Innovation

Monétique

Le paiement à la voix fait le plein d’utilisateurs

Option Finance - 13 novembre 2020 - Arnaud Lefebvre

Mobilité, Commerce, Paiement par mobile

Cherchant à simplifier l’acte de paiement, Ingenico, le Groupement des cartes bancaires et la start-up spécialisée dans la mobilité Newport-IMS viennent de lancer une expérimentation inédite en France. Durant trois mois, des consommateurs pourront tester la validation du règlement de leur plein de carburant au seul son de leur voix.

L’insertion de sa carte bancaire dans un terminal avant d’entrer un code PIN pour régler une transaction appartiendra-t-elle bientôt au passé ? Pour les spécialistes des paiements, cela ne fait aucun doute. Alors que le paiement par carte en mode sans contact a connu une progression extrêmement soutenue depuis le début de la pandémie de Covid-19, les expérimentations reposant sur une technique d’authentification biométrique (voir encadré) en lieu et place de la saisie d’un numéro à quatre chiffres se multiplient. Dernier exemple en date : le lancement en France d’un test grandeur nature autour de la validation d’une transaction… par la voix ! Jusqu’en janvier prochain, cinquante personnes vont en effet pouvoir éprouver l’efficacité d’un tel procédé au moment de payer leur plein de carburant à la station-service du centre E. Leclerc d’Argentan, dans l’Orne.

Un intérêt pour le «commerce vocal»

Cette initiative inédite en France est le fruit de la collaboration de trois acteurs hexagonaux : Ingenico Labs, Lab by CB (cellule d’innovation du Groupement des cartes bancaires) et la start-up Newport In Mobility Services. Créée en 2017, cette dernière a développé une solution permettant au conducteur d’un véhicule de commander depuis celui-ci des services au seul son de sa voix (recherche d’un lieu par exemple). C’est en 2019 que le projet commence à prendre forme. «Depuis plusieurs années, Lab by CB organise des concours ouverts aux start-up sur l’intégration du paiement dans différents parcours clients innovants, explique Romain Megglé, responsable de la structure. Lors d’un de ces concours, un des thèmes concernait le “paiement embarqué en véhicule”, et nous travaillions également au commerce vocal (à l’époque sans aller jusqu’à valider un paiement avec la voix).» C’est à cette occasion que Lab by CB découvre l’activité de Newport-IMS et sa solution Phebe.
Cette entreprise venait de créer cette application, qui est soit directement intégrée dans le système de navigation d’un véhicule, soit téléchargeable sur un smartphone. «Avec cet agent conversationnel qui s’appuie sur l’intelligence artificielle, il est notamment possible pour un automobiliste de se garer à côté d’une pompe dans une station-service et d’indiquer à Phebe qu’il souhaite acheter un certain montant de carburant, décrit Franck Lefèvre, président de la start-up. L’application se connecte alors directement au système de paiement de la pompe grâce à notre partenaire CarpayDiem et effectue les démarches nécessaires au paiement, sans que le conducteur n’ait à sortir sa carte bancaire de son portefeuille !» Utilisable pour d’autres usages liés à la mobilité, tels que le paiement d’un ticket de parking ou de péage, cette solution offrait donc déjà la possibilité de payer à la voix, sans toutefois vérifier au préalable que la voix à l’origine de la demande était bien celle du conducteur référencé.

Une démarche naturelle

Séduites par l’outil, les équipes du Lab by CB proposent alors à celles d’Ingenico Lab, avec lesquelles elles sont en discussions régulières, de participer avec Newport-IMS à une expérimentation autour du paiement vocal, dans le cadre de laquelle la voix serait cette fois-ci authentifiée. «Le commerce vocal fait partie des sujets sur lesquels nous investissons depuis plus de deux ans, notamment dans deux environnements particuliers, la voiture et la maison, témoigne Arnaud Dubreuil, responsable stratégie et marketing du Lab d’Ingenico. L’utilisation de la voix pour commander, authentifier un consommateur et valider un paiement présente plusieurs attraits : ce procédé est assez naturel pour un consommateur, il permet de gagner du temps et, dans la majorité des environnements du consommateur, nous observons des taux d’authentification très élevés.» Déjà en relation avec le responsable du centre E. Leclerc d’Argentan, Newport-IMS a ensuite obtenu son accord pour participer au projet. «Il était d’autant plus enclin à le faire que l’expérimentation n’implique aucune démarche pour le magasin, indique Franck Lefèvre. En effet, la quasi-totalité des pompes à essence existant aujourd’hui peuvent automatiquement se connecter à distance avec une application comme Phebe

