Lettres professionnelles

Septembre 2019

Qu’attendre en 2019-2020 pour les exportateurs français ?

30 septembre 2019

Cette année et l’année prochaine, l’économie mondiale sera secouée par de nombreuses turbulences politiques et commerciales. Dans ce contexte incertain, quelles seront les opportunités à saisir pour les exportateurs français ? Quelles seront les zones à éviter ? Et quels seront les risques dont il faudra se prémunir ?

Après deux années de croissance solide, l’économie mondiale est de retour au purgatoire. Selon Euler Hermes, la croissance mondiale devrait revenir à ses niveaux de 2015-2016, affectée par une incertitude politico-économique mondiale persistante, les tensions commerciales sino-américaines et les effets négatifs de politiques monétaires trop accommodantes. Ainsi, le PIB mondial ne devrait croître que de + 2,7 % en 2019 et 2020 (+ 3,1 % en 2018).
Aux Etats-Unis, un ralentissement de la croissance est attendu en 2019 (+ 2,5 %) et 2020 (+ 1,7 %), justifié par les incertitudes qui entourent la stabilité de la dette et pèsent sur le cycle d’investissement américain. L’économie chinoise devrait aussi décélérer (+ 6,3 % en 2019 et + 6,2 % en 2018), mais moins que celle de la zone euro, dont la croissance devrait se limiter à + 1,2 % en 2019 et 2020 (+ 1,9 % en 2018).
Dans le même temps, les défaillances d’entreprises devraient augmenter de + 7 % cette année et l’an prochain, avec une hausse conséquente en Asie (+ 15 % en 2019), un rebond en Europe (+ 3 %) et un retournement progressif aux Etats-Unis, où la tendance était jusqu’ici à la baisse. Dans le monde, 7 pays sur 10 subiront une hausse des défaillances d’entreprises en 2019. Dans un environnement de ralentissement de l’activité économique, le risque d’impayé se renforce.

La rivalité sino-américaine conduira-t-elle à une guerre mondiale du commerce ?

L’économie mondiale devra également faire face à la résurgence des risques commerciaux : les tensions commerciales qui opposent la Chine et les Etats-Unis devraient durer jusqu’à la fin de l’année 2019. Celles-ci ont déjà commencé à affecter les cycles internationaux d’échanges et d’investissements. En première ligne, les pays émergents, qui commencent à souffrir particulièrement de cette situation. En conséquence, Euler Hermes a revu à la baisse ses prévisions de croissance du commerce mondial en volume (+ 2,2 % en 2019 et + 2,5 % en 2020, après + 3,8 % en 2018).
De plus, la querelle commerciale entre la Chine et les Etats-Unis pourrait s’étendre à d’autres pays. Par exemple, des tensions commerciales sont récemment apparues entre la Corée du Sud et le Japon. En outre, de nombreuses incertitudes politiques continuent de planer dans le monde. Quelle sera l’issue du Brexit ? Quels résultats lors des élections qui concernent plusieurs pays émergents ? Le nouveau Parlement européen parviendra-t-il à se mettre d’accord sur les sujets commerciaux ? Autant de questions qui pourraient secouer les échanges internationaux à l’avenir, et affecter les perspectives de développement à l’export des entreprises françaises.

Risques politiques et financiers ne cessent de se renforcer

D’autre part, le risque politique international, qui atteint actuellement des sommets records, ne cesse de peser sur l’économie mondiale. Dans le monde entier, l’interventionnisme, les excès de dépenses publiques et la remise en question des politiques économiques traditionnelles continuent de secouer les marchés. Heureusement, jusqu’ici, les conséquences sur la confiance des entreprises et des ménages restent limitées. Mais l’instabilité politique de certaines régions est à prendre en compte au moment de choisir ses destinations d’export.
Le risque financier gagne aussi progressivement du terrain. Récemment, les banques centrales des grands pays et régions ont adopté des politiques monétaires plutôt accommodantes, avec des taux d’intérêts bas. L’objectif était d’aider les économies à se maintenir à flot, mais il n’a pas été atteint. Pire, ces politiques ont été contre-productives et sont venues nourrir le risque financier à moyen terme, entraînant des excès d’endettement et une déconnexion croissante des valorisations vis-à-vis des fondamentaux. Selon Euler Hermes, cette situation pourrait engendrer une récession économique mondiale dans une sorte de phénomène autoréalisateur où les anticipations pessimistes du marché, validées par l’extrême prudence des banques centrales, viendraient représenter un obstacle à l’investissement et se transformer en difficultés réelles pour l’économie.
Entre risque d’impayé, risques commerciaux, risque politique et risques financiers, la route de l’export sera sinueuse pour les entreprises en 2019. En période de ralentissement économique mondial important, ces dernières devront être capables de prendre les bonnes décisions, au bon moment, sous peine de souffrir fortement face à un environnement économique averse.

Quelles zones privilégier en 2019 pour les exportateurs français ?

