Stratégie

Nicolas Komilikis, directeur général, Amiral Gestion

«Une expertise small et mid caps historique, clé du succès pour les fonds France Relance»

Funds Magazine - 31 décembre 2020 - Parole d'expert

PME, ETI

Avec la création d’un label France Relance, le gouvernement souhaite diriger les flux financiers vers les PME et les ETI françaises. Un investissement citoyen qui n’enlève rien à l’opportunité de dégager de la performance, témoigne Nicolas Komilikis, directeur général d’Amiral Gestion, précurseur dans l’investissement «relance» dès les suites de la crise financière de 2011.

Faut-il une expérience particulière pour lancer un fonds labellisé Relance ? 

A mon sens, l’expérience indispensable réside dans la connaissance des small et mid caps, un segment peu couvert par les brokers. En 2012, bien avant la création du label Relance, Amiral Gestion a été mandatée par la CDC et un groupe d’institutionnels français pour gérer le fonds Nova 2, un précurseur des fonds France Relance, dont l’objectif était clair : soutenir les PME et les ETI et favoriser la reprise économique.

Nova 2 a bénéficié d’un renouvellement de confiance de la part des investisseurs, avec un investissement de 100 millions d’euros supplémentaires au printemps 2020 pour soutenir les entreprises durant la crise sanitaire. C’est tout naturellement qu’il a été un des premiers fonds à obtenir le label Relance. Forts de notre expertise historique sur le segment des small et mid caps, nous avons fait labelliser deux autres fonds, Sextant France, un fonds nouvellement créé et dédié aux entreprises françaises, et Sextant PME, qui se concentre sur les PME et les ETI à l’échelle européenne. 

Quels sont les profils de PME et d’ETI qui vont profiter de la reprise ? 

Certains secteurs bénéficient des changements durables induits par la crise. On pense bien sûr au digital, où l’on observe non pas un pic exceptionnel lié au coronavirus, mais plus un franchissement de seuil pérenne. Outre le commerce en ligne, la France compte un grand nombre d’acteurs dans les SSII, comme Aubay ou Devoteam, présentes dans nos portefeuilles, et qui bénéficieront de cette dynamique. Le télétravail va également favoriser la construction de maisons individuelles, ainsi que la décoration, l’aménagement et la rénovation thermique des habitations, et donc des sociétés comme Maison France Confort ou Thermador. 

D’autres secteurs – le tourisme, l’hôtellerie, l’aéronautique – vont profiter de la reprise après avoir été durement touchés par la crise. Même si leur marché rétrécit, certaines sociétés pourraient réussir à s’imposer comme leaders, telles Bénéteau, Trigano ou Voyageurs du monde. 

Ne craignez-vous pas les défaillances d’entreprises, dont le nombre devrait augmenter en 2021 ? 

La qualité du stock picking est capitale face à ce risque en effet important. Nous recherchons des entreprises avec un bilan sain, une trésorerie excédentaire et de la valeur d’actifs. Le fait qu’elles aient profité d’un PGE n’est pas un critère excluant, car il faut éviter toute crise de solvabilité. L’objectif de ces fonds est bien de soutenir les entreprises, de les aider à traverser la crise. Nous recherchons par ailleurs à favoriser une croissance durable, mais également plus équitable, en privilégiant les sociétés qui partagent la valeur avec leurs salariés.

Quel avenir pour ces fonds au-delà de la relance ? 

Nova 2 démontre que de tels fonds peuvent évoluer : de soutien à la relance, ils sont ensuite un soutien à la croissance. Leur rôle est aussi de préparer les entreprises à de futures crises, dans une optique d’investissement à long terme, indispensable sur le segment des small et mid caps. Pour les investisseurs, ce sont des placements très rentables lorsqu’ils sont gérés par des spécialistes. Nova 2 a ainsi une performance annualisée de 13,04% à fin novembre 2020*. Les small et mid caps représentent un investissement de niche très performant. 

Ne craignez-vous pas un effet de mode et une multiplication des fonds Relance ?

Le risque existe. Les exigences pour obtenir ce label ne nous semblent pas assez restrictives. Les seuils demandés, 30 % d’investissement dans des sociétés françaises et 10 % dans les PME et les ETI, ne sont pas suffisants pour faire des fonds de véritables outils d’accompagnement des entreprises comme le sont les nôtres. Ils sont d’ailleurs très bien accueillis par les investisseurs, car ils répondent à leurs aspirations citoyennes autant qu’à leurs contraintes réglementaires et à leur recherche de performance. 

Sources : Amiral Gestion données à fin novembre 2020.