L’ordre international fondé sur des règles se désagrège, mais certains marchés émergents exploitent la rivalité entre les États-Unis et la Chine au lieu d’en souffrir.
Les anciens principes qui sous-tendaient la mondialisation sont en train d’être redéfinis, le commerce n’étant plus régi uniquement par l’efficacité, la production au coût le plus bas et l’ouverture des marchés. Les droits de douane, les contrôles à l’exportation, les subventions stratégiques, les sanctions, le filtrage des investissements et la concurrence pour les minerais critiques modifient les lieux de production des entreprises, les destinations des capitaux et les économies qui attireront la prochaine vague de croissance.
Pour les investisseurs sur les marchés émergents, il ne s’agit pas simplement d’une source de risque. Cela crée un éventail d’opportunités plus diversifié qui favorisera de plus en plus les investisseurs actifs. Les pays les mieux à même de gérer leurs relations à la fois avec les États-Unis et avec la Chine, tout en maintenant des politiques intérieures crédibles et un environnement commercial compétitif, pourraient être particulièrement bien placés pour en bénéficier.
La question n’est plus de savoir si les marchés émergents évoluent de concert. Il s’agit désormais de savoir quels pays, secteurs et entreprises peuvent transformer la fragmentation géopolitique en avantage économique durable.
De la mondialisation à la géoéconomie
L’ère d’un système commercial unique, largement fondé sur des règles, cède la place à un système dans lequel la politique économique sert de plus en plus des objectifs stratégiques. Il ne s’agit pas simplement d’un modèle de production « Chine +1 », mais bien d’une réorganisation plus généralisée de l’économie mondiale. Des pays peuvent être des partenaires commerciaux dans un domaine et des concurrents stratégiques dans un autre ; les chaînes d’approvisionnement sont repensées à la fois pour leur résilience et pour leur coût ; et l’accès à la technologie, à l’énergie, aux matières premières et aux capitaux devient plus disputé sur le plan politique.
Cette évolution rend la sélection géographique plus déterminante. Les économies émergentes diffèrent fortement par la qualité de leurs institutions, leur démographie, leurs infrastructures, la crédibilité de leurs politiques, leurs dotations en ressources et leur capacité à attirer les investissements directs étrangers. Désormais, elles diffèrent aussi par leur capacité à gérer un monde divisé entre des blocs économiques rivaux.
Certains pays montrent déjà qu’une flexibilité stratégique peut se traduire par des gains économiques concrets.
Les routes commerciales évoluent
La réorientation des échanges commerciaux entre les États-Unis et la Chine a été frappante. La part de la Chine dans les importations américaines a reculé de plus de cinq points de pourcentage entre 2017 et 2023, selon une analyse de la Banque mondiale, une grande partie de cette évolution ayant profité à des économies telles que le Vietnam, Taïwan, le Canada, le Mexique, l’Inde et la Corée du Sud.
Le Mexique est devenu l’un des principaux bénéficiaires du « nearshoring », dépassant la Chine en 2023 comme première source d’importations de biens des États-Unis pour la première fois depuis plus de deux décennies. Sa proximité, son intégration dans l’USMCA et sa base manufacturière établie en font un maillon essentiel des chaînes d’approvisionnement nord-américaines. Toutefois, le Mexique doit concilier l’accès au marché américain avec la poursuite des importations chinoises de machines, de produits électroniques et de composants automobiles. Le Vietnam s’est également imposé comme un pôle important pour la stratégie Chine +1, reliant les réseaux d’approvisionnement chinois à la demande américaine. Cela a stimulé l’industrialisation et la croissance des exportations, même si les risques liés aux droits de douane et au transbordement demeurent.
L’Inde, en revanche, suit une stratégie de multi-alignement, en maintenant ses liens avec la Russie tout en approfondissant sa coopération technologique et sécuritaire avec les États-Unis ainsi que ses liens économiques avec l’Europe. La croissance de son secteur de l’électronique illustre cette opportunité : les smartphones fabriqués en Inde ont représenté 44 % des importations américaines de smartphones au T2 2025, contre 13 % un an plus tôt. Le Brésil suit lui aussi une logique de multi-alignement. Il fait partie des rares pays affichant un excédent commercial avec la Chine (principalement des matières premières) tout en bénéficiant également des transferts de technologie et des échanges avec les États-Unis.
L’opportunité ne se limite pas aux exportations vers les pays développés. Les échanges entre marchés émergents se sont considérablement développés au cours des dernières décennies, passant d’environ 5 % du commerce mondial en 1990 à 21 % en 2024. Le commerce intra-marchés émergents représente désormais près de la moitié du commerce total des marchés émergents, créant des sources de demande plus diversifiées et réduisant la dépendance à l’égard d’un seul consommateur des marchés développés.
Pourquoi l’investissement actif est important sur les marchés émergents
La fragmentation géopolitique créera des gagnants et des perdants. Les pays qui conjuguent flexibilité stratégique, institutions solides, main-d’œuvre qualifiée, infrastructures fiables, accès à l’énergie et élaboration crédible des politiques pourraient attirer davantage d’investissements manufacturiers et gagner des parts de marché. Ceux qui dépendent excessivement d’un seul marché d’exportation, qui sont vulnérables aux sanctions ou qui manquent de crédibilité politique pourraient être confrontés à une prime de risque structurelle plus élevée.
Il en va de même au niveau des entreprises. Le domicile boursier d’une entreprise constitue de moins en moins un indicateur fiable de son exposition réelle. Les investisseurs doivent comprendre où une entreprise réalise son chiffre d’affaires, s’approvisionne en intrants essentiels, fabrique ses produits et dépend du soutien public ou de l’accès au marché.
C’est pourquoi l’approche de Robeco vis-à-vis des marchés émergents combine une allocation géographique top-down avec une sélection de titres bottom-up. Outre la valorisation, les perspectives bénéficiaires, la politique monétaire, la politique budgétaire, la démographie et la qualité des entreprises, nous évaluons le positionnement des pays et des entreprises dans l’évolution des corridors commerciaux, des écosystèmes technologiques et des chaînes d’approvisionnement.
Dans un monde plus fragmenté, la dispersion devrait s’accentuer. Pour les investisseurs actifs, cela peut élargir le champ des possibles pour identifier les bénéficiaires de la relocalisation des chaînes d’approvisionnement, de la montée en gamme industrielle, de l’adoption technologique et de l’évolution des schémas de demande mondiale, tout en évitant les segments où les risques géopolitiques ne sont pas suffisamment reflétés dans les valorisations.
Les marchés émergents ne constituent pas un marché unique. Ils forment un univers vaste et évolutif d’économies et d’entreprises distinctes. Le nouveau paysage géoéconomique rend plus importante que jamais la compréhension de ces différences.
Informations importantes – Capital assujetti à un risque
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