Figurant parmi les grands investisseurs institutionnels publics, le Fonds de réserve pour les retraites (FRR) est réputé pour être particulièrement à la pointe en matière de pilotage de ses capitaux. En vingt-cinq ans d’existence, l’institution a su adapter la gestion de ses actifs à l’évolution de sa mission, tout en dégageant un surplus de rendement grâce à une prise de risque contrôlée. Membre du directoire, Salwa Boussoukaya-Nasr explique les grands principes qui guident cette gestion, dont l'un des axes majeurs consiste aussi à soutenir les entreprises françaises et européennes.
Après avoir été pendant onze ans directrice financière en charge des investissements du Fonds de réserve pour les retraites (FRR), vous avez été nommée membre du directoire en 2024. Comment la politique de placement de l’institution a-t-elle évolué au fil du temps ?
Le FRR a été créé par une loi de 2001 dans le but de contribuer à équilibrer les régimes de retraite. A l’époque, dans le cadre de cette mission, il lui a été confié des encours issus pour partie de prélèvements fiscaux sur le revenu des valeurs mobilières, et pour une autre partie, des privatisations, des licences UMTS, et des excédents de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV). Mais à l’occasion de la réforme des retraites de 2010, la dette sociale de la CNAV a été transférée au sein de la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades). Celle-ci a également récupéré les recettes du FRR, qui a dû par ailleurs s’engager à lui verser, dès 2011, 2,1 milliards d’euros par an, et ce jusqu’en 2024. Nous avons adapté notre modèle d’allocation en conséquence, mais en 2020, un nouveau changement est intervenu : la loi sur la dette sociale et l’autonomie a instauré un nouveau passif pour le FRR à partir de 2024, qui a fait passer nos versements de 2,1 milliards d’euros à 1,45 milliard par an à partir de 2025 et jusqu’en 2033. Un montant moins élevé qu’auparavant, mais entre 2010 et 2025, nos encours ont aussi diminué de moitié, passant de 40 milliards d’euros à 20 milliards.
Enfin, l’année dernière, notre...