Asset Management

Evénement

Les débats Finance et Impact de l’Institut de France

Option Finance - 2 juillet 2021 - Anne del Pozo

Les SIA Awards

 SIA Awards catégorie Ressources & Ecosystèmes

Prix remis par Florent Deixonne, head of Sustainable and Responsible Investments, director, general secretariat de Lyxor Asset Management. Le prix dans la catégorie « Ressources » avec des critères de sélection liés à la consommation et à la production responsables et la lutte contre le réchauffement climatique a été remis à Castalie, un projet d’économie circulaire qui évite l’utilisation de millions de bouteilles en plastique, à usage unique. Le prix dans la catégorie Ecosystèmes avec des critères de sélection liés à la vie aquatique et à la vie terrestre a pour sa part été remis à Fairr, dont la mission est de bâtir un réseau mondial d’investisseurs conscients des enjeux liés à la production animale intensive et cherchant à minimiser les risques au sein du système alimentaire.

 

SIA Awards catégorie Besoins fondamentaux

Prix remis par Marta Oudot, directrice de la distribution France chez DNB Asset Management. Le prix des Besoins fondamentaux dans la catégorie autour de la lutte contre la pauvreté et la faim a été remis à BNP Paribas pour son projet SRI Kehati, fondation de biodiversité indonésienne et son programme local de développement pour la lutte contre la faim. Le prix des Besoins fondamentaux dans la catégorie des services de l’énergie propre a pour sa part été remis à ECOOO pour son projet Participaciones-Ecooo Revolución Solar dont l’objectif est de rendre l’énergie solaire accessible à tous et le système énergétique en Espagne plus durable et responsable.

 

Sia Awards catégorie Bien-être

Prix remis par Jean-Guillaume d’Ornano, président-directeur général d’Option Finance. Le SIA Award dans la catégorie Bien-être a été décerné au European Social Impact Bonds Fund de BNP Paribas. Ce fonds a été lancé avec le European Investment Fund (EIF) en 2020 au sein de l’Union européenne afin de développer les Contrats à Impact Social (CIS). En créant un fonds dédié à ce nouvel outil innovant, BNP Paribas entend en accélérer la visibilité et le développement et attirer demain de nouveaux investisseurs institutionnels. Unique par sa portée multinationale, son objectif est de faciliter la réplicabilité des innovations sociales à travers l’Europe.

 

SIA Awards catégorie Conditions de vie

Prix remis par Sophie Faujour, directrice générale d’EVPA Corporate & France. Le SIA Award catégorie Conditions de vie Habitat a été décerné à Habitat et Humanisme pour ses « pensions de famille », un projet d’habitat solidaire original qui propose de réunir sur un même site une pension de famille, une résidence étudiante et des logements sociaux. Le SIA Award catégorie Conditions de Vie Réduction des Inégalités a pour sa part été remis à Kims Microfinance qui soutient les micro-entrepreneurs et les particuliers, en priorité les femmes et les jeunes, à travers l’Afrique de l’Est, notamment en Somalie, en leur fournissant des services financiers qui répondent à leurs besoins et leur permettent de devenir autonomes.

 

 


« La finance à impact suppose une très bonne connaissance des enjeux financiers et surtout de l’analyse de leur efficacité »

Xavier Darcos, chancelier, Institut de France : «Aujourd’hui, ce thème est également visionnaire et indispensable dans les secteurs qui nous occupent. Ainsi, il est notamment nécessaire d’orienter les investissements dans des domaines qui soient par exemple conformes aux ODD ou bien qu’il y ait une éthique qui accompagne les options qui peuvent être faites en matière d’investissements ou de placements. Toutes ces questions sont passées du monde des spécialistes à l’opinion publique la plus générale. C’est important que nous continuions d’en parler, notamment au sein d’événements comme les Débats Finance et Impact d’Option Finance qui réunissent des participants venant d’horizons différents et qui tous essaient de converger pour concevoir et organiser l’action économique tournée vers un impact social et environnemental. »


« La finance à impact est un sujet hautement politique »

Olivia Grégoire, secrétaire d’Etat chargée de l’Economie sociale, solidaire et responsable, ministère de l’Economie, des Finances et de la Relance : «La finance à impact est un sujet qui concerne aussi bien l’avenir de notre économie que l’avenir de notre civilisation. Il s’agit d’un sujet hautement politique. Il revient à l’Etat d’encourager les acteurs concernés à se parler et à travailler ensemble. Nous ne pourrons pas développer la finance à impact si nous ne parlons pas le même langage et si nous ne nous mettons pas d’accord sur des outils de mesure clairs de cet impact. Derrière cet enjeu, il y a la question des labels. La France a son label ISR. Les conditions sont aujourd’hui réunies pour le développer et l’orienter vers la performance ESG. »


