Dans une étude publiée ce jeudi, Allianz Trade souligne que "le choc actuel des prix du pétrole ne devrait pas s'avérer structurel, les flux devant probablement revenir à la normale en 2027. Cependant, plusieurs points de tension tirent les prix du pétrole et du gaz dans des directions opposées, et c'est l'équilibre entre ces forces qui déterminera l'évolution future des prix. Le Brent a bondi à près de 110 dollars/baril après que l'Arabie saoudite a été contrainte de fermer son oléoduc Est-Ouest, ce qui a porté l'impact net sur les flux dans le détroit d'Ormuz à environ 4,3 millions de barils par jour par rapport aux niveaux d'avant-guerre."
Pour l'instant, les facteurs de pression (notamment des réserves stratégiques proches de leurs plus bas historiques et un parc de raffinage sous-investi) l'emportent sur les deux facteurs d'atténuation (le trafic parallèle dans le détroit d'Ormuz et la destruction de la demande).
"Comme nous prévoyons que l'oléoduc saoudien sera réparé assez rapidement et que les volumes resteront stables dans le détroit d'Ormuz, le Brent devrait s'établir en moyenne à 87 USD/baril au 4e trimestre 2026 avant de se stabiliser à 76 USD/baril en 2027. Toutefois, les prix se maintiendraient près de 100 USD/baril si l'interruption s'étendait à six semaines et si la situation dans le détroit d'Ormuz restait instable", estime le spécialiste mondial de l'assurance-crédit commercial.
Gaz européen : la menace d'une récession sous surveillance
Les prix du gaz en Europe grimpent alors que la région s'empresse de reconstituer ses stocks, même si le risque macroéconomique qui en résulte semble pour l'instant maîtrisé. Les prix du gaz ont rebondi, passant d'environ 45 euros/MWh en juillet à plus de 80 EUR/MWh, alors que les chargements de GNL à Ormuz restent bloqués à 15-25% de leurs niveaux d'avant-guerre. "Nous prévoyons que le TTF s'établira en moyenne à 65 EUR/MWh au 4e trimestre 2026, avant de redescendre à 36 EUR/MWh en 2027, grâce à une offre plus importante provenant à la fois des Etats-Unis et du Moyen-Orient. Un dépassement soutenu de la barre des 120 EUR/MWh pendant six mois risquerait de faire basculer la zone euro dans la récession", indique Allianz Trade.
Goulots d'étranglement et baisse de la demande mondiale
Un goulot d'étranglement distinct au niveau du raffinage et des exportations maintient les prix des produits raffinés à un niveau élevé. Les marges de raffinage aux Etats-Unis et en Europe ont bondi pour atteindre respectivement 62 EUR/baril et 74 EUR/baril. Outre les perturbations liées à Ormuz, une part importante de la capacité de raffinage russe a été touchée par des frappes ukrainiennes, entraînant une interdiction d'exporter du diesel.
Jusqu'en juin, la Chine avait également mis en place des restrictions à l'exportation en raison des craintes de pénuries d'approvisionnement. Une base de raffinage souffrant d'un sous-investissement structurel aggrave cette crise aux multiples facettes. En conséquence, la demande mondiale de pétrole devrait se contracter de 2,5 millions de barils par jour en 2026, la demande asiatique s'étant effondrée.
Marchés financiers : des tensions modérées sur les taux
En outre, les obligations intègrent déjà la majeure partie de la prime énergétique, mais une inflation persistante et des flambées des cours du pétrole pourraient entraîner de nouvelles tensions sur les taux. Une grande partie de la réévaluation initiale s'est déjà produite. "Nous estimons qu'une nouvelle hausse du Brent à 120 USD/baril ne ferait augmenter les rendements que de 5 à 10 points de base (contre 17 à 18 points de base sur les swaps d'inflation et 8 à 11 points de base sur les anticipations de taux directeurs). Cela suggère qu'une nouvelle hausse significative des rendements nécessiterait probablement un nouveau choc d'offre important ou des signes indiquant que l'inflation retarde la normalisation de la politique monétaire", observe Allianz Trade.
Une recomposition durable des routes énergétiques mondiales
A plus long terme, les événements qui se déroulent actuellement constituent fondamentalement un choc lié à Ormuz et au Golfe qui va redéfinir le paysage énergétique mondial. Le conflit est en train de redessiner les routes commerciales mondiales de l'énergie : les Etats du Golfe développent des infrastructures de contournement (ADCOP, le corridor Kirkouk-Ceyhan/Development Road, Duqm) tandis que la Chine, l'Inde, le Japon et la Corée du Sud diversifient leurs approvisionnements pour s'affranchir du transit par le Golfe ; le GNL ne disposant d'aucun contournement équivalent, ce qui maintient l'exposition au gaz structurelle.
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