Dossier partenaire FIR

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La finance peut-elle contribuer au développement durable de l’industrie de la pêche ?

1er février 2021 - Proposé par le FIR

Recherche académique : Dans son article « Points de levier dans le secteur financier pour un développement durable des produits de la mer », Jean-Baptiste Jouffray et ses co-auteurs, lauréat du Prix FIR-PRI « Finance & Développement durable » du meilleur article de recherche se pose la question de savoir comment la finance peut contribuer au développement durable de l’industrie de la pêche.

Partant de cette question, les auteurs identifient trois leviers de transformation de mécanismes de financement existants. Ils s’appuient sur des méthodes de recherche mixtes pour identifier les caractéristiques de financement des entreprises de la pêche. Ils trouvent ainsi que le financement privé y est encore fortement répandu ; 53 % des 100 plus grandes entreprises de la pêche sont de propriété privée. Or, la tendance actuelle à la consolidation accroît les besoins de financement et l’influence potentielle d’une diversité d’investisseurs.
 
Les auteurs identifient trois leviers au sein de mécanismes de financement existants pour inciter les entreprises à changer leurs pratiques. Premièrement, les institutions de crédit pourraient imposer des conditions de prêt, comme le respect des Principles for Investment in Sustainable Wild-Caught Fisheries (1), modelés sur les Principes de l’Équateur et lancés en 2018. Deuxièmement, les marchés boursiers pourraient imposer des obligations de reporting sur des risques et opportunités extra-financiers aux entreprises de la pêche au préalable de leur offre publique initiale. La troisième voie explorée est l’activisme actionnarial ; cependant, étant donné les structures actionnariales très diluées et majoritairement aux mains d’individus ou d’entreprises non-financières, cette voie semble moins prometteuse dans la situation actuelle. Pour que les acteurs financiers puissent véritablement prendre de l’influence, il faudrait renoncer aux stratégies de diversification communément adoptées pour acheter plus de parts au sein d’entreprises uniques.
Pour que les trois mécanismes identifiés puissent réaliser leur potentiel de transformation, il faut que les acteurs financiers se saisissent des risques sociaux et écologiques associés au secteur de la pêche, se rendent compte comment ces risques pourraient se matérialiser financièrement et soient prêts à transformer leurs pratiques en fonction. Pour cela, les auteurs estiment que l’intégration systématique de nouvelles normes sociales et environnementales dans ces mécanismes est plus efficace que les initiatives volontaires ou la création de nouveaux produits financiers telles les obligations bleues (2).
Compte tenu de l’accroissement de la demande pour des produits de la pêche et les défis sociaux et économiques associés à leur production, l’identification de ces leviers d’influence pourrait améliorer la contribution du secteur financier au développement durable de l’industrie de la pêche.


(1) Principles for Investment in Sustainable Wild-Caught Fisheries (principes d’investissement pour la pêche sauvage) :
http://www.fisheriesprinciples.org/

(2) Les obligations bleues sont des obligations émises pour le financement de projets écologiques spécifiques concernant les océans ou les mers.

À propos de l’auteur de l’article

  • Jean-Baptiste Jouffray est Chercheur en post-doc au Stockhom Resilience Centre et associé programme de recherche Global Economic Dynamics and the Biosphere (GEDB) de l’Académie royale des sciences suédoise. Ses recherches portent sur les interdépendances entre enjeux sociaux, économiques et écologiques liés aux océans. Lui écrire
  • Ses co-auteurs : Beatrice Crona, Emmy Wassénius, Jan Bebbington, Bert Scholtens
  • Retrouvez les travaux vainqueurs des Prix FIR-PRI « Finance & Développement durable » sur www.fir-pri-awards.org