« La réflexion autour de la finance à impact doit être européenne »

Bertrand Badre, CEO, Blue Like an Orange Sustainable Capital : «Avec la Covid nous avons beaucoup phosphoré sur le monde d’après où la finance a pris sa part. Nous assistons à une volonté d’accélérer la transformation de la finance, et de faire de la finance à impact et responsable qui ne soit pas à la périphérie de la finance mais qui en change le cœur. Si la France œuvre sur le sujet depuis longtemps, seule, elle ne peut pas faire beaucoup. La démarche doit être européenne. Avec l’Europe nous allons définir des normes, la manière dont nous mesurons les choses, dont nous les rapportons…. Nous devons (et en particulier la France), nous engager là-dessus. Il faut également éduquer le marché sur les enjeux de responsabilité, de durabilité… »


L’alignement des fonds actions à impact sur les ODD : un pilier central de l’impact investing

L’investissement à impact est un secteur de plus en plus attractif pour les investisseurs qui exigent
que leurs placements participent à la progression des objectifs de développement durable.  «Les 17 objectifs de développement durable établis par l’ONU sont devenus un référentiel reconnu et utilisé par de nombreux investisseurs et financeurs au sens large, explique Mathieu Cornieti, CEO d’Impact Partners et président de la Commission Impact de France Invest. Ce référentiel manque cependant de structuration et mériterait d’être retravaillé. » Marie-Genevieve Loys Carreiras, responsable investissements solidaires chez BNP Paribas Asset Management, estime pour sa part que « les ODD fournissent l’impression d’un cadre et d’un langage communs qui peut permettre de mieux comprendre les différentes stratégies. Cependant, lorsque nous passons du côté des investisseurs, ces ODD sont trop vagues pour être un outil d’analyse et de gestion et les sous-ODD sont trop compliqués. Aujourd’hui, il s’agit néanmoins d’une clé de lecture supplémentaire pour comprendre l’impact des fonds thématiques ou solidaires que nous pouvons avoir. » « Pour le moment, nous n’avons travaillé que sur l’intention du fond, indique Alix Faure, directrice investissement responsable à l’AFG – Association française de la gestion financière. Il est important que dans cette intentionnalité, il y ait bien un cadre de référence qui soit défini. Il permettra de mieux comparer les entreprises entre elles. Les ODD ne sont pas le seul cadre qui pourrait être utilisé. Il y en a d’autres en fonction de l‘objectif du fonds. Il faut néanmoins qu’ils aient la double matérialité financière et extra-financière pour l’impact. » 

Vers une homogénéisation des pratiques

Tout l’enjeu aujourd’hui consiste à homogénéiser les pratiques pour qu’elles soient plus transparentes, plus comparables, et mieux les partager. « Lorsque nous parlons de référentiel, nous allons immédiatement penser “harmonisation des pratiques” », ajoute Mathieu Cornieti. Cela permet d’imaginer un référentiel commun et de pouvoir agréger plus facilement l’impact de cette finance. « Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faut un référentiel unique, poursuit Marie-Genevieve Loys Carreiras. Il y aura autant de mesures d’impact différentes et de référentiels pertinents que de différences dans les stratégies d’impact. »

L’importance de l’accès à la donnée

Pour mesurer l’impact de l’investissement en termes d’utilité sociale et environnementale il faut des données qualitatives et accessibles. « Il est important que les gérants aient des données harmonisées et fiables, de qualité et auditées, précise Alix Faure. Jusqu’à présent la réglementation européenne se concentrait beaucoup sur les devoirs des investisseurs. Le pendant pour les émetteurs est en cours de mise en place (Corporate Sustainability Reporting Directive). CSRD pose le cadre réglementaire mais il va falloir aller plus loin dans la pratique et normer cette donnée. Cette directive va également obliger les émetteurs à publier de la donnée sous un certain format. » « Une donnée brute ne sera jamais analysée seule et doit mener à la discussion entre l’entreprise et l’investisseur, poursuit Marie-Genevieve Loys Carreiras. Le nouveau challenge est dans la normalisation de cette donnée. »


La transition écologique : un enjeu de performance et de résilience pour les entreprises

