L’économie mondiale à l’aube de 2026 : entre dynamisme et incertitudes

Publié le 23 janvier 2026 à 11h53

Ana Boata    Temps de lecture 5 minutes

Alors que le second mandat de Donald Trump entame sa deuxième année, l’économie mondiale se trouve à un carrefour crucial. Les prévisions pour 2026 et 2027 dessinent un tableau contrasté, où la croissance robuste côtoie des risques significatifs.

La croissance du PIB mondial reste forte pour l’instant, tirée par les Etats-Unis et la Chine

Derrière les chiffres flatteurs se dessine un paysage économique mondial plus contrasté qu’il n’y paraît. L’économie mondiale continue d’afficher une croissance robuste, portée par un contexte postpandémique encore dynamique, avec un PIB mondial attendu à 2,9 % en 2026 et 2,8 % en 2027, après une solide progression de 3 % en 2025. Cette amélioration s’explique en grande partie par la vigueur relative des Etats-Unis et de la Chine, qui représentent plus des deux tiers de la révision à la hausse de nos prévisions.

Aux Etats-Unis, l’économie fonctionne désormais à deux vitesses. D’un côté, un impact de la guerre commerciale finalement moins sévère que prévu – estimé à -0,6 point de pourcentage en 2025 contre 1,6 point auparavant grâce à la baisse effective des tarifs via des exclusions sectorielles et des accords commerciaux stratégiques avec des partenaires clés qui a aidé à atténuer cette pression. De l’autre, une dynamique interne profondément transformée par le secteur de l’information et des communications, dopé par l’essor de l’intelligence artificielle (IA). Ce secteur, qui ne représente pourtant que moins de 10 % du PIB américain, a contribué à plus de la moitié de la croissance du PIB en 2025. Pour 2026, nous avons révisé à la hausse nos prévisions de croissance du PIB américain à +2,5 %, porté par un consommateur plus résilient, une impulsion de crédit plus forte et l’impact positif de l’IA.

En Chine, la croissance a dépassé les attentes, soutenue par une demande extérieure supérieure et des importations modérées. Cette hausse repose sur plusieurs facteurs : anticipation des achats américains au premier semestre, réacheminement stratégique pour contourner les droits de douane, expansion des parts de marché dans le reste du monde, ainsi qu’une monnaie plus faible et des prix compétitifs. Dans le même temps, la demande intérieure peine toujours à se redresser de manière durable. De nouvelles mesures de soutien sont nécessaires et devraient être annoncées au premier trimestre 2026. Dans ce contexte, et compte tenu de la surcapacité de nombreux secteurs, les pressions sur les prix restent faibles.

«L’incertitude institutionnelle aux Etats-Unis, les tensions géopolitiques ou encore des risques financiers pourraient provoquer un ralentissement de la croissance, alimenter une dynamique inflationniste défavorable ou engendrer une instabilité sur les marchés.»

Des risques qui pèsent sur le commerce mondial

L’incertitude institutionnelle aux Etats-Unis – notamment les changements à la tête de la Réserve fédérale, les fluctuations tarifaires et les résultats des élections de mi-mandat – augmente la probabilité d’un revirement politique négatif. Les tensions géopolitiques pourraient s’intensifier, allant d’une escalade en Ukraine, impliquant notamment l’OTAN et la Russie, à une rupture de la trêve commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, avec des droits de douane pouvant atteindre 100 %.

A cela s’ajoutent des risques financiers : éventuelle correction des actions liées à l’IA, nouvelles pressions en faveur de la dédollarisation, turbulences sur les marchés du crédit privé et instabilité de type « Truss » sur les marchés des obligations d’Etat dans les économies à fort déficit. En Europe, l’absence de réformes en Allemagne pourrait limiter les efforts visant à stimuler la croissance économique par des mesures de relance budgétaire.

Chacun de ces facteurs pourrait provoquer un ralentissement de la croissance, alimenter une dynamique inflationniste défavorable ou engendrer une instabilité sur les marchés.

Face à la poursuite de cette incertitude géopolitique et économique élevée en 2026, les entreprises vont continuer à mettre en œuvre des stratégies d’adaptation : diversification des fournisseurs et des marchés à l’exportation, ajustements des prix pour les exportateurs, adaptations des incoterms ainsi que la recherche des routes de contournement. Tout cela explique plus de la moitié de notre révision à la hausse de la croissance du commerce mondial en 2025 de +2 % à +3,5 % en 2025 et de +0,6 % à +1,3 % en 2026. Dans l’ensemble, la guerre commerciale a déjà ramené le volume des conteneurs à ses niveaux élevés de 2017, principalement sous l’impulsion de l’Asie.

L’incertitude persiste pour les entreprises, dont le nombre de défaillances continue d’augmenter

Mais derrière ces chiffres, l’incertitude persiste pour les entreprises, dont le nombre de défaillances continue d’augmenter. La hausse mondiale des défaillances d’entreprises devrait ralentir pour passer de +6 % en 2025, avec une tendance à la hausse persistante dans la plupart des pays malgré des niveaux déjà élevés, à +3 % en 2026, éclipsant le recul des défaillances dans la plupart des pays et les divergences régionales. Selon nos estimations, 2025 se terminera avec une augmentation ou une stabilisation des défaillances d’entreprises dans deux tiers des pays, représentant 70 % du PIB mondial, trois pays sur quatre dépassant les niveaux de 2016-2019.

A l’horizon 2026, la hausse mondiale des défaillances devrait se poursuivre, mais à un rythme plus lent de +3 %, pour la cinquième année consécutive, principalement sous l’impulsion de l’Amérique du Nord (+4 %) et de la région Asie-Pacifique (APAC, +4 %). L’Europe occidentale ferait exception à la baisse (-2 %), avec pourtant un nombre toujours élevé de cas sur une longue période. Nos prévisions pour 2027 anticipent une tendance à la baisse plus généralisée, toutes les régions contribuant à cette dynamique, à l’exception de l’APAC, qui pourrait encore être stimulée par la Chine (+4 % avec la Chine, -4 % sans la Chine).

Si la croissance mondiale semble tenir bon, elle repose sur des incertitudes croissantes, des risques qui augmentent chaque jour et un environnement géopolitique sous tension. La prudence reste donc de mise pour les entreprises.

Ana Boata Directrice de la recherche économique ,  Allianz Trade

Ana Boata est directrice de la recherche économique d’Allianz Trade

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