Comme un taux à l’élastique
Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, la zone euro (notamment) subit une forte augmentation des prix du pétrole (+44 % pour le Brent) et du gaz (+156 % sur le contrat future) sur les marchés. Les taux obligataires ont fortement réagi à ces évolutions : le taux à deux ans allemand a atteint 3,12 % en septembre, contre 2 % à fin février, et sa corrélation avec le prix du Brent est élevée.
Pourtant, traditionnellement, face à un choc d’offre temporaire, la réponse consiste à laisser le phénomène se résorber de lui-même.
Alors pourquoi la BCE a-t-elle déjà fait passer son taux de dépôt de 2 % à 2,50 % ? Pourquoi le marché s’attend-il maintenant à au moins trois hausses supplémentaires ? Et, enfin, pourquoi n’anticipe-t-il aucune baisse après ces hausses ?
Les deux hausses des taux de la BCE sont dues à un besoin de conserver les anticipations d’inflation des agents économiques proches de 2 %, ainsi qu’à une hausse des prix de l’énergie plus longue que prévu alors que la croissance a été plus résiliente qu’anticipé jusqu’à présent.
Pour la suite, en l’absence d’effet de second tour, la vision des marchés d’un taux à 3,25 %, 75 points de base supérieur aux estimations hautes du taux neutre pour l’économie, paraît surprenante. Ne voyant pas de fin au conflit, les marchés semblent ignorer les potentiels impacts sur la croissance, n’envisageant même plus de baisse de taux une fois l’inflation importée passée.
Pourtant, un taux allemand à un an anticipé à 3,35 % dans cinq ans et à 4,40 % dans dix ans paraît loin des perspectives de croissance potentielle et d’inflation de la zone euro. Il faudra du temps aux marchés pour digérer tout cela, mais plus de clarté sur les impacts en termes de croissance et sur l’inflation sous-jacente (hors énergie et alimentation) pourrait permettre une baisse de la prime de terme et de la volatilité dans les mois à venir.
Arnaud-Guilhem Lamy est responsable des stratégies obligataires euro aggregate au sein de BNP Paribas Asset Management.
Arnaud-Guilhem Lamy