Trêve sur le marché des changes

Publié le 22 avril 2016 à 17h01

Jean-Michel Six

Qu’il y ait eu ou non un accord secret entre les banquiers centraux lors du G20 Finance en février dernier, les faits sont là : depuis lors, les marchés des changes connaissent une accalmie qui tranche avec les mouvements erratiques observés en début d’année, qui laissaient craindre un début de guerre des monnaies. Cette accalmie profite en particulier aux émergents : par rapport au début de l’année, les devises émergentes se sont appréciées en moyenne d’environ 5 % contre dollar, emmenées par le rouble, la livre turque et même, paradoxe !, par le real brésilien, qui gagne 12 %.

Mais cette trêve touche naturellement aussi le taux de change de l’euro, désormais pratiquement stable à environ 1,13 dollar. Et le taux de change effectif de l’euro recommence à s’apprécier, lentement mais sûrement. En termes de transmission de sa politique monétaire à l’économie réelle, cela signifie concrètement que la BCE perd un canal de transmission essentiel. La recherche, à travers en particulier les taux négatifs sur les réserves bancaires, d’une devise plus faible visait à compenser l’effet déflationniste des prix des matières premières en zone euro. Alors que ces derniers restent orientés à la baisse (voir le non-accord de Doha il y a une semaine), la banque centrale perd un levier important. Il paraît donc logique de prévoir que la politique de quantitative easing entamée l’an dernier et bientôt étendue aux achats d’obligations d’entreprises devra être étendue bien au-delà du premier semestre 2017. La BCE l’a reconnu elle-même, l’objectif de 2 % d’inflation paraît toujours plus lointain.

Jean-Michel Six

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