Le blog de Didier Borowski

Italie : pourquoi il ne faut pas sombrer dans un excès de pessimisme

Option Finance - 4 juin 2018 - Didier Borowski, Amundi

Les investisseurs ont basculé, en quelques jours, d’un excès de complaisance à un excès de pessimisme. Il faut raison garder. Même si un sérieux affrontement est inévitable entre le gouvernement de coalition et les institutions européennes (immigration, politique budgétaire), il n’y a pas de risque de défaut de l’Etat italien d’ici à deux ans. Selon les enquêtes, les Italiens ne souhaitent pas sortir de la zone euro, ce qui explique d’ailleurs que cette proposition ne figure pas dans les programmes des deux partis antisystème. De plus, les marges de manœuvre du nouveau gouvernement sont limitées par les prérogatives constitutionnelles du président Mattarella, qui peut mettre son veto à certaines lois.

La situation économique de l’Europe et de l’Italie s’est nettement améliorée au cours des dernières années. La reprise en zone euro a été vigoureuse et l’économie italienne a redémarré, et même renoué avec les excédents commerciaux. Ses faiblesses sont bien identifiées : niveau excessif de dette publique, large stock de créances douteuses, croissance potentielle très faible, compétitivité insuffisante. Mais elles ne doivent pas occulter les points forts : un surplus primaire récurrent, un faible niveau de dette privée, une épargne domestique abondante et une dette publique détenue majoritairement par les résidents (à près de 70 %). En outre, les banques ont commencé à assainir leurs bilans et sont plus résilientes que par le passé. Enfin, rappelons que la BCE dispose d’instruments anticontagion qui permettraient d’endiguer la propagation des turbulences financières au reste de la zone euro. Cela dit, l’Italie entre en terre inconnue, et cela vaut bien une prime de risque !