Le blog d'Arnaud-Guilhem Lamy

L'analyse d'Arnaud Guilhem Lamy

L’inflation, morte ou vive ?

Option Finance - 26 juin 2020

L’économie connaît une récession sans précédent en ce deuxième trimestre. Les marchés ont ajusté leurs anticipations d’inflation en conséquence : selon les prix des obligations indexées à l’inflation, la hausse des prix devrait être inférieure à 0,5 % par an d’ici 2025 et à peine supérieure à 1 % pour les cinq années suivantes. Pourtant, de nombreux paramètres devraient inciter chacun à y regarder à deux fois. Tout d’abord, la conjonction de politiques monétaires et fiscales expansionnistes dans des proportions rarement vues et dans toutes les grandes zones : les déficits publics devraient être proches de 10 % en 2020, le bilan de la BCE pourrait dépasser 60 % du PIB de la zone euro d’ici à fin décembre contre 40 % à fin 2019. 

De plus, la relocalisation de la production par grande région économique aurait un impact inflationniste. La crise a aussi mis en lumière l’importance de certains métiers peu (ou pas assez) rémunérés. Certaines revalorisations sont déjà en cours et pourraient entraîner une augmentation plus large des salaires malgré un chômage élevé. La progression des achats en ligne a poussé les prix à la baisse, mais cette pratique est généralisée maintenant et son impact sera moindre. L’inflation réellement subie par les ménages a été plus forte que les indices classiques ne le laissent à penser : l’Insee a montré que l’inflation sur le panier de biens et services réellement consommés durant le confinement était de 1,6 % sur un an à fin mai contre 0,4 % pour l’indice classique. Enfin, Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, a rappelé récemment que les ménages, eux, n’ont jamais été aussi nombreux depuis vingt ans à anticiper une accélération de l’inflation. Faut-il donc croire la sagesse populaire ou l’expertise des professionnels ?