Longtemps éclipsée par le climat, la biodiversité s’impose désormais comme un nouveau terrain d’expérimentation pour les investisseurs. Parce que le réchauffement climatique constitue l’une des principales pressions qui pèsent sur les écosystèmes, cette thématique peut aussi englober une partie des enjeux climatiques et offrir une nouvelle porte d’entrée vers la transition, après plusieurs années de désaffection autour des stratégies climat. Mais sa traduction financière reste plus complexe : les impacts sont locaux, la dépendance aux services écosystémiques, bien que majeure, est difficile à chiffrer, les données sont encore imparfaites et les indicateurs encore en construction. Entre fonds thématiques, approches solutions, intégration transversale dans les portefeuilles et initiatives de place comme « Objectif Biodiversité », portée par la Caisse des Dépôts, les gérants testent aujourd’hui les méthodes qui permettront de faire entrer le vivant dans la gestion d’actifs.
- Pourquoi est-ce important de s’intéresser à la biodiversité et d’intégrer ce sujet dans les investissements, et quels liens faites-vous avec le climat ?
- Victoria Richard Weill, gérante actions globales et thématiques, Ofi Invest Asset Management
- Pourriez-vous nous parler des initiatives de la Caisse des Dépôts ?
- Comment travaillez-vous ces sujets en tant que société de gestion ?
- Guillaume Lasserre, directeur des gestions de LBP AM
- Quels sont les résultats de l’initiative sur le climat et la biodiversité ?
- Est-ce qu’il existe d’autres thèmes qui pourraient permettre de dépasser la difficulté à prendre en charge directement la biodiversité ?
- Elisabeth Cassagnes, responsable gestions des fonds cotés et gestions transversales chez Groupe Caisse des Dépôts
- Est-ce que ces problématiques autour de la souveraineté peuvent converger avec la préservation de la biodiversité ?
Les intervenants :
- Elisabeth Cassagnes, responsable gestions des fonds cotés et gestions transversales chez Groupe Caisse des Dépôts
- Guillaume Lasserre, directeur des gestions de LBP AM
- Victoria Richard Weill, gérante actions globales et thématiques, Ofi Invest Asset Management
Pourquoi est-ce important de s’intéresser à la biodiversité et d’intégrer ce sujet dans les investissements, et quels liens faites-vous avec le climat ?
Victoria Richard Weill, gérante actions globales et thématiques, Ofi Invest Asset Management : 50 % de l’économie mondiale dépend des services écosystémiques, c’est-à-dire des services gratuits rendus par la nature à l’homme. Ces services sont indispensables pour que notre société fonctionne, mais ils ne sont jamais comptabilisés. S’intéresser à la biodiversité aujourd’hui, ce n’est donc pas juste une option car notre modèle de développement est clairement menacé par l’actuelle érosion de la biodiversité. Le lien entre le climat et la biodiversité est également important. Les changements climatiques font partie des pressions exercées sur la biodiversité. Le lien entre climat et biodiversité tient donc au fait que le changement climatique ajoute une pression supplémentaire sur la biodiversité et favorise son érosion. Dans les fonds biodiversité, on retrouve ainsi souvent une dimension climat. Il existe cinq grandes pressions qui pèsent sur la biodiversité : le changement d’usage des terres et des mers, la surexploitation des ressources, les changements climatiques, les pollutions et enfin les espèces exotiques envahissantes. Cette dernière est importante mais un peu à part, parce qu’elle est plus difficile à évaluer.
Guillaume Lasserre, directeur des gestions de LBP AM : Aujourd’hui, le sujet de la biodiversité reste compliqué car la communauté des investisseurs n’est pas encore tout à fait mature pour établir un lien clair entre les pressions exercées sur la biodiversité et...