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Les infrastructures ont le vent en poupe

Option Finance - 12 septembre 2016 - Sandra Sebag

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Les infrastructures ont le vent en poupe

Les institutionnels témoignent d’un appétit grandissant pour les infrastructures, que ce soit à travers des investissements en fonds propres ou en dette. Grâce à sa diversification en termes de sous-jacents ou de supports d’investissement, cette classe d’actifs permet de répondre à leur besoin de rendement.

En trois ans, la part des infrastructures dans le portefeuille des institutionnels est passée de 0 à 0,7 %, selon la dernière enquête de l’Af2i.

Nicolas Monnier, directeur du département des investissements non cotés, CNP Assurances
CNP Assurances

Si cette classe d’actifs reste encore très marginale dans leur allocation, elle devrait à l’avenir fortement progresser. Poussés par la recherche de rendement, les investisseurs s‘y intéressent en effet de plus en plus. «Si nos investissements en capital dans les infrastructures représentent aujourd’hui moins de 1 % de notre bilan, nous envisageons d’augmenter sensiblement cette classe d’actifs, témoigne Nicolas Monnier, directeur du département des investissements non cotés de CNP Assurances. Par ailleurs en complément de notre poche obligataire, nous investissons dans la dette infrastructure car celle-ci nous fait prendre qu’un risque limité de crédit, compte tenu de la qualité des signatures.» Chez Malakoff Mederic aussi l’heure est à l’augmentation des investissements dans les infrastructures. Cependant, le groupe de protection sociale privilégie surtout le format dette. «Nos investissements en fonds propres dans les infrastructures, que nous avons initiés depuis plusieurs années, s’élèvent à 50 millions d’euros et nous ne comptons pas nécessairement les augmenter dans l‘immédiat, relève Anne Courrier, directrice des partenariats stratégiques et investissements chez Malakoff Médéric. Plus récemment, nous avons commencé à acquérir des produits de dette, mais nous ne sommes qu’au début de cette démarche puisque nous sommes loin d’avoir atteint notre cible de 6 % de nos actifs investis dans de la dette non cotée intégrant comme sous-jacents les infrastructures, l’immobilier ou les entreprises.» Ainsi, si la plupart des investisseurs institutionnels s’intéressent aux infrastructures, leur démarche peut être assez différente. Elle dépend à la fois de leurs contraintes réglementaires et de passif, ainsi que de leurs objectifs de rendement, celui-ci pouvant être très variables en fonction du support d’investissement ou du sous-jacent.

Du plus risqué ou plus sécuritaire

Schématiquement, pour les investisseurs qui ne veulent pas abandonner la liquidité, la solution la plus évidente est d’investir dans des sociétés cotées dans le secteur des infrastructures. Cependant l’univers d’investissement est plus réducteur que dans des projets d’infrastructures non cotés. «Les actions liées aux infrastructures sont moins diversifiées que les actifs non cotés, mais ont l’avantage d’être plus liquides», renchérit Vincent Passa, directeur général de Legg Masson France. A titre d’illustration, la catégorie actions secteur infrastructures de Morningstar a délivré une performance moyenne de 13,17 % sur un an au 25 août. Le meilleur fonds, proposé par BNP Paribas Investment Partners, a même progressé de 39,33 % sur la période ! Mais, parmi les produits les plus performants figurent ceux dédiés à des infrastructures dans des places émergentes : Singapour, Israël, Taïwan… qui peuvent présenter un risque plus élevé que les véhicules investis en Europe et en Amérique du Nord. Les fonds actions infrastructures présentent néanmoins l’avantage de distribuer des dividendes élevés, souvent supérieurs à 3,5 %.