La première bonne décision à prendre concerne la destination d’exportation. Où se situent les meilleures opportunités pour les exportateurs français ? Car malgré les turbulences traversées par l’économie mondiale, les entreprises françaises auront une vraie carte à jouer à l’export en 2019 !
En effet, selon Euler Hermes, la demande additionnelle adressée à la France cette année s’élèvera à + 16 milliards d’euros. Certes, il s’agit d’un léger ralentissement par rapport à 2018 (+ 18 milliards d’euros), mais cela n’en reste pas moins une manne conséquente de débouchés à saisir pour nos exportateurs hors des frontières hexagonales.
Pour accroître leurs parts de marchés hors de nos frontières, les entreprises françaises devront viser les marchés proposant le plus de potentiel. Et cette année, la demande externe supplémentaire à saisir se situera principalement en Union européenne (+ 6,4 milliards d’euros à saisir en UE pour les exportateurs français). L’Espagne (+ 1,4 milliard d’euros), l’Italie (+ 1,2 milliard d’euros) et le Portugal (+ 1 milliard d’euros) seront les destinations européennes à privilégier.
Mais le grand export n’est pas en reste ! En Asie, cette année, + 4,4 milliards d’euros de débouchés additionnels attendent les exportateurs français, dont + 2,2 milliards d’euros en Chine. Outre-Atlantique, les entreprises françaises peuvent espérer saisir + 2,5 milliards d’euros aux Etats-Unis en 2019.
Au niveau sectoriel, trois secteurs pourraient tirer leur épingle du jeu. Le premier d’entre eux est le secteur des machines et équipements, pour lequel la demande additionnelle à l’export à saisir en 2019 se chiffrera à + 5,1 milliards d’euros. Suivent la chimie (+ 3,6 milliards d’euros) et l’agroalimentaire (+ 1,8 milliard d’euros).

L’année de l’audace… et de l’accompagnement !

2019 et 2020 seront deux années complexes pour les entreprises françaises souhaitant se développer à l’international. L’environnement économique mondial sera difficile, avec des risques qui se renforcent à tous les niveaux, faisant peser de lourdes menaces sur la trésorerie, la rentabilité et l’activité des entreprises qui commercent hors de leurs frontières. Pour autant, un réel potentiel de développement export existe, avec de belles parts de marché à conquérir dans de nombreux pays. Là résidera le secret : les entreprises françaises devront se montrer audacieuses pour choisir les meilleures décisions d’export.
C’est une condition nécessaire, certes… mais insuffisante ! Car pour mettre toutes les chances de leur côté, et réussir leur développement export sans se mettre en danger, elles devront également jouer la carte de l’accompagnement. Même dans les destinations les plus porteuses, les risques sont toujours présents, et il faut s’en prémunir. Charge aux exportateurs français de sélectionner les bons outils pour protéger leur poste client et leur trésorerie des risques commerciaux, politiques et des risques d’impayé. Il s’agit toujours de la meilleure façon de se développer en toute confiance.

Des pays à surveiller pour les exportateurs français

Chaque trimestre, Euler Hermes révise ses notes de risque pays. Trois notes ont ainsi été dégradées au T2 2019.

Royaume-Uni
Face à l’issue incertaine du Brexit, les entreprises britanniques ont renforcé leurs stocks de précaution au T1 2019. Ces niveaux élevés de stocks devraient peser sur la rentabilité des entreprises britanniques. Dans le même temps, l’inflation devrait à nouveau dépasser les + 2 % suite à la dépréciation de la livre. Les défaillances d’entreprises devraient continuer d’augmenter en 2019 (+ 11 %) et 2020 (+ 5 %), soit trois années consécutives de hausse. Enfin, la croissance économique du Royaume-Uni devrait atteindre + 1,2 % en 2019, et ralentir à + 1 % en 2020. Pour ces raisons, le risque de non-paiement à horizon 12 mois au Royaume-Uni passe de faible à modéré.

Maroc
Depuis plusieurs années, le Maroc a fait face à plusieurs cycles d’expansion-récession. Cette instabilité économique a affecté la structure financière des entreprises. De plus, les délais de paiement ont augmenté de + 2 jours à 84 jours en 2018. Les défaillances sont ainsi attendues en hausse dans le pays (+ 7 % en 2019). La croissance économique marocaine devrait quant à elle ralentir (+ 2 % en 2019) suite au nouvel épisode de sécheresse qui a touché le secteur agricole et à la décélération des exportations. Pour ces raisons, le risque de non-paiement à horizon 12 mois au Maroc passe de faible à modéré.

Afrique du Sud

L’Afrique du Sud a connu de nouveaux chocs au cours des derniers trimestres, alors qu’elle était déjà en difficulté. Depuis 2014, l’économie croît moins vite que la population, ce qui ne permet pas de lutter contre un taux chômage élevé. La situation s’est encore dégradée, et la trésorerie des entreprises sud-africaines est sous pression : le BFR a crû de + 7 jours (61 jours) l’an passé. Cette année, l’accroissement de la dette publique (60 % du PIB en 2019) devrait peser sur les entreprises sud-africaines. In fine, la croissance sud-africaine devrait stagner en 2019 (0 %). Pour ces raisons, la note de risque pays de l’Afrique du Sud se dégrade, passant de B3 à C3. Le risque de non-paiement à horizon 12 mois y reste élevé.

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