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Les robo-advisors démocratisent l'accès aux ETF

Option Finance - 31 octobre 2016 - Audrey Spy

ETF, Gestion passive, Robo advisors

L’essor des conseillers financiers virtuels devrait favoriser l’utilisation des fonds indiciels cotés par les particuliers. Cette tendance intéresse les fournisseurs d’ETF qui commencent à répondre aux attentes de cette nouvelle catégorie de clients.

A horizon 2020, les robo-advisors pourraient gérer 2 200 milliards de dollars sur le seul sol américain. Cette prévision, réalisée par AT Kearney, a de quoi faire rêver les fournisseurs de fonds indiciels cotés (ou ETF) qui peuvent trouver dans ces conseillers financiers virtuels une nouvelle typologie de clientèle ! Les robo-advisors utilisent en effet la gestion passive, en particulier les ETF, dans leur offre d’épargne à destination des particuliers, même si leur utilisation reste très marginale au regard de leurs encours sous gestion. Aux Etats-Unis, la première plateforme d’épargne en ligne, Betterment, vient seulement de dépasser 5 milliards de dollars tandis qu’au Royaume-Uni, même si elles ne communiquent pas officiellement sur leurs chiffres, quelques-unes, comme MoneyFarm ou encore Netmug, auraient également réussi à obtenir une taille d’encours de plusieurs centaines de millions de livres sterling.

En Europe continentale, le marché des robo-advisors reste encore plus confidentiel, malgré l’essor depuis plusieurs années de certains acteurs français, comme Marie Quantier, Advize, WeSave…  « Nous avons actuellement plus de 6 000 utilisateurs en direct sur notre plateforme, affirme Leonard de Tilly, CEO de Fundshop. Mais ce chiffre devrait rapidement augmenter car nous sommes en train de proposer notre technologie de gestion de l’épargne à d’autres acteurs en marque blanche, comme des banques en ligne ou des réseaux de conseillers en gestion de patrimoine.» Pour l’heure aucun acteur français ne dévoile le montant de ses encours sous gestion, à l’exception de Yomoni, qui s’est lancé depuis seulement un an et demi. «Nous comptons 1 500 inscrits et plus de 6 millions d’euros d’encours sous gestion, précise Mourtaza Asad-Syed, fondateur et directeur des investissements de Yomoni. Pour la première fois en septembre, soit un an après notre lancement, nous avons pu communiquer sur la performance de notre gestion qui s’est établie entre 1,9 % et 9,3 % en fonction du profil plus ou moins risqué des portefeuilles de nos clients, ce qui était conforme à nos objectifs. Cette preuve de nos capacités à délivrer des résultats devrait à l’avenir fortement accélérer notre conquête de nouveaux épargnants en ligne.» Cette percée auprès des investisseurs particuliers n’a donc pas échappé aux fournisseurs d’ETF qui commencent à développer des relations avec les robo-advisors. «La part de la clientèle retail ne dépasse pas aujourd’hui 10 % des encours des ETF en Europe, rappelle Clarisse Djabbari, directrice adjointe de Lyxor ETF. Cette clientèle a émergé historiquement en France grâce à l’utilisation des ETF dans les comptes titres et PEA. Leur utilisation au sein de l’assurance-vie est une tendance beaucoup plus récente, et les robo-advisors aident à faire bouger les lignes en ce sens. Même si aujourd’hui leur contribution à nos encours reste marginale, ils constituent un relais de distribution additionnel et aident à la démocratisation des ETF auprès de la clientèle retail.»

Pour les promoteurs d’ETF, les robo-advisors ne présentent pas seulement un intérêt en termes commercial, ils ont également le mérite de contribuer à faire connaître l’industrie des fonds indiciels. «Dès le départ, nous avons pris la décision de n’utiliser que des fonds indiciels (cotés ou non) pour investir les capitaux que nous confient nos clients particuliers, commente Mourtaza Asad-Syed. La gestion indicielle nous paraît la plus adaptée pour offrir un service transparent et de qualité à moindre frais.» Ils ont à ce titre un rôle de pédagogie et de diffusion d’une culture financière auprès des particuliers. «Nous voulons être la plateforme leader dans l’investissement à travers une sélection d’ETF, confie Mathieu Hamel, fondateur de Marie Quantier. Nos clients sont aujourd’hui surtout des employés d’établissements bancaires qui connaissent déjà les marchés financiers, mais même ceux qui ne sont pas initiés à la finance comprennent assez rapidement l’intérêt de souscrire à un ETF pour s’exposer rapidement à des centaines d’actions et répliquer la performance d’un marché tout en optimisant les frais de gestion.» Les robo-advisors commencent aussi à démocratiser l’utilisation de ce type de véhicule grâce à leurs conseils de gestion. Certains acteurs ont même fait le choix de n’offrir que des ETF dans leur offre d’épargne en ligne.

