Communauté financière

Loïc Dessaint, directeur général, Proxinvest

«Nous sommes globalement satisfaits des votes qui ont lieu lors des AG 2018.»

Option Finance - 25 juin 2018 - Propos recueillis par Anaïs Trebaul

Assemblée générale

Loïc Dessaint, directeur général, Proxinvest
Proxinvest

Les principales assemblées générales pour 2018 ont été tenues ces deux derniers mois. Quel bilan en tirez-vous ?

Nous sommes globalement satisfaits des résultats des différents votes qui ont lieu cette année, bien qu’il n’y ait pas eu de surprise particulière. Les deux points les plus fortement contestés habituellement l’ont encore été. Le premier concerne les dispositifs anti-OPA. Les actionnaires ont fortement voté contre ces outils qui, s’ils protègent le management, limitent leur liberté. Par exemple, les bons bretons, permettant de faire face à une offre hostile, n’ont été votés qu’à 53 % chez Accor.

Le second concerne les votes sur les rémunérations. Bien que les taux d’approbation aient légèrement augmenté cette saison et qu’aucun rejet n’ait été observé, certains management packages ont encore été clairement remis en cause. Il faut dire que les bonus sont parfois très généreux par rapport aux niveaux de performance exigés pour en bénéficier, comme chez Renault, où la trésorerie disponible n’a jamais été inférieure depuis de nombreuses années à l’objectif de 457 millions d’euros à atteindre. En revanche, nous remarquons que la grande majorité des entreprises donne désormais des informations sur les taux de réalisation des critères de performance sur lesquels elles se basent pour attribuer ces hausses.

Par ailleurs, concernant la gouvernance, les taux de contestation sur le cumul des fonctions de président et directeur général ont une fois de plus été élevés. Mais, là encore, aucune des résolutions portant sur ce sujet n’a été rejetée. Il faut toutefois noter que nous en avions soutenu certaines, comme celle du PDG de Vinci, qui avait décidé de ne pas soutenir les droits de vote doubles.


Avez-vous constaté l’émergence de nouvelles dispositions ou des changements particuliers lors de ces AG ?

Nous avons constaté plusieurs évolutions sur le plan de la gouvernance. D’abord, nous avons remarqué que les taux de contestation sur l’élection d’administrateurs également consultants de la société  (ou autre fonction leur donnant droit à des honoraires) ont été élevés cette année. Nous nous en félicitons et estimons que cette situation sera de moins en moins fréquente à l’avenir.

Ensuite, il y a moins de freins de la part des investisseurs pour déposer des résolutions externes visant à proposer des candidats au poste d’administrateur, notamment lorsque des compétences sur certains domaines manquent au sein du conseil. Par exemple, cette année, La Financière de l’Echiquier et SSLV ont suggéré qu’un spécialiste de l’aéronautique intègre le conseil de Latécoère. Même si cette résolution n’a pas été adoptée, cette proposition devrait avoir le mérite de lancer les débats sur ce sujet.

Enfin, nous remarquons que les transitions managériales sont de mieux en mieux anticipées par le conseil, comme chez Sodexo et Legrand. Ces situations diffèrent ainsi de situations plus compliquées chez Renault et Nexans.
 

Y a-t-il certains points qui vous ont particulièrement déçu ?


Oui, notamment en matière d’indemnités de départ. Le haut comité de gouvernement d’entreprise du code Afep-Medef, qui est chargé de veiller au respect de plusieurs règles en matière de gouvernance, n’est pas constant dans ses décisions qui ont trait aux départs des dirigeants. En effet, si ce dernier a récemment écrit à Alexandre Bompard, l’actuel PDG de Carrefour, afin de lui indiquer que les indemnités de départ (3,9 millions d’euros) versées à l’ex-PDG, Georges Plassat, n’étaient pas conformes au code Afep-Medef, plusieurs ex-dirigeants ont en parallèle reçu des primes non justifiées ou pu garder toutes leurs actions gratuites non encore acquises, comme ceux d’Elior, de Wendel ou encore d’Eramet.

Il ne devrait pas y avoir besoin d’une offensive médiatique pour que ce comité se saisisse des affaires. Il faut donc réformer le code Afep-Medef pour réduire les indemnités de départ potentielles afin que les Français et les actionnaires n’aient plus l’impression que les grandes entreprises ne servent qu’à enrichir sans réelle performance une poignée de dirigeants privilégiés.

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