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STRATÉGIE

Mercato dans l’asset management français

18 octobre 2019 - optionfinance.fr

La semaine dernière, plusieurs changements à la tête des grandes sociétés de gestion françaises ont été annoncés. Le CEO d’AXA IM, Andrea Rossi, en poste depuis six ans, cède la place à Gérald Harlin, le directeur financier d’AXA qui devait pourtant prendre sa retraite en fin d’année. Natixis IM, de son côté, a annoncé le départ de Matthieu Duncan, après trois ans comme directeur général de son affilié Ostrum AM, et son remplacement par Philippe Setbon. Ce dernier quitte donc ses fonctions de CEO de Groupama AM, qu’il occupait depuis six ans. Au début de l’été, c’était Daniel Roy qui quittait son poste de président du directoire de La Banque Postale AM (LBPAM) pour rejoindre Generali Investments. «Ces dirigeants étaient en poste depuis plusieurs années déjà, observe Raphaël Cretinon, associé chez Périclès Group. Ces multiples mouvements ne sont donc pas surprenants, d’autant que le secteur de l’asset management en France – qui emploie quelque 15 000 personnes – n’est pas très large : le départ d’un dirigeant tend à entraîner des départs chez d’autres.»

Mais ce mercato intervient aussi alors que l’industrie de l’asset management, en particulier la gestion institutionnelle, fait face à un environnement de plus en plus dégradé : les taux bas couplés à une intense pression concurrentielle sur les frais de gestion et à des coûts réglementaires élevés rognent les marges des gérants. Quant à la collecte, après une année 2018 difficile, elle n’est pas non plus toujours au rendez-vous en 2019 : AXA IM a par exemple enregistré des flux sortants de l’ordre de 3 milliards d’euros au premier semestre. Pour résoudre cette difficile équation, les groupes ont besoin de sang neuf. «La gestion d’actifs française doit se transformer dans les dix ans qui viennent et s’industrialiser : les groupes ont besoin de dirigeants capables de raisonner davantage en fonction de leurs clients que de leurs produits», ajoute Raphaël Cretinon.

 

Des hommes clés chez Natixis IM

Cette transformation passe en particulier par la réalisation d’économies d’échelle et des opérations de concentration. Ostrum AM et LBPAM ont ainsi annoncé début juin le rapprochement de leurs activités de gestion de taux dans le domaine assurantiel, ce qui représente quelque 400 milliards d’euros d’encours. Le rôle de Philippe Setbon dans ce futur pôle n’est pas encore connu, mais il peut apporter à Ostrum son expérience réussie chez Groupama AM. «Philippe Setbon a redressé Groupama AM alors que l’entité était en difficulté, il l’a développée à l’international, notamment en Italie, et a notablement renforcé son activité pour compte de tiers», liste un observateur du secteur. Pour orchestrer le développement de ses affiliés, Natixis IM a en outre recruté Joseph Pinto comme chief operating officer, poste qu’il a occupé, lui aussi avec succès, au sein de la concurrence, en l’occurrence chez AXA IM.

La filiale du premier assureur français, de son côté, se cherche encore un avenir. Suite à l’échec de son rapprochement avec Ostrum (alors Natixis AM) en 2017, AXA IM s’est restructuré sous la houlette d’Andrea Rossi, avec à la clé la suppression de 210 postes. Mais les encours de l’asset manager ne sont encore ni suffisamment diversifiés ni suffisamment importants (760 milliards d’euros) pour atteindre une taille critique, estimée par le dirigeant sortant lui-même à 1 000 milliards d’euros. Son successeur, Gérald Harlin, dont les fonctions devraient être provisoires, aura la charge de faire des propositions qui entreront dans le plan stratégique d’AXA, présenté courant 2020. Des rumeurs de cession n’ont pas manqué de ressurgir à l’occasion de cette récente nomination. Il n’en est rien, martèle pourtant l’assureur, qui continue d’affirmer qu’«AXA IM est un atout stratégique pour AXA».