La transition écologique est un terme bien connu mais qui est problématique.  «Nous sommes davantage dans une transformation que dans une transition, précise Sylvain Lambert, Partner – Co Head Sustainability team, PwC France. Nous sommes en effet dans un point d’inflexion important pour l’économie, avec un changement profond de notre modèle en la matière. L’écologie pour sa part ne se résume pas aux seuls enjeux climatiques. Enfin, il émerge un acteur important aux côtés des Etats : l’entreprise qui cherche à expliquer que son utilité économique n’est pas uniquement liée à la performance. »

 

Une tendance qui s’est renforcée avec la Covid. « Pendant la crise, nous avons tous fait l’expérience de la vulnérabilité, pour soi-même, ses proches, son entreprise et sa planète, note Hélène Valade, directrice environnement de LVMH et présidente de l’Orse. Cela a changé le regard et la relation avec l’autre monde, qui est celui de la nature et du vivant. Nous devons opérer un changement de modèle et plus encore de culture d’entreprise. » « Cette crise a déclenché une prise de conscience générale et présente une opportunité de mettre en place un réel agenda par rapport aux objectifs des Accords de Paris, ajoute pour sa part Olivier Guillou, directeur de la gestion chez Ecofi. Pour mener cette transformation énergétique, nous avons à la fois des partisans de la décroissance qui a des conséquences sociales et à la fois les partisans d’une croissance débridée qui génère des risques multiples (climatiques) qui ne sont plus assurables, et des dégâts irréversibles sur l’environnement. Aujourd’hui, il existe une troisième voix qui est celle du green deal européen dont l’objectif consiste à mettre en place des instruments, des moyens financiers et réglementaires pour avoir une croissance qui ne soit plus dépendante des ressources ».

Quelles sont les tendances en termes de projet de transformation dans les entreprises ?

« Le modèle de l’économie circulaire est une des réponses aux enjeux actuels », explique à ce sujet Hélène Valade. Un certain nombre d’entreprises s’inscrivent dans cette démarche en supprimant par exemple les packagings papier ou en changeant de modèle économique comme le secteur automobile qui a pris le virage de l’électrique. D’autres entreprises s’inscrivent dans des programmes « net zero emissions ». « Les grandes tendances ont trait au recours aux énergies vertes et renouvelables, conclut Olivier Guillou. De plus en plus d’entreprises intègrent également des objectifs de développement durable dans leurs KPI. » 


L’essor du financement à impact social et environnemental

Le thème de l’impact est au cœur de l’actualité en France, en Europe et à l’international. 

ING est un groupe bancaire originaire des Pays-Bas qui historiquement et culturellement a toujours été aux avant-postes de la lutte contre le réchauffement climatique. « Cela n’est pas sans incidence sur notre culture d’entreprise, souligne Charles Briotet, Co-Head of Real Estate Finance chez ING France Wholesale Banking. Notre responsabilité sociétale consiste à accompagner nos différents clients dans une transition vers des activités à impact positif. ING inscrit également ses propres activités dans un objectif à impact positif. En matière de financement à impact, notre intervention se joue à plusieurs niveaux : nous sommes un prêteur bancaire sur des formats à impact avec des mécanismes incitatifs de prix, avec une indexation sur des notations externes durables ou des indicateurs clés de performance. Nous avons aussi un rôle de facilitateur, de structureur durable. Enfin, nous sommes un important émetteur sur le marché des green bonds. »

Les différents instruments en matière de financement à impact à disposition des entreprises 

« Il convient de différencier la finance à impact et la finance durable, explique Laurent Bassi, Head of Capital Structuring & Advisory chez ING Wholesale Banking. Ils vont de pair et se développent. La gamme de produits financiers comme les obligations basées sur les indicateurs de performance et non plus seulement sur l’utilisation des fonds ont ainsi tendance à se développer. Nous avons également des produits plus court terme comme sur les fonds de roulement avec de la supply chain verte ; nous voyons aussi se développer des instruments de marché indexés sur des indicateurs de performance… Enfin, il faut arbitrer entre l’utilisation des fonds et les indices de performance. Le financement à impact est plus une question d’objectif futur et à impact (indicateurs de performance) et le refinancement est plutôt sur une future allocation de projets ou investissement passé (utilisation des fonds). » 


Quels nouveaux relais de financement pour les entreprises sociales et solidaires ?

