Une BoJ sous influence ?
Les craintes relatives à une potentielle perte d’indépendance de la Fed ont été l’un des thèmes « fil rouge » de l’année 2025. Sans atteindre la même intensité (on peut rappeler l’enquête criminelle contre Jerome Powell ou encore le limogeage de Lisa Cook), un risque similaire semble planer au-dessus de la Banque du Japon depuis l’élection de Sanae Takaichi en octobre dernier.
Celle-ci s’était déjà fait remarquer lors de l’élection de 2024 (qu’elle avait alors perdue) en qualifiant de « stupide » la décision de la BoJ de remonter son taux directeur. Si elle a depuis opté pour une communication moins frontale, on note tout de même des réserves persistantes de la part de la nouvelle Première ministre et de ses conseillers quant au bien-fondé d’un durcissement de la politique monétaire.
On a ainsi assisté fin février à la première action concrète susceptible d’influencer la politique de la BoJ, à savoir la nomination fin février de deux candidats reflationnistes pour remplacer deux membres du board de la BoJ dont les mandats prendront fin en mars et juin. Les deux futurs membres sont clairement identifiés comme partisans d’une politique très « dovish », tant sur le plan budgétaire que monétaire. En cela, ils seront alignés avec le nouveau gouvernement, mais dénoteront au sein d’une banque centrale à la posture de plus en plus « hawkish ».
Si elle témoigne d’une volonté d’interférer de la part du gouvernement, cette décision ne modifie pas drastiquement l’équilibre au sein de la BoJ. La donne pourrait néanmoins changer l’an prochain lorsque les deux membres les plus « hawkish » devront être remplacés à leur tour. Confrontée à ce risque d’un basculement vers un board très « dovish », la BoJ ne dispose que d’un laps de temps relativement court pour agir. Dans cette optique, une pause plus longue que prévu en raison du conflit au Moyen-Orient ne serait pas une bonne nouvelle.
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