Dans un environnement économique marqué par des tensions géopolitiques, une pression inflationniste, une forte volatilité des marchés et une hausse des risques cyber, l’Autorité des marchés financiers (AMF) constate que si « les perspectives macroéconomiques se dégradent », les marchés restent « globalement ordonnés et résilients ». En effet, après un épisode de correction et de volatilité intervenu au déclenchement du conflit au Moyen-Orient, les marchés ont retrouvé, voire dépassé, leurs niveaux d’avant-crise. Toutefois, « le CAC 40 affiche toujours une valorisation inférieure de 2,7 % à celle précédant le conflit », a souligné Kheira Benhami, cheffe économiste de l’AMF lors de la présentation de la cartographie des marchés et des risques de l’institution.
De plus, si les marchés se sont montrés résilients, notamment les indices américains et asiatiques soutenus par le secteur technologique, l’AMF s’inquiète des niveaux de valorisations élevés de certains actifs, d’autant plus que les primes de risque poursuivent leur baisse, suscitant des interrogations sur leur pricing. « En cas de correction de certaines entreprises ayant un poids important au sein des indices, l’impact pourrait être rapide et significatif sur les marchés, entraînant des ajustements également sur les secteurs connexes », précise Sébastien Raspiller, secrétaire général de l’AMF.
Vigilance sur la dette privée
Du côté des marchés obligataires, si les conditions de liquidités sont restées globalement favorables, les tensions inflationnistes ont entraîné une hausse des taux souverains, qui ont atteint des niveaux comparables à ceux de 2011, lors de la crise des dettes souveraines. La croissance de la part des hegde funds dans la détention des dettes souveraines (55 % du marché secondaire en 2025) pourrait « potentiellement amplifier les chocs en cas de cessions rapides, car ce sont des acteurs très volatils en raison notamment de leur important effet de levier », explique Kheira Benhami. De son côté, le financement des entreprises sur les marchés primaires est resté dynamique, tiré par le secteur technologique, dont les émissions obligataires ont été multipliées par deux entre le premier semestre 2025 et le premier semestre 2026, 20 % étant consacrées à l’IA.
Par ailleurs, « l’essor rapide des actifs privés, et particulièrement du crédit privé, appelle à la vigilance, bien qu’il n’existe pas d’inquiétude forte pour la stabilité financière en raison de la taille limitée de ce segment en France et en Europe », affirme Kheira Banhami. En France, dix fonds ont levé 11,4 milliards d’euros de dettes d’entreprises en 2025, selon les données de France Invest.
Enfin, l’AMF constate une hausse du risque cyber en raison du développement de l’IA et appelle à renforcer les dispositifs de prévention et d’adaptation. En 2025, près de 3 400 incidents majeurs ont ainsi été recensés en Europe, essentiellement dans les secteurs du crédit et du paiement. Le risque cyber a ainsi vu son niveau relevé dans la cartographie 2026 de l’AMF, passant d’un niveau élevé à très élevé.