A l'approche de la saison des résultats trimestriels, les analystes restent confiants quant à la solidité de l'industrie aéronautique, portée par une demande soutenue pour la maintenance des moteurs. Mais la flambée du pétrole et les incertitudes entourant le trafic aérien pourraient aussi peser sur le secteur.
Les équipementiers aéronautiques vont-ils continuer à défier la gravité ? Depuis plusieurs trimestres, la vigueur du marché de la maintenance permet aux industriels d'afficher des performances remarquables. Pourtant, la hausse des prix du carburant, sur fond de conflit au Moyen-Orient, menace désormais cette dynamique.
Chez Bernstein, Adrien Rabier résume le paradoxe : "Les chiffres sont bons. Pas la visibilité." Le bureau d'études anticipe des résultats trimestriels solides, mais redoute que la hausse durable du carburant ne conduise les compagnies aériennes à réduire leurs capacités, avec des conséquences possibles sur la demande de maintenance. Pour l'heure, rien n'indique toutefois un retournement du marché de la maintenance.
La maintenance des moteurs tourne à plein régime
Selon une enquête de RBC Capital Markets menée auprès de plus de 30 entreprises de maintenance aéronautique, l'activité a progressé de 11% au troisième trimestre, dont 12,4% pour la maintenance des moteurs. Les professionnels interrogés estiment que la croissance devrait atteindre 11,6% en 2027 (contre 9,6% lors de la précédente enquête). Aussi, "notre enquête ne met pas en évidence de ralentissement imminent du marché", résume RBC, qui se montre notamment optimiste pour les moteurs gros-porteurs.
Les tensions sur les chaînes d'approvisionnement soutiennent également les prix des matériaux destinés aux moteurs, en hausse de plus de 11%, leur plus forte progression depuis 2024. Cette situation devrait profiter à GE Aerospace, Safran et Pratt & Whitney. RBC évoque aussi RTX, Loar et VSE Corporation, tout en estimant que les excellents résultats attendus pourraient ne pas suffire à provoquer une nouvelle envolée boursière.
MTU Aero Engines, particulièrement apprécié des analystes
Parmi les valeurs européennes, MTU Aero Engines recueille des avis particulièrement favorables. Bernstein en fait sa valeur préférée pour le second semestre 2026. Le courtier, qui recommande le titre à "surperformance" avec un objectif de 450 euros, anticipe un chiffre d'affaires trimestriel supérieur de 6% au consensus et un résultat opérationnel supérieur de 9%.
Cette confiance repose notamment sur la maintenance, dont Bernstein prévoit une croissance de 14%, contre seulement 5% attendus par le consensus, grâce aux interventions sur les moteurs GTF de Pratt & Whitney.
Même enthousiasme chez mwb research, qui maintient sa recommandation à l'achat sur MTU et son objectif de 530 euros, représentant un potentiel d'appréciation de 51%. D'ailleurs, pour Jens-Peter Rieck, analyste chez mwb research, "la maintenance reste l'actif caché" du groupe, un actif qui reste sous-évalué par les investisseurs. MTU vise une croissance d'environ 50% de ses revenus de maintenance entre 2030 et 2035.
Safran et Airbus, des perspectives plus contrastées
La situation apparaît plus nuancée pour Safran. Bernstein recommande toujours le motoriste français à "surperformance", avec un objectif de 420 euros, mais prévient que l'excellence opérationnelle pourrait ne plus suffire à convaincre les investisseurs.
Le courtier prévoit une croissance annuelle de 16,6% du chiffre d'affaires en 2026 et un résultat opérationnel courant de 6,8 milliards d'euros, supérieur aux objectifs du groupe. Toutefois, les incertitudes concernant 2027 et 2028 pourraient limiter la réaction boursière.
Chez Airbus, l'enjeu principal réside dans les livraisons. Bernstein, qui maintient sa recommandation à "surperformance" et son objectif de 240 euros, estime que l'avionneur devra réaliser un quatrième trimestre historique pour atteindre les quelque 870 appareils prévus cette année.
Le groupe devra notamment rattraper une vingtaine de livraisons affectées par des problèmes de revêtement sur les A320. Le courtier reste néanmoins serein : un éventuel retard pourrait être comblé début 2027.
Enfin, Rolls-Royce apparaît comme une valeur potentiellement plus résistante en cas de dégradation du marché aérien. Bernstein considère le motoriste britannique comme "le plus défensif" des acteurs de la maintenance, grâce à son exposition aux avions long-courriers et à ses activités hors aéronautique. Il conserve toutefois une recommandation à "performance de marché", avec un objectif de 1 600 pence.
Au-delà des publications trimestrielles, c'est donc la trajectoire du trafic aérien en 2027 qui devrait départager les valeurs du secteur. Pour l'instant, les carnets de maintenance restent remplis, mais avec un pétrole durablement élevé, les investisseurs semblent désormais exiger davantage que de bons résultats : des garanties sur leur pérennité.
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