La Banque du Japon entrouvre la porte‎ de la «monnaie hélicoptère» !

Publié le 23 septembre 2016 à 11h28

Didier Borowski

En décidant de cibler le niveau des taux à long terme (en pratique, de maintenir durablement à zéro le taux à dix ans), la BoJ vient de prendre un tournant décisif. Car ce faisant, elle s’engage implicitement à acheter un montant‎ indéterminé (illimité ? ) ‎d’emprunts d’Etat, ce qui change la donne. Le gouvernement japonais se voit ainsi encouragé à s’endetter davantage, sans risque, sans coût et, surtout, sans plus se préoccuper de la soutenabilité de ses actions !

Avec les politiques de QE, les banques centrales avaient déjà de facto largement franchi la frontière budgétaire. Mais jusqu’à présent elles maintenaient au moins l’illusion d’une «dominance monétaire» : la banque centrale conservait pour objectif une cible d’inflation, laissant au gouvernement le soin de mener la politique budgétaire adéquate assurant la solvabilité de l’Etat.‎

Avec cette décision, la BoJ pro‎pose de faire entrer le Japon de plain-pied dans une «dominance budgétaire forte» dans laquelle la banque centrale assure la solvabilité de l’Etat. D’autant plus qu’en s’autorisant à dépasser temporairement sa cible d’inflation de 2 %, la BoJ laisse entendre que l’objectif d’inflation pourrait être relégué au second plan si besoin. S’il ne s’agit pas (encore) de la «monnaie hélicoptère», cela commence à en avoir le parfum.

Bien sûr, la cible d’inflation n’est pas abandonnée et les autorités japonaises restent discrètes quant à leurs intentions réelles. Mais une chose est sûre : l’hélice de l’hélicoptère tourne. Il ne reste plus au «pilote-Premier ministre» qu’à embarquer, s’envoler et choisir une destination (hausse de dépenses, baisses d’impôts, etc.).‎

Didier Borowski Responsable recherche politiques macro ,  Amundi Investment Institute

Didier Borowski est responsable de la recherche sur les politiques macroéconomiques au sein de l’Amundi Investment Institute. Auparavant, il a exercé plusieurs fonctions : responsable de la stratégie Taux et Changes, co responsable de l’équipe de Stratégie et Recherche économique, responsable de la macroéconomie puis plus récemment responsable global views. Avant de rejoindre Amundi, il était économiste et stratégiste senior de Société Générale Asset Management (2000-2009). Didier Borowski a commencé sa carrière au sein de la Direction de la Prévision du Ministère de l’économie et des finances. Il a également exercé les fonctions d’expert auprès de la Commission européenne. Didier Borowski est Docteur ès sciences économiques. Il a été Professeur associé à l’Université Paris Nord (2007-2011) puis a enseigné plusieurs années à l’université Paris-Dauphine.

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