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Le LBO d'Electronic Arts tourne au bras de fer obligataire

Publié le 6 octobre 2026 à 12h03

A peine passé sous pavillon privé, Electronic Arts se retrouve déjà aux prises avec ses créanciers, a appris le Wall Street Journal. Des détenteurs de 1,4 milliard de dollars d'obligations accusent l'éditeur de jeux vidéo d'être en défaut et réclament leur remboursement à 101% du nominal. Au coeur du bras de fer : les 20 milliards de dollars de dette mobilisés pour financer l'un des plus gros LBO de l'histoire.

Electronic Arts (EA) a été racheté en août par un consortium réunissant le fonds souverain saoudien Public Investment Fund (PIF), Silver Lake et Affinity Partners, fondé par Jared Kushner. Pour financer l'opération, JPMorgan s'est engagé à fournir environ 20 milliards de dollars de dette. Cette hausse du levier détériore le profil de crédit d'EA et fait craindre aux créanciers historiques une dégradation de leurs obligations, explique le WSJ.

Ces derniers estiment disposer d'une porte de sortie. En cas de LBO (i.e. le rachat d'une entreprise en empruntant une grande partie de l'argent nécessaire, puis en utilisant les revenus de l'entreprise rachetée pour rembourser cette dette), si le changement de contrôle s'accompagne d'une perte de la notation "investment grade", les détenteurs d'obligations peuvent exiger d'EA un remboursement à 101% de leur valeur nominale. C'est ce que réclament les créanciers pour deux souches obligataires de 750 millions de dollars chacune, arrivant à échéance en 2031 et 2051.

Pour éviter ce scénario, EA a choisi de transformer ses obligations en actifs proches des bons du Trésor américain, poursuit le WSJ. Le groupe a mis en place une stratégie de "defeasance" : il met de côté des Treasuries destinés à couvrir les futurs paiements d'intérêts et le remboursement du principal, afin de dissocier le risque des obligations de celui lié à la qualité de crédit d'EA.

Les agences de notation se retrouvent au centre de la bataille. Moody's a retiré sa notation sur les obligations, tandis que S&P les classerait en catégorie "high yield". Fitch n'a finalement attribué aucune note définitive. EA aurait toutefois obtenu une notation "investment grade" auprès d'Egan-Jones.

Reste une question centrale : qui supportera le coût du LBO ? Les clauses de changement de contrôle existent précisément pour protéger les investisseurs contre ce scénario : acheter la dette d'une entreprise solide, puis se retrouver créancier de cette même société une fois son bilan lourdement endetté après un rachat. C'est l'enjeu du bras de fer actuel.

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