Un enregistrement rapide 

Pour les cinquante usagers sélectionnés, la tâche s’annonce, sur le papier, relativement simple. «L’utilisateur doit d’abord se créer un profil dans l’application Phebe afin de “s’enrôler”, poursuit Franck Lefèvre. Cette étape consiste principalement pour lui à répéter plusieurs phrases pour que l’agent conversationnel puisse reconnaître sa voix, ainsi qu’à enregistrer les coordonnées de sa carte de paiement. Lorsqu’il sera garé à proximité d’une pompe dans la station-service concernée, il n’aura qu’à lancer Phebe et à préciser le montant de carburant qu’il souhaite acheter. Phebe lui demandera de répéter une phrase et, après avoir authentifié la voix, enverra les informations de paiement au système électronique de la pompe. Dans le cas présent, le smartphone devient une sorte de terminal de paiement mobile.» Durant trois mois, la pratique et les retours d’expérience du panel d’individus seront analysés de près par les initiateurs du test, afin notamment de vérifier si l’application parvient à reconnaître la voix dans un environnement différent de celui où l’enregistrement de l’empreinte vocale a eu lieu. «Nous sommes convaincus que le paiement vocal constitue une réponse pertinente à ce cas d’usage précis (règlement d’un plein de carburant) et contribue réellement à améliorer le parcours client, informe Romain Megglé. Il conviendra de le vérifier grâce à cette expérimentation.»

Les associations de commerçants affirment qu’une seconde de temps économisé sur l’acte d’achat se traduit par des rentrées de chiffre d’affaires supplémentaires.

Un gain de temps

Si les résultats se révélaient concluants, la possibilité de payer à la voix pourrait se généraliser rapidement pour ce type de dépenses. Mais pas seulement. «Tous les usages liés à la mobilité (courses alimentaires d’appoint, commande de repas, etc.) pourraient être concernés, de même que le paiement de courses effectuées en ligne depuis son domicile», avance Romain Megglé. Pour les entreprises évoluant dans le domaine du B-to-C, l’enjeu est central. Au regard de la situation sanitaire, d’abord, le fait de proposer dans les magasins physiques un moyen de paiement qui n’implique aucun contact avec un appareil représente une véritable plus-value. Ensuite, les associations de commerçants ont l’habitude d’affirmer qu’une seconde de temps économisé sur l’acte d’achat se traduit par des rentrées de chiffre d’affaires supplémentaires. Or, avec l’authentification vocale, aussitôt dit, aussitôt payé !

L’authentification biométrique a de l’avenir

● Avant l’authentification vocale des paiements, d’autres techniques innovantes ont été testées (et le sont toujours), parmi lesquelles la validation d’un paiement à partir de l’empreinte digitale ou du rythme cardiaque. Deux procédés qui, en raison de la pandémie de Covid-19, pourraient être abandonnés dans la mesure où ils impliquent qu’une partie du corps soit en contact avec un appareil.

● Dans ce contexte, d’autres solutions pourraient s’imposer. Le Lab d’Ingenico travaille par exemple sur d’autres types de biométries, telle
que la reconnaissance faciale. «Nous développons même actuellement des outils permettant de reconnaître le visage d’un utilisateur malgré le port d’un masque», explique Arnaud Dubreuil, du Lab d’Ingenico.

● Des expérimentations sont actuellement menées dans le monde, notamment chez Amazon, autour de l’authentification par la paume de la main. Selon les professionnels, cette technique présente l’avantage d’éviter tout contact avec un terminal de paiement (il suffi t de rapprocher la paume à quelques centimètres de ce
dernier) et d’être perçue par les consommateurs comme étant moins intrusive que la reconnaissance faciale et digitale. Enfin, les spécialistes du paiement placent de grands espoirs dans la biométrie comportementale. «En fonction de la manière dont un consommateur incline son smartphone, de la force qu’il exerce sur l’écran pour écrire ou encore de sa vitesse de saisie, nous sommes déjà en mesure d’identifier qu’il s’agit de la bonne personne »,ajoute Arnaud Dubreuil.