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Les Rencontres restructuration et financement

Quelles sont les perspectives pour le marché du crédit en 2021-2022 ?

Option Finance - 22 juillet 2021 - Emmanuelle Serrano

Pendant que les banques s’interrogent sur l’ampleur des provisions à passer pour résister à la crise, plusieurs investisseurs acceptent de prêter à des taux de plus en plus dérisoires. Ainsi, la moitié de la dette émise par les sociétés européennes notées en catégorie d’investissement s’échange à des rendements négatifs.

Avec la participation de : France Vassaux  (modératrice), directrice générale adjointe, France Invest, Paul Guerrier associé, June Partners, Jérôme Reboul, sous-directeur en charge des banques et des financements d’intérêt général, Direction Générale du Trésor, Sindhura Swaminathan, partner, Solicitor, avocat à la Cour, Eversheds Sutherland.

«La France et les pays européens en général ont tout fait pour éviter un resserrement de l’accès au crédit pour les entreprises et les faillites qui auraient pu tomber en cascade suite à la crise sanitaire », résume Paul Guerrier, associé chez June Partners. « Les entreprises françaises sont très bancarisées. L’actionnariat familial est très présent dans les PME et le poids des grands groupes est très important dans l’économie française », rappelle Jérôme Reboul, sous-directeur en charge des banques et des financements d’intérêt général à la direction générale du Trésor. 

Face à la crise, les marchés émergents, l’Afrique en particulier, ont connu une contraction économique, les banques internationales se recentrant sur leur marché domestique et les Etats injectant de l’argent dans leurs participations où ils étaient actionnaires majoritaires. Les prêteurs existants ont injecté de l’argent au lieu d’accueillir de la new money. « Sur les marchés émergents où opèrent notamment les institutions de développement et de financement et les acteurs du crédit-export, l’accent a été mis sur l’investissement à impact qui permet un accès à des crédits abordables », observe Sindhura Swaminathan, associée chez Eversheds Sutherland. 

Quels sont les risques liés à la hausse de la dette des entreprises ?

Les fragilités antérieures à la crise risquent de réapparaître post-crise. Le gouvernement a pour ambition de rendre les procédures de traitement de ces difficultés les plus fluides et les plus précoces possibles. Problème, « beaucoup de chefs d’entreprise ont retardé leurs projets d’investissement par prudence et doivent en même temps se projeter dans un scénario de reprise sur 2022-2023, tout en gardant la confiance des banquiers », affirme Paul Guerrier. Début 2020, dans les pays émergents, les prêteurs ont imposé des restrictions spécifiques, en cas d’accord de waivers par exemple. Sur les nouveaux projets, ils ont aussi tenté de renégocier les clauses MAC (material adverse effect) et les clauses de force majeure, par exemple. « Des assurances spécifiques permettant de continuer d’investir dans les marchés émergents ont été fournies par les institutions de développement et de financement aux institutions commerciales et aux emprunteurs, sans oublier les prêts concessionnels appelés à se multiplier dans la structuration de dette sur ces marchés », note Sindhura Swaminathan.

2021 : un accès plus compliqué à la dette ?

« Le marché continue de regorger de liquidités et les banques sont reparties à la chasse aux dossiers mais avec une très grande prudence. Les taux restent bas mais les effets de leviers sont audités par les comités des différentes grandes banques à la loupe », rappelle Paul Guerrier. L’Etat a mis sur pied les prêts participatifs et les obligations relance pour permettre aux entreprises qui ont des perspectives de se financer, sans concurrencer les instruments de financement déjà disponibles sur le marché. L’offre de crédit sur les marchés émergents d’investissement s’oriente vers du financement de long terme compte tenu des besoins importants en infrastructures. Une tendance qui devrait perdurer encore longtemps. 

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