Dans le contexte économique encore instable et incertain, les entreprises sociales et responsables jouent un rôle fondamental. Amundi a un fonds à impact finance et solidarité qui vise notamment à répondre aux grands enjeux environnementaux et sociaux et un fonds sur les enjeux bas carbone. « Lors de la création de nos fonds, nous avions pour conviction qu’il y aurait de plus en plus d’entrepreneurs qui souhaiteraient intégrer des enjeux extra-financiers dans leur stratégie et leur mission, de nombreuses réglementations et des changements de modes de production et de consommation qui aideraient ces entreprises à croître et, enfin, de plus en plus de besoins et d’enjeux sociaux et environnementaux à résoudre, précise Mathieu Azzouz, Impact investing portfolio manager chez Amundi. Les principales thématiques des fonds s’articulaient jusqu’à présent autour des enjeux liés à l’inclusion, l’accès à l’éducation, aux soins ou au bien vieillir, portés par les entreprises de l’économie sociale et solidaire. Aujourd’hui ces dernières portent une nouvelle thématique majeure : l’économie circulaire. »

Ecodrop s’inscrit dans cette démarche. « Nos enjeux s’articulent autour de la réduction des dépôts sauvages de déchets du bâtiment et l’augmentation du taux de déchets du bâtiment recyclés, présente Marie Combarieu, présidente d’Ecodrop. Il y a donc un vrai besoin du marché sur ce sujet et des alternatives à trouver grâce au digital qui permet de leur proposer des solutions exhaustives de collecte et de gestion des déchets via des filières responsables. » Castalie pour sa part a pour vocation de remplacer les bouteilles d’eau plastique à usage unique en salle de réunion ou dans les restaurants par des fontaines à eau. « Depuis notre création nous avons ainsi évité 100 millions de bouteilles dont 50 millions ces deux dernières années, explique Thibault Lamarque, fondateur et président de Castalie. Concernant notre engagement social, 100 % de la filtration de Castalie est assemblée en ESAT. Nous sommes une entreprise à impact avec un objectif de rentabilité. »

Trouver des fonds

Pour ces entreprises, il reste néanmoins difficile de réaliser des levées de fonds. «Avec l’impact investing ça devrait être plus facile, dès lors que nous avons face à nous des investisseurs qui rentrent dans la profondeur de la réflexion et de la projection", souligne Marie Combarieu. « Pour faire une grande entreprise avec beaucoup d’impacts, il faut du temps, des capitaux et des hommes, indique pour sa part Thibault Lamarque. Nos investisseurs doivent donc prendre le temps de laisser grandir leur participation. » « Notre objectif est d’ailleurs bien de créer un écosystème qui soit le plus varié possible et le faire grandir dans le temps », indique Mathieu Azzouz. 


Verdissement de l’économie : les fonds d’infrastructures au service de la relance verte européenne

Les investissements dans les infrastructures sont une priorité car ils permettent d’asseoir les bases d’une croissance économique à long terme.  Auparavant, les besoins en infrastructures s’intéressaient surtout aux domaines des transports.  Aujourd’hui nous sommes arrivés dans une dimension complètement différente, en lien avec la transition énergétique. « Faire la transition énergétique consiste d’abord à produire de l’électricité décarbonée, explique Bernard Descreux, directeur financement trésorerie Groupe d’EDF. Les autres causes d’émission sont le bâtiment, la mobilité, l’industrie et l’agriculture. A chaque fois la politique de transition sera en premier lieu économique et, ensuite, de “faire autrement”. C’est par l’électrification des usages que va se développer la décarbonation. Il faut donc avancer sur la décarbonation de la production de l’électricité. » Pour cela, il y a besoin de financement.

« Chez Schroders, nous avons les moyens de mettre à profit notre capital humain, notre savoir-faire et notre vouloir-faire pour repenser les infrastructures et travailler sur des sujets qui sont les plus émetteurs, comme la production d’énergie », précise Chantale Pelletier, Global Head Infrastructure chez Schroders. « Le marché est drivé par des grandes tendances macros et structurelles : la digitalisation, la décarbonation, la démographie et la dette, constate pour sa part Thibault Richon, directeur de l’activité multi-stratégies Infrastructure chez Swen Capital Partners. La force de frappe des fonds infrastructures s’est fortement accélérée depuis plusieurs années. Il s’agit d’une classe d’actifs très attractive en termes de performance et d’impact sur l’environnement. » «  Pour autant, beaucoup d’investissements ne vont pas dans le bon sens, estime Fabrice Bonnifet, directeur central développement durable & QSE chez Bouygues SA. Il faudrait plutôt raisonner en termes de carbone évité et également commencer par rénover les infrastructures actuelles pour économiser de l’énergie. Il faut également travailler sur la “démobilité”, notamment en s’appuyant sur le digital, la rénovation du réseau ferroviaire… »

Les investisseurs actuels peuvent-ils prendre ce genre de métrique ?

