Des cadres dirigeants du secteur de l'assurance, qui souhaitent rester anonymes et qui s'expriment à travers Inside Track, avertissent sur les conséquences de l'aggravation des effets de la crise climatique sur les particuliers propriétaires et sur les entreprises qui pourraient voir leur couverture d'assurance retirée, retarifée ou limitée.
Inside Track est une organisation à but non lucratif basée au Royaume-Uni qui aide des cadres dirigeants anonymes de grandes entreprises à partager leurs analyses sur l'impact social et environnemental le plus significatif que leurs secteurs d'activité ont sur le monde.
Le spectre d'un krach financier
Dans une note publiée par souci de "transparence" à l'égard des gouvernements et des assurés, un groupe de cadres dirigeants du secteur de l'assurance travaillant en France et en Europe "tire la sonnette d'alarme" face au péril climatique imminent.
La note avertit les gouvernements et les assurés, que le système actuel ne sera plus capable de couvrir les pertes futures encourues en raison des aléas climatiques. Ce n'est pourtant pas l'intention des assureurs qui, à l'occasion de l'échéance annuelle de renouvellement des contrats, pourraient retirer ou limiter la couverture d'assurance avant que la crise ne frappe. Cette note indique que la pratique actuelle du marché "n'apportera pas la protection dont la société a besoin".
Ce groupe ajoute : "La fragilisation du marché hypothécaire a été à l'origine d'une crise financière mondiale, nous craignons qu'une augmentation importante du nombre de biens immobiliers non assurés et à haut risque ne se traduise par un phénomène similaire."
Plusieurs points d'alerte ont été identifiés :
- La pression mise sur les modélisateurs de certains assureurs pour qu'ils revoient à la baisse la gravité des projections dues au changement climatique et minimisent les risques ;
- Les auteurs de la note dénoncent un décalage entre le discours actuel et la réalité des risques. Les projections les plus alarmantes seraient peu partagées avec les pouvoirs publics et les assurés. Pourtant, les assureurs s'organiseraient déjà pour préparer leur retrait des marchés les plus à risque.
- Des restrictions sont déjà mises en place dans les zones touchées par les incendies de forêt, l'érosion côtière, l'affaissement des sols et les inondations, les agriculteurs étant également concernés ;
- Les populations des régions montagneuses et côtières, des plaines inondables et des zones frappées par les feux de forêt seront touchées de manière disproportionnée ;
- Bien que des dommages importants soient déjà inévitables, l'ampleur des émissions futures déterminera la gravité des pertes.
La note alerte sur le fait que, si le secteur ne réduit pas suffisamment tôt son exposition à ce risque, les conséquences financières pourraient être considérables pour les assureurs, les réassureurs et leurs investisseurs.
On peut y lire : "L'assurance est nécessaire pour obtenir un crédit immobilier, ce qui permet aux prêteurs de gérer leur propre exposition financière."
Selon eux, le système actuel ne pourra plus offrir le niveau de protection d'assurance des biens attendu. A terme, on assistera à une augmentation significative du nombre de biens qualifiés "à haut risque" privés de couverture assurantielle, et ce, qu'ils soient résidentiels ou professionnels. Les signataires anticipent ici un risque économique susceptible de précéder un krach financier, à l'instar de la crise des subprimes, qui a déclenché la crise financière mondiale.
La note poursuit : "Nous lançons cet appel aux investisseurs pour qu'ils comprennent que nous ne sommes pas à l'abri de ce risque et que son ampleur variera considérablement en fonction des trajectoires d'émissions - un domaine sur lequel nous avons, nous aussi, une certaine influence.
Au lieu de nous demander comment jouer un rôle stratégique pour éviter qu'une telle situation ne se produise, nous poursuivons tête baissée, convaincus de pouvoir traverser sans encombre des bouleversements sans précédent.
A travers les produits que nous vendons, les secteurs que nous privilégions ou délaissons, et la manière dont nous communiquons avec nos clients, les régulateurs et les décideurs politiques, nous pourrions jouer un rôle significatif dans la réduction des risques auxquels sont confrontées la société et notre propre secteur."
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