"Depuis la mi-juillet, les cours du Brent ont repris près de 20 dollars. Ce chiffre masque une réalité plus saisissante : les marges de raffinage sur le gasoil européen (mesurant la différence de prix entre brut et produit raffiné) ont progressé plus vite encore, passant de 37 à près de 65 USD, un plus haut historique. Ces marges correspondent au procédé consistant à "casser" les molécules de brut en molécules plus petites, ici du diesel", relève Lazard Frères Gestion (filiale française spécialisée dans la gestion d'actifs et banque privée du groupe international bancaire Lazard).
Plusieurs facteurs expliquent cette envolée supérieure à celle de la matière première elle-même :
- la fermeture du détroit d'Ormuz restreint bien sûr les produits raffinés en provenance du Golfe,
- la moitié des capacités russes désormais hors service,
- la production chinoise tournant à très faible régime (-18% sur un an selon Morgan Stanley),
- l'arbitrage des exportations américaines vers le Brésil et non plus vers l'Europe,
- l'approvisionnement plus réduit en brut américain issu de la réserve stratégique américaine (SPR),
- et enfin l'entrée en période de remplissage des citernes de chauffage allemandes depuis un taux anormalement bas.
Menace directe sur le pouvoir d'achat et la croissance européenne
Cette situation pèse lourdement sur l'économie réelle. D'après l'analyse de Lazard Frères Gestion, "le coût réellement supporté par les ménages et les transporteurs est celui du carburant à la pompe, non celui du Brent. Le risque principal pour l'économie européenne serait une poursuite de la hausse du brut combinée à des marges de raffinage qui se maintiendraient à un niveau élevé. Dans ce contexte, le prix final des carburants pourrait atteindre un niveau supérieur à celui d'avril."
Selon le gestionnaire d'actifs, ce scénario entraînerait deux conséquences :
- d'abord un impact plus fort sur la composante énergie des indices d'inflation, dans un contexte où les banques centrales restent très attentives aux effets de second tour.
- et dans un second temps, un ajustement à la baisse de la demande physique en raison d'un repli de l'activité industrielle, des transports, du fret et de la consommation.
Pour éviter ce scénario, la restauration des capacités de raffinage est donc indispensable. Si certains facteurs techniques peuvent se normaliser indépendamment du contexte géopolitique dans les mois à venir, la visibilité sur la disponibilité du raffinage dans le Golfe et en Russie s'est détériorée.
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