mm à un client international, dans le cadre d'un contrat dépassant les 100 millions d'euros.

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