Alors que le scénario d’une transition énergétique ordonnée s’éloigne, les investisseurs se montrent de plus en plus attentifs aux enjeux de résilience face aux aléas climatiques. Ils l’abordent à la fois par l’angle des risques auxquels sont exposés leurs portefeuilles et par celui des opportunités d’investissement que constituent les solutions d’adaptation. Les obstacles méthodologiques restent toutefois nombreux.
Pour certains investisseurs, c’est la fin d’un tabou. Alors que l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels semble de moins en moins atteignable, de l’aveu même d’une partie de la communauté scientifique, les enjeux d’adaptation aux risques climatiques physiques (inondations, sécheresses, vagues de chaleur, tempêtes…) montent très rapidement dans la liste des priorités des investisseurs. Jusqu’ici, ces derniers étaient quasi exclusivement concentrés sur les questions d’atténuation du changement climatique : s’intéresser à l’adaptation était implicitement perçu comme un prétexte pour ne pas faire d’efforts sur la décarbonation. Cette opposition n’a plus lieu d’être dans un monde avec trois ou quatre degrés de plus à horizon 2100. « Limiter la hausse des températures est toujours essentiel mais il faut aussi reconnaître que les impacts physiques du réchauffement seront significatifs et qu’il est nécessaire de travailler sur les questions de résilience climatique », estime Aela Cozic, directrice associée investissement durable chez Fidelity International. La « tragédie des horizons » théorisée il y a dix ans par Mark Carney, alors gouverneur de la Banque d’Angleterre, n’a jamais été aussi proche.
Une prise de conscience des institutionnels
Plus de 75 % des investisseurs institutionnels anticipent ainsi que les risques physiques auront un impact sur le prix des actifs d’ici cinq ans, selon une étude de Morgan Stanley publiée en novembre. Parmi eux, 35 % s’attendent à ce que...