Stratégie

Hervé Hanoune, deputy head of fixed income, Ludovic Colin, responsable de la gestion obligataire flexible, tous deux co-gérants des stratégies obligataires flexibles, Vontobel Asset Management

« Les gestions obligataires flexibles sont à privilégier »

Option Finance - 19 mars 2021 - Parole d'expert

Portefeuille

Entre la récente remontée des taux longs et des marchés qui devraient être très volatils dans les mois à venir, quelle approche retenir pour structurer un portefeuille obligataire ? Eléments de réponse avec Hervé Hanoune (à gauche), deputy head of fixed income de Vontobel Asset Management, et Ludovic Colin, responsable de la gestion obligataire flexible, tous deux co-gérants des stratégies obligataires flexibles de la société de gestion.

Quelle est votre analyse de la remontée des taux longs ?

Le marché anticipe une croissance forte de l’économie au niveau global et donc une explosion de l’inflation sur le long terme, ce qui explique la remontée des taux longs, aussi bien aux Etats-Unis que dans la zone euro et au Royaume-Uni. Cette hausse des taux est problématique dans la mesure où l’économie est fortement endettée, dette qu’il va falloir rembourser.

Nous estimons que le plus gros du mouvement de hausse a déjà été fait et que le niveau d’équilibre est désormais atteint sur les taux d’intérêt. Ceux-ci devraient donc marquer une pause, l’analyse de l’économie réelle – au niveau de la croissance, de l’emploi, de l’inflation, de l’évolution des marges des entreprises – reprenant le pas sur les anticipations de marché, qui paraissent actuellement trop optimistes. De fait, les banques centrales, dont les discours vont tous dans le même sens, estiment qu’il faudra attendre la fin 2022 pour que le retard économique accumulé avec la crise sanitaire soit comblé, alors que le marché table sur un retour à la normale dès la fin de cette année.

Comment orienter les portefeuilles obligataires dans ce contexte de taux ?

Même si le cap reste positif sur le long terme, il faut s’attendre à de très forts mouvements de volatilité des taux d’intérêt cette année compte tenu des écarts entre les anticipations et l’économie réelle, et ce dans les deux sens. Si les nouvelles sont très bonnes sur le front de la conjoncture économique, les taux vont poursuivre leur remontée. Mais la moindre déception les renverra plus bas.

Compte tenu de cette incertitude sur la direction des taux d’intérêt, il faut faire preuve de pragmatisme. Nous considérons pour notre part qu’il est opportun de se positionner sur les segments du marché obligataire qui offrent de gros rendements. Ceci permet de contenir le risque, à la fois parce que cela limite la sensibilité aux taux d’intérêt et parce que cela constitue un matelas de sécurité en cas de crise financière ou obligataire.

Compte tenu de ces incertitudes, quel est le type de gestion le plus adapté ?

Dans un tel environnement de marché, il faut se tenir prêt à réallouer promptement ses actifs, ce que l’univers d’investissement obligataire, qui est très riche, permet aisément.

C’est tout l’intérêt d’une gestion obligataire flexible, comme celle proposée par Vontobel Asset Management. Notre équipe dédiée à ce style de gestion, qui fait partie intégrante de l’équipe obligataire globale basée à Zurich, compte deux gérants seniors – Ludovic Colin et moi-même –, un économiste et un spécialiste crédit. Nos fonds à stratégies flexibles peuvent être investis sur tout le spectre de l’univers obligataire ; ils bénéficient pour cela des inputs des différents spécialistes maison (crédit high yield, émergents corporate, subordonnées bancaires, etc.).

Cette gestion flexible a un pouvoir de diversification très important qui permet à la fois de limiter les risques et d’améliorer les rendements obtenus.

Quels segments de marché vous semblent actuellement les plus attrayants ?

Comme nous l’avons précédemment expliqué, nous privilégions les segments à fort rendement. Cela concerne notamment les subordonnées financières européennes, qui constituent à l’heure actuelle l’actif le plus intéressant pour un investisseur en euro qui souhaite rester sur sa zone géographique. Nous nous intéressons également à la dette d’entreprise high yield, mais avec une grande sélectivité car la classe d’actif est chère, et surtout à la dette corporate émergente en devise dure. Les entreprises émergentes sont globalement moins endettées que celles des pays développés (le risque de défaut est donc limité), leur capacité à faire progresser leurs revenus et leurs marges est supérieure et, à catégorie de crédit comparable, les rendements offerts sont plus élevés.