Entretien avec Jérémy Tubiana, responsable du développement ETF et des solutions indicielles FRABENELUX chez BNP Paribas Asset Management
La structuration du marché des ETF – qu’il s’agisse de la consolidation des places de cotation ou du choix de domiciliation entre Irlande et Luxembourg – est-elle un sujet de préoccupation pour les investisseurs ?
Ce sont des sujets sur lesquels nous sommes très attentifs, et qui concernent aussi bien les fournisseurs d’ETF que les clients finaux. Nous attendons de la consolidation des places boursières une amélioration de la liquidité pour les investisseurs particuliers. Sur la domiciliation, les choix dépendent des besoins : l’Irlande présente un intérêt avéré pour les ETF physiques exposés aux actions US, tandis que le Luxembourg est plus simple administrativement pour les ETF synthétiques. Deux points sont également essentiels dans ces choix : l’avantage irlandais dépend du niveau du turnover sur l’ETF et seul le Luxembourg permet de proposer des parts indicielles non cotées qui ont l’avantage d’être flexibles en termes de frais et de s’adresser à une plus large palette de clients.
Etes-vous sollicités pour créer des ETF en marque blanche ?
Nous sommes de plus en plus sollicités par des sociétés de gestion traditionnelles qui souhaitent lancer leur propre gamme d’ETF afin de répliquer des stratégies actives ou passives. Deux approches s’offrent à elles : développer l’infrastructure en interne – ce qui nécessite des investissements importants – ou externaliser via une solution comme la nôtre qui couvre l’ensemble de la chaîne, du dépositaire au market making, en passant par la structuration et le pilotage opérationnel des ETF. Le point clé reste toujours le même : il faut des encours potentiels suffisants pour garantir la rentabilité du lancement.
Quel bilan faites-vous de l’année 2025 qui s’achève ?
2025 a encore été une année record pour la collecte ETF, avec plus de 260 milliards d’euros1 à fin octobre en Europe. Les flux se sont orientés vers les actions monde et, fait notable cette année, aussi vers les actions européennes. Chez BNP Paribas Asset Management, nous avons surtout observé une forte dynamique de collecte sur nos stratégies ESG, même si celles-ci ne représentent que 10 % des flux globaux. Nous avons constaté des réallocations au sein des différentes stratégies ESG. Nous disposons d’une gamme qui répond à tous les besoins : elle intègre une exposition ESG avec un minimum de tracking error (volatilité des performances et écart par rapport aux indices), mais aussi une exposition ESG avec des critères plus exigeants mais toujours maîtrisés en termes d’écart par rapport à l’indice et enfin une exposition orientée trajectoire climat/décarbonation, plus engagée. Cette année, nous avons constaté des arbitrages significatifs de la stratégie à forte tracking error vers nos deux premières approches.
Quelles sont les autres stratégies qui ont dominé la collecte ?
Sur la partie obligataire, la tendance marquante a été l’intérêt pour les ETF ultra-short ou équivalent monétaire. Grâce à la réplication synthétique, ces produits offrent une performance supérieure à l’€STR, autour de €STR + 40-50 points de base au 28 novembre. Nous avons levé près d’un milliard d’euros sur les six derniers mois sur ces stratégies. Nous constatons également le retour des investisseurs sur les fonds thématiques avec une priorité : la défense. Nous avons lancé un ETF dédié cette année, le seul éligible au PEA en France, et avons constaté une forte demande.
Quelles sont vos prévisions pour 2026 ?
Plusieurs questions domineront les prochains mois : le rebond des flux dans les ETF investis sur les actions européennes va-t-il se poursuivre ? La question de la valorisation des grandes valeurs technologiques est également au centre des préoccupations, et il est légitime de se demander si des expositions équipondérées pourraient tirer leur épingle du jeu. L’ESG devrait aussi revenir au centre des discussions, notamment via des solutions qui permettent d’intégrer les critères extra-financiers sans s’éloigner de l’indice. Enfin, nous nous attendons à une montée en puissance des ETF actifs.
La démocratisation des ETF est-elle une tendance durable ?
Oui, clairement notamment dans le segment wealth : banques privées, banques digitales et plateformes de distribution. Les épargnants s’intéressent davantage à la Bourse et demandent des ETF à leurs conseillers qui les intègrent dans leurs allocations, et il existe aujourd’hui des solutions à base d’ETF parfaitement adaptés aux modèles de distribution.
1. Source : ETFBook.