Enfin, les robo-advisors contribuent également à faire connaître les fonds qu’ils sélectionnent sur leur plateforme. Ils deviennent donc aujourd’hui un lieu de référencement incontournable pour les fournisseurs d’ETF. «Nous devons nous assurer que nos ETF sont bien référencés et utilisés au sein des offres d’épargne en ligne des robo-advisors pour augmenter notre visibilité sur le marché auprès des particuliers», précise Clarisse Djabbari. Un travail d’autant plus important que les robo-advisors se montrent très sélectifs. «A l’heure actuelle, nous avons à notre disposition plusieurs 1 800 ETF qui répondent à nos critères, c’est-à-dire sous format Ucits, en euros, cotés en Europe et ayant une taille d’encours suffisante, commente Mourtaza Asad-Syed. Mais nous n’en retenons actuellement qu’une centaine qui sont éligibles à nos portefeuilles.»

Cette sélectivité se retrouve chez tous les acteurs. «Nous référençons aujourd’hui entre 300 et 400 ETF sur Marie Quantier, mais nous analysons en permanence ce marché, ce qui nous amène à revoir régulièrement notre sélection», complète Mathieu Hamel.

La façon de travailler des robo-advisors conduit donc les fournisseurs d’ETF à les considérer comme de potentiels investisseurs ayant des critères de sélection similaires à ceux des gérants plus traditionnels ou même des institutionnels. Il est vrai qu’ils veulent comme ces derniers s’assurer de la qualité des ETF. «Comme tous les gérants, ils sont sensibles à la qualité de réplication des ETF et sont attentifs à la tracking difference (ou l’écart de la performance d’un ETF par rapport à l’indice de référence), à la tracking error (soit la volatilité de l’écart de performance d’un ETF par rapport à son indice de référence)» ajoute Clarisse Djabbari. Ils se montrent également vigilants sur leur capacité à traiter rapidement sur le marché leurs ordres d’achats ou de ventes d’un ETF. «Nous nous assurons de la bonne liquidité d’un ETF, témoigne Mathieu Hamel. Nous préférons un produit plus liquide avec une légère tracking error par rapport à l’indice de référence qu’un produit qui réplique parfaitement un indice, mais qui est difficilement échangeable sur le marché.» De ce fait, ils privilégient souvent les plus importants promoteurs d’ETF dont les produits sont souvent aujourd’hui les plus échangés.

Mais les robo-advisors se démarquent aussi des clients plus traditionnels des fournisseurs d’ETF par leurs demandes bien spécifiques. «Nous sélectionnons uniquement des ETF qui ont une politique de distribution des dividendes, précise Mathieu Hamel. Or la plupart des fournisseurs d’ETF privilégient le réinvestissement des dividendes, ce qui constitue pour nous un mauvais choix. L’investisseur doit pouvoir avoir la possibilité de récupérer ses dividendes et de ne pas les réinvestir dans le marché, notamment lorsque celui-ci est baissier.» La plupart des robo-advisors ont également d’autres attentes sur le contenu des fonds. Ils s’attachent notamment à privilégier des produits simples. De facto, ils éliminent aujourd’hui tous les ETF à effet de levier ou encore les produits «smart beta» (fonds qui répliquent d’autres indices que ceux reposant sur la capitalisation boursière). Ils se montrent également tous très vigilants sur les frais des ETF. «La plupart des robo-advisors sont attentifs également au niveau des frais de gestion, car ils ne veulent pas dépasser un niveau global sur lequel ils s’engagent», commente Clarisse Djabbari. Ils surveillent donc très étroitement la tarification des ETF et n’hésitent d’ailleurs pas à faire tourner leur sélection pour ne conserver que les moins chers. Une situation qui pourrait encore inciter les fournisseurs d’ETF à casser davantage les prix.

Plusieurs typologies de robo-advisors français

Le paysage des robo-advisors français recouvre des approches très diverses en matière de gestion de l’épargne en ligne des particuliers.

- Certains ne se positionnent que sur du conseil en allocation d’actifs et n’interviennent pas, de facto, dans la gestion qui est confiée généralement à un assureur. «Nous conseillons nos clients pour répartir leur assurance-vie entre fonds en euros et unités de compte selon leurs profils et projets, mais nous n’effectuons pas de gestion en direct, indique Olivier Gentier, CEO d’Advize. De plus, nous avons un partenariat avec Morningstar qui effectue en toute indépendance la sélection de fonds en fonction de la conjoncture macro-économique.»

- D’autres acteurs sont beaucoup plus impliqués dans la sélection de véhicules d’investissement qu’ils recommandent à leurs clients. «Notre plateforme technologique met à la disposition des particuliers des outils de pilotage des risques pour une gestion professionnelle de leur portefeuille personnel, commente Mathieu Hamel, fondateur de Marie Quantier. Dans ce cadre, nous leur proposons une sélection d’ETF et des outils pour gérer facilement en direct leur épargne. Nos clients valident en effet eux-mêmes leur portefeuille même si les ordres sont directement envoyés de la plateforme Marie Quantier. Ils peuvent, néanmoins, s’appuyer sur nos recommandations personnalisées s’ils le souhaitent.»

- Au contraire, seul Yomoni se positionne comme un véritable gérant, qui a d’ailleurs un agrément de société de gestion de portefeuille.