Du côté des produits de dette, a contrario, le profil de risque est très différent. La performance attendue est plutôt autour de 2 % et se compare à l’Eonia ou à l’Euribor. De facto, compte tenu de la baisse des taux, le rendement de ce type d’actifs a diminué par rapport aux années précédentes. Les premiers fonds lancés visaient en effet des performances comprises autour de 3 à 5 %. «Depuis cinq ans, les investisseurs institutionnels ont eu tendance à initier leurs investissements dans le domaine de l’infrastructure à travers des fonds de dette, précise Gwenola Chambon, directeur de l’activité infrastructure généraliste chez Mirova. Les rendements de ces derniers se sont donc peu à peu érodés sous l’effet de la concurrence croissante et de l’arrivée massive de liquidités sur le marché.» Ces fonds constituent tout de même encore une alternative intéressante aux obligations les mieux notées dont la performance devient négative. Certains gestionnaires proposent même des solutions pour doper les rendements. «On note aujourd’hui un appétit croissant des investisseurs pour les produits plus risqués dans les infrastructures, de type fonds de dette mezzanine ou fonds de capital investissement», précise Gwenola Chambon.

Entre les actions cotées et les fonds de dette privée classique, se situe en effet une solution intermédiaire en termes de couple rendement/risque, à savoir l’investissement en fonds propres dans les infrastructures. Celui-ci repose essentiellement sur des prises de participation en capital non cotées. Les projets les plus sécurisés peuvent rapporter sur longue période un rendement compris entre 6 et 8 %. «Les actifs qui relèvent d’un service public (prisons, hôpitaux …), dont des revenus dépendent de la disponibilité de l’actif, affichent une bonne résistance aux évolutions du cycle économique», détaille Jérôme Delmas, directeur général de Swen Capital Partners. Il en va de même des services aux collectivités locales. «Les infrastructures liées au traitement et au transport de l’eau, à l’électricité, aux énergies renouvelables ou encore les gazoducs ont une activité peu dépendante de la conjoncture et génèrent un revenu compris entre 8 à 12 %», poursuit Jérôme Delmas. Pour les sous-jacents, qui sont davantage dépendants du cycle économique, le rendement peut même être plus élevé pour compenser la prise de risque. «A titre d’exemple, les infrastructures de communication (ports, aéroports, rail) peuvent dans certains cas afficher des niveaux de performance supérieurs à 15 %», relève Jérôme Delmas.

Outre leur niveau de rendement, les infrastructures en fonds propres bénéficient désormais d’un traitement réglementaire plus favorable dans le cadre de Solvabilité 2.
Auparavant, cette réglementation les pénalisait car elle considérait cette classe d’actifs comme un investissement classique en private equity. Mais, au printemps dernier, Solvabilité 2 a intégré un traitement spécifique pour les investissements en fonds propres dans les infrastructures qui bénéficient désormais d’une charge en capital de 30 %, contre 49 % précédemment. «Cette amélioration porte sur le domaine des infrastructures cœur ou “core”, c’est-à-dire celles qui relèvent de la catégorie des infrastructures régulées car directement liée aux services publics, indique Gwenola Chambon. Cette évolution réglementaire, qui reconnaît enfin les aspects spécifiques d’un investissement en infrastructure par rapport au private equity en général, va permettre de canaliser des ressources longues supplémentaires dans l’économie réelle.»

