Financement des entreprises et Trésorerie

Crowdfunding

Les outils proposés se sophistiquent

Option Finance - 27 mars 2017 - Guillaume Clément

Crowdfunding, Obligations convertibles

De plus en plus de sociétés se financent par le biais du crowdfunding. Si la plupart d’entre elles réalisent ce type de levées de fonds en émettant des actions simples ou via des contrats de prêts, quelques entreprises commencent également à utiliser des titres plus sophistiqués, comme par exemple les obligations convertibles ou les minibons.

L’an dernier, 233,8 millions d’euros ont été levés par le biais du financement participatif, contre 166,7 millions d’euros en 2015, selon une étude de l’association Financement Participatif France (FPF) et de KPMG. Si cette progression a été principalement portée par les start-ups et les TPE, des sociétés plus matures réalisent aussi de manière croissante ce type d’opérations (5àSec, Saint-Jean Industries, etc.). Le plus souvent, les entreprises utilisent dans ce cadre des instruments «simples», c’est-à-dire des actions pour renforcer leurs fonds propres et des contrats de prêt ou des obligations lorsqu’elles cherchent à émettre de la dette.

Mais depuis l’entrée en vigueur en octobre 2016 du nouveau cadre réglementaire sur le financement participatif, les sociétés peuvent en outre proposer aux «crowdfunders» de souscrire des titres plus complexes, comme par exemple des obligations convertibles, des actions de préférence et des minibons (c’est-à-dire les «bons de caisse 2.0» introduits l’an dernier par la loi dite «Macron»). Une évolution saluée par les plateformes. «Ces instruments vont en effet permettre aux particuliers de souscrire des opérations dans des conditions similaires à d’autres investisseurs professionnels, ce qui n’était pas systématiquement le cas auparavant», souligne Stéphanie Savel, présidente de la plateforme Wiseed.

En effet, de plus en plus de sociétés mènent parallèlement des levées de fonds sur des plateformes de crowdfunding et auprès de structures plus «classiques», comme des banques ou des fonds de private equity (voir encadré).

Stéphan Français, président, SFIT
SFIT


«Nous avons récolté l’an dernier 3,5 millions d’euros à la fois auprès d’un fonds ISF-PME et d’investisseurs particuliers,
illustre Stéphan Français, président du groupe SFIT, spécialisé dans l’informatique (20,3 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016). Nous avons à cette occasion émis des actions et des obligations convertibles pour ces deux catégories d’investisseurs, ce qui nous a permis d’assurer l’égalité de traitement entre ces derniers.»



Un accès aux investisseurs professionnels

Pour leur part, les minibons sont principalement utilisés par les entreprises qui souhaitent lever de la dette par le biais du crowdfunding en bénéficiant de conditions plus souples que si elles concluaient un simple contrat de crédit. «Les minibons peuvent être souscrits à la fois par des particuliers et par des personnes morales, et ce sans plafond d’investissement, contrairement aux prêts, qui sont réservés aux personnes physiques et qui affichent une limite de 2 000 euros par prêteur», explique Nicolas Lesur, directeur général d’Unilend et président de FPF. Proposés notamment par Unilend et Lendosphère, ces outils de financement ont déjà convaincu plusieurs dizaines d’entreprises. «Nous avons levé par ce biais 300 000 euros à cinq ans pour réaliser des opérations de croissance externe, indique Nicolas Hurtiger, président du réseau d’aide à domicile Senior Compagnie (17,9 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016). Nous avons pu ainsi attirer 2 955 investisseurs, dont environ 5 % de personnes morales (fonds d’investissement, PME, etc.), à qui nous versons désormais un coupon de 9,35 %.» Cette démarche est certes plus coûteuse que d’autres modes de financement plus classiques (crédit bancaire, etc.). Mais elle a dans un second temps permis à l’entreprise d’être approchée par de potentiels clients et partenaires commerciaux qui avaient souscrit à l’opération. Compte tenu entre autres de l’intérêt croissant des investisseurs professionnels pour le crowdfunding, le nombre d’opérations réalisées par le biais de produits «sophistiqués» devrait continuer de progresser à moyen terme.

Des «tranches» de crowdfunding insérées dans des financements plus globaux

Plusieurs entreprises utilisent le crowdfunding pour compléter une opération de financement plus globale. En 2015, Saint-Jean Industries (222 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2015) a par exemple emprunté 1,15 million d’euros auprès d’environ 400 particuliers dans le cadre d’une levée de fonds totale de près de 57 millions, qui incluait notamment des prêts bancaires, du leasing et du crédit-bail. Pour sa part, la PME spécialisée dans les vitrages photovoltaïques Crosslux a réalisé une augmentation de capital de 2,5 millions d’euros en combinant un placement privé et une levée de fonds sur une plateforme.