Schroders avance dans ce sens-là. « Nous avons mis en place des modèles propriétaires pour intégrer dans nos décisions l’évolution du climat, le positionnement de la société dans son secteur d’activité et les impacts sociétaux et environnementaux des sociétés dans lesquelles nous souhaitons investir », poursuit Chantale Pelletier. « Nous prenons toujours en compte dans nos décisions d’investissement, les critères extra-financiers », indique pour sa part Thibault Richon. La taxonomie va également flécher le capital vers des activités vertes et aller chercher la liquidité chez les investisseurs, là où elle est. « La taxonomie a pour avantage de normaliser les données extra-financières que nous devons fournir, faciliter le dialogue entre les entreprises et les investisseurs et permettre aux entreprises de trouver des financements, indique pour sa part Bernard Descreux. « Pour sauver le climat il va falloir produire plus d’énergie renouvelable en substitution d’énergie fossile, mais aussi regarder le problème des effets rebonds des technologies décarbonées », conclut Fabrice Bonnifet.


L’hydrogène sera-t-il l’avenir de la mobilité décarbonée ?

L’hydrogène est considéré comme un atout majeur dans la démarche de décarbonation des économies, notamment en Europe qui s’est fixée pour objectif la neutralité carbone pour 2050, décrétant l’hydrogène propre comme une priorité. 

L’hydrogène va permette de révolutionner nos transports, responsables de 20 % des rejets de CO2. « L’hydrogène est complémentaire aux batteries, au niveau des usages et du véhicule, explique Mathieu Gardies, fondateur de Hype. L’hydrogène apporte des réponses à la mobilité lourde et aux usages intensifs. Chez Hype, pour que ces perspectives deviennent une réalité, nous avons identifié un business case pertinent et scalable autour d’une activité de taxis hydrogène. » 

Chez Renault-Nissan-Mitsubishi, la mobilité durable et inclusive est un sujet au cœur de la stratégie du groupe depuis toujours et qui se renforce actuellement. « Nous sommes pionniers dans l’électrification du transport depuis plus d’une dizaine d’années avec différents véhicules électriques et hybrides, explique Cyrille Lenain, program manager chez Renault-Nissan-Mitsubishi. Certains usages ne sont pas couverts par des véhicules batteries de propulsion : le transport de passagers, de marchandises, les usages professionnels intensifs… Pour ces usages, l’hydrogène a un rôle à jouer. Nous souhaitons accélérer notre politique hydrogène. Nous créons actuellement une joint-venture avec une entreprise américaine spécialisée dans l’hydrogène pour produire en France des systèmes qui permettront d’électrifier avec un complément hydrogène nos véhicules et de promouvoir le développement des écosystèmes complet. »

Que représentent les investissements dans la mobilité hydrogène ?

Pour son développement l’hydrogène doit faire face à plusieurs problématiques et en particulier son coût. « Aujourd’hui, l’hydrogène vert se marie bien avec l’évolution des énergies renouvelables dont le coût d’utilisation a baissé de près de 90 % cette dernière décennie, précise Thomas Guennegues, CFA, Senior Equity Analyst chez Robeco. Nous attendons encore une baisse de coût de près de 50 % sur la prochaine décennie. Cela dépendra des dynamiques et des plans d’investissements. En France, le plan de 7 milliards d’euros est axé autour de l’émergence d’une filière française de l’électrolyse mais aussi autour de la mobilité lourde. Beaucoup d’autres pays se lancent dans cette économie de l’hydrogène comme le Japon, la Corée, la Chine, l’Australie, le Qatar…. A ce titre, nous voyons apparaître des opportunités d’investissements dans les compagnies listées sur les échanges principaux mondiaux dans l’intégralité de la chaîne de valeur, et pour lesquels nous pouvons prévoir une très forte croissance. » 

« L’hydrogène peut réduire les émissions de CO2 dans l’industrie et le transport, précise pour sa part Pierre Abadie, Co-Head Energy Transition Practice – Private Equity – Executive Director chez Tikehau Capital. Au sein de notre fonds de transition énergétique, nous regardons toutes ces activités et en particulier l’hydrogène. Nous avons ainsi un fonds qui vise à répondre à l’urgence climatique. Nous avons ainsi identifié 211 projets crédibles pour environ 340 milliards d’euros à horizon 2025. Sur horizon de 2022/2023 nous avons identifié 54 projets dont 11 autour de la mobilité mature et économiquement les plus solides. Il faut router assez de capitaux pour développer suffisamment d’infrastructures. Aujourd’hui il faut passer à de la finance quantique. »