La lutte contre le réchauffement en ligne de mire

L’intérêt des institutionnels pour cette classe d’actifs ne les empêche pas de se montrer très sélectifs vis-à-vis des projets retenus, tout comme des sociétés de gestion à qui ils délèguent le suivi et la gestion. Parmi leurs nouvelles exigences figure la volonté d‘améliorer l’empreinte carbone de leur bilan grâce aux infrastructures. Si la plupart des institutionnels privilégient des actifs déjà existants (ou brownfield) et souvent cœur, ils plébiscitent de plus en plus les infrastructures en construction (ou greenfield) dans le domaine de l’environnement. «Nous investissons principalement dans des fonds brownfield généralistes qui délivrent des cash-flows réguliers et stables dans la durée, relève Nicolas Monnier. Cependant, nous avons récemment été à l’initiative de la création d’un fonds, en partenariat avec la société Meridiam, pour investir dans des projets greenfield dédiés à l’efficacité énergétique, car nous nous intéressons de plus en plus aux thématiques vertes et à la lutte contre le réchauffement climatique.» Autre tendance associée : l’utilisation de critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance). «Après les avoir intégrés dans la sélection de fonds sur des actifs cotés, nous sommes en train de le faire pour les actifs non cotés, précise Anne Courrier. Dans ce domaine, nous portons une attention particulière à la problématique du réchauffement climatique.» Une tendance à laquelle les sociétés de gestion répondent. Elles sont en effet de plus en plus nombreuses à analyser leurs investissements non cotés avec un filtre ESG. «Nous avons développé un outil de collecte de données qui nous permet d’introduire un filtre ESG dans notre sélection», témoigne Jérôme Delmas. Mais ce n’est pas tout, la société mesure depuis quelques mois l’empreinte carbone de ses investissements. «Nous sommes un des premiers acteurs européens spécialisés dans le capital-investissement et les infrastructures à avoir mis en place une méthode quantitative et qualitative de mesure de notre empreinte carbone», se félicite Jérôme Delmas.

Autre exigence des institutionnels : avoir affaire à des gérants expérimentés dans les infrstructures. «Nous sommes très attentifs à la qualité des équipes, à leur capacité à avoir accès à des projets, à investir rapidement les fonds levés et à leur historique de performance», détaille Anne Courrier. Dans un contexte de baisse des rendements, notamment sur les fonds de dette, ces qualités s’avèrent primordiales pour délivrer du rendement. De même, les sociétés de gestion se sont engagées à davantage diversifier leurs investissements afin de trouver de nouvelles opportunités. «Nous avons élargi notre scope géographique à plusieurs pays d’Europe du Sud en plus de l’Europe du Nord et continentale et nous avons augmenté la part des projets dédiés aux infrastructures vertes, notamment ceux liés aux énergies renouvelables, précise René Kassis, directeur de la gestion dette privée à La Banque Postale Asset Management (LBPAM).» Une diversification également mise en œuvre chez Schroders France qui a constitué une nouvelle équipe dédiée à cette activité à Paris il y a un an. «Notre offre est très large puisque nous proposons des mandats avec des instruments de dette à taux fixes ou à taux variables, avec des niveaux de risque, des maturités et des localisations différents afin de répondre à tous les besoins des institutionnels», précise Charles Dupont, responsable du pôle infrastructure de Schroders. Une tendance qui devrait encore se renforcer.

Deux fonds Eltifs déjà lancés

. Selon l’Autorité des marchés financiers (AMF), l’engouement pour les infrastructures se traduit par l’utilisation de nouveaux véhicules, comme les fonds Eltif qui ont été créés l’an dernier pour les investissements de long terme. A ce jour, sur les cinq fonds lancés, deux sont spécialisés dans les infrastructures. Tous deux utilisent un format juridique nouveau, à savoir la Société de Libre Partenariat (SLP) qui offre une grande flexibilité aux gestionnaires en termes de sélection de titres et de gestion.

. Parmi les projets rendus publics, la société Meridiam, qui est à l’origine de l’un des fonds lancés, a collecté 1,3 milliard d’euros pour participer au financement de la construction d’infrastructures publiques.

Des investissements en direct

Tous les institutionnels ne font pas appel à la délégation pour investir dans les infrastructures. De nombreux fonds de pension ou compagnies d’assurances de grande envergure ont tendance à le faire en direct. Certains investisseurs font quant à eux le choix de mêler les deux approches. «Nous disposons d’une petite équipe en interne qui sélectionne des projets dans lesquels nous investissons en direct, détaille Nicolas Monnier, directeur du département des investissements non cotés de CNP Assurances. Par ailleurs, nous avons établi des partenariats, notamment avec Natixis ou La Banque Postale Asset Management à qui nous avons délégué la gestion d’un fonds de dette. Nous pouvons également être amenés à co-investir à leurs côtés, car ces derniers interviennent comme apporteurs d’affaires.»