Communauté financière

Interview - Philippe Zaouati, président, Finance for Tomorrow (Paris Europlace)

«Nous incitons le gouvernement à se montrer plus ambitieux dans le domaine de la finance verte»

Option Finance - 11 juin 2018 - Propos recueillis par Arnaud Lefebvre

Paris Europlace

Philippe Zaouati, président, Finance for Tomorrow (Paris Europlace)
Finance for Tomorrow (Paris Europlace)

Afin de promouvoir la finance durable en France et à l’international, Paris Europlace et les acteurs de la place de Paris lançaient il y a tout juste un an l’initiative Finance for Tomorrow. Que s’est-il passé depuis ?

D’abord, Finance for Tomorrow n’a cessé d’attirer de nouveaux acteurs. Lancée avec une trentaine de membres, l’initiative en compte aujourd’hui une soixantaine. Surtout, elle rassemble l’ensemble de l’écosystème français, des grandes associations professionnelles (AFG, FBF, FFA, France Invest, etc.) aux principales sociétés de gestion, en passant par les banques et assureurs, sans oublier des institutions publiques comme la Caisse des Dépôts et le Trésor ou encore des représentants de la société civile comme le WWF. Ensuite, la feuille de route de Finance for Tomorrow comprend trois axes prioritaires : développer l’expertise de la place de Paris en matière de finance verte et durable (recherche, éducation, fintechs for green, etc.), renforcer les synergies en associant les secteurs privé et public, et organiser le rayonnement de la France en dehors des frontières. Dans ces domaines, nous avons déjà accompli de réelles avancées. Par exemple, la France continue de se distinguer sur le marché mondial des obligations vertes, où elle joue un rôle de premier plan tant au niveau du nombre d’émetteurs et d’investisseurs actifs que du savoir-faire des banques arrangeuses. En outre, le nombre de fonds labellisés ISR et TEEC a poursuivi sa croissance. Enfin, c’est en grande partie sous l’impulsion de Finance for Tomorrow qu’un «Réseau des places financières pour le développement durable» (FC4S), qui regroupe 16 places financières, a vu le jour mi-avril sous l’égide de l’ONU environnement (UNEP).

Comment se positionne aujourd’hui Paris en matière de finance durable ?


Hormis ce qui concerne les green bonds, il est extrêmement difficile d’avoir une vision précise sur le rang de chaque place financière. Néanmoins, plusieurs éléments illustrent le fait que Paris est en pointe. Alors que nous avons accueilli l’an passé l’événement annuel des «Green Bond Principles», nous allons cette année co-organiser notre quatrième Climate Finance Day avec l’événement phare de l’UNEP Finance, qui se tient tous les deux ans sur un continent différent et que nous aurons le plaisir d’accueillir à Paris. Autre fait révélateur : le plan d’action en faveur de la finance durable qu’a présenté la Commission européenne en mars dernier reprend de nombreuses mesures que nous avions formulées. Le groupe d’experts techniques que l’exécutif européen entend mettre en place pour plancher sur le «paquet législatif» a d’ailleurs fait l’objet d’un nombre élevé de candidatures de la part d’organisations et d’acteurs français, ce qui témoigne de notre forte mobilisation ici, à Paris.

Vis-à-vis du législateur, quelles sont vos attentes ?

Au niveau européen, nous sommes à ce stade très satisfaits des dispositions préconisées par la Commission mais nous affinerons notre position en fonction des avancées du groupe d’experts techniques. En revanche, nous incitons le gouvernement français à se montrer encore plus ambitieux sur le plan domestique, même si notre corpus législatif est en avance – par exemple, l’article 173 de la loi sur le financement de la transition écologique et énergétique prévoit des obligations d’information pour les investisseurs institutionnels sur leur gestion des risques liés au climat, ce qui n’existe nulle part ailleurs. Ainsi, nous appelons à une simplification des reportings produits par les gérants, afin que les produits soient davantage accessibles pour le grand public. De plus, nous soutenons la volonté du ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, de faciliter l’allocation de l’épargne des Français vers des actifs verts, notamment grâce à une rationalisation des labels existants. Dans le contexte actuel du Brexit, il est essentiel de valoriser les spécificités de la place de Paris pour en faire une grande place internationale tournée vers l’avenir, et la finance verte en constitue un des éléments clés.

Quelles sont les principales échéances à venir pour Finance for Tomorrow ?

En dehors des efforts de dialogue et d’échanges avec les pouvoirs publics pour avancer sur une feuille de route, nous allons notamment nous mobiliser sur la séquence d’événements aux Etats-Unis en septembre prochain : le Global Climate Action Summit du gouverneur de Californie et la conférence annuelle des «Principles for Responsible Investment», qui se tiendront à San Francisco, ainsi que sur la réunion de suivi du One Planet Summit, co-organisée par Michael Bloomberg et la France à New York en septembre également, et qui sera un point d’étape important jusqu’à notre événement annuel du Climate Finance Day, en novembre, à Paris.

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