Stabilité financière : une montée en puissance des assureurs sur la dette privée à surveiller

Publié le 3 juillet 2026 à 11h26

OPTION FINANCE  Temps de lecture 3 minutes

Classe d’actifs très en vogue jusqu’à ce que des dérapages récents aux Etats-Unis ne commencent à susciter des inquiétudes, la dette privée devient un sujet d’attention pour les autorités de supervision européennes. Dans son dernier rapport sur la stabilité financière publié en juin 2026, l’European Insurance and Occupational Pensions Authority (EIOPA), organisme indépendant membre du Système européen de surveillance financière, consacre ainsi un chapitre à la montée en puissance de la dette privée au sein des portefeuilles des assureurs et des fonds de pension européens. Celle-ci s’inscrit d’abord dans le cadre du renforcement des actifs illiquides dans les portefeuilles de ces grands investisseurs institutionnels : fin 2025, la part de ces derniers représentait environ 25 % de leurs actifs totaux, une proportion qui monte à 30,4 % pour les portefeuilles des assureurs-vie.

En tant que telle, l’exposition de ces investisseurs à la seule dette privée reste pour l’instant limitée, de 2 à 5 % des actifs totaux (selon que les prêts hypothécaires sont pris en compte ou non), le rapport soulignant au passage le manque de définition claire concernant cette classe d’actifs, désignée selon les cas comme du crédit privé ou de la dette privée. Mais son succès croissant s’explique par de puissants atouts : des cash-flows réguliers, une faible corrélation avec d’autres classes d’actifs, de meilleurs rendements grâce à la prime d’illiquidité, le tout conjugué à une diversification des portefeuilles. Fin 2025, l’exposition au crédit privé des assureurs européens représentait 523 milliards d’euros, soit 5,4 % des investissements totaux et 5 % des actifs totaux. Les assureurs-vie sont les plus exposés, cette classe d’actifs représentant 12,8 % des placements au sein de leur actif général.

Dans un contexte où l’activité de prêts tend de plus en plus à sortir de la sphère bancaire, les assureurs et les fonds de pension jouent ainsi à présent un rôle plus important dans la fourniture de crédit, souligne l’EIOPA. Une tendance qui, sans être inquiétante pour l'instant, n’est pas sans susciter quelques interrogations. Ces investisseurs de long terme sont en effet censés être stables, capables de détenir des actifs illiquides en dépit des cycles de marché. Or ils pourraient, en raison de cette illiquidité même et de l’opacité des marchés privés, contribuer éventuellement à amplifier ou à créer un stress financier, en particulier sur des segments de niche où leur poids peut être très élevé, voire prépondérant, leur action étant ainsi susceptible d' influencer la stabilité financière mondiale. De quoi inciter les autorités de supervision à prendre en compte ces évolutions, souligne l’EIOPA, en s’interrogeant notamment sur les risques macroprudentiels potentiels qu’elles présentent.

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