Stratégie

Fabrice Imbault, directeur général d’A Plus Finance

«Nos principales activités intègrent désormais une dimension d’impact sociétal»

Option Finance - 4 décembre 2020 - Parole d'expert

Crise sanitaire, Private Equity, Immobilier

Fabrice Imbault, directeur général d’A Plus Finance, détaille l’évolution du positionnement de sa société et présente les défis à relever dans le contexte de crise sanitaire.

Comment votre activité de private equity se tourne-t-elle vers la gestion à impact ?

L’an passé nous avons mis en place, en collaboration avec la Chambre régionale des entreprises de l’économie sociale et solidaire de Provence-Alpes-Côte d’Azur (CRESS PACA), un fonds professionnel nommé «InvESS’t Paca». Le closing de ce fonds, qui s’élève à 10 millions d’euros, a été réalisé fin 2019. C’est une étape importante pour A Plus Finance car elle marque l’incursion de notre société dans le financement de l’économie sociale et solidaire. Un certain nombre de projets combinant haut potentiel d’innovation, impact social et sociétal et efficacité économique ont été étudiés pour faire nos premiers investissements d’ici la fin de l’année. Nous souhaitons accompagner ainsi, au cœur des territoires, des entreprises qui créent de l’emploi dans des secteurs aussi variés que l’agriculture, la santé, le tourisme, la mobilité, l’environnement, le traitement des déchets ou l’économie circulaire. Notre initiative a été soutenue par des investisseurs institutionnels de référence tels que le groupe Aesio, Aviva, la Banque des Territoires (Groupe Caisse des Dépôts) et BNP Paribas.Nous avons l’ambition de reproduire ce schéma dans d’autres régions, notamment en Nouvelle-Aquitaine, grâce à l’ouverture de notre bureau à Bordeaux en 2019.

Quelles autres initiatives avez-vous lancées pour accompagner les PME ?

Toujours dans notre activité de private equity, nous avons lancé un nouveau véhicule destiné à accompagner les entreprises en phase de transformation environnementale, sociale ou digitale. Il est en cours de levée auprès d’institutionnels, avec un objectif d’une centaine de millions d’euros.Au-delà des seules considérations financières, aborder ces mutations est essentiel au développement et même à la survie des PME. Sur le plan environnemental, certains grands donneurs d’ordres ont, par exemple, choisi d’atteindre la neutralité carbone à un horizon donné et, à ce titre, imposent des contraintes fortes à leurs fournisseurs. Ces derniers doivent parfois revoir une partie de leur chaîne de production. Sur le plan social, la plus grande problématique des PME en France est d’attirer les talents et de les garder. Par conséquent elles doivent réfléchir à faire évoluer leur gouvernance, à établir un partage de la valeur, un actionnariat salarié, etc.Toutes ces mutations créatrices de valeurs financières mais aussi extra-financières nécessitent des fonds propres et l’objectif de l’équipe de gestion est d’accompagner ces entrepreneurs dans leur transformation. Comme pour notre fonds sur l’ESS, nous allons aussi travailler avec un outil dédié pour mesurer dans le temps les critères d’impacts dans chaque domaine.Ce véhicule concernera des PME sur tout le sud de la France grâce à nos implantations à Marseille, Bordeaux soutenues par le siège à Paris.

Pourquoi cette approche régionale est-elle essentielle ?

Nous avons la volonté très claire de développer nos implantations dans les territoires car la proximité avec un ensemble d’intervenants locaux, qui se sont structurés ces dernières années, est essentielle. Ils proposent aux entrepreneurs, basés en régions, tous les outils et compétences nécessaires.La création des grandes régions, il y a quelques années, a favorisé l’existence d’écosystèmes beaucoup plus efficients, que ce soit à travers les financements (organismes publics et acteurs privés) ou sur le plan du conseil (à travers l’intervention des commissaires aux comptes, avocats, conseils en levée de fonds, M&A…). Etre au plus près de tous ces écosystèmes renforce, au final, notre proximité avec les entrepreneurs.

Comment développez-vous votre deuxième activité principale, l’immobilier ?

A Plus Finance est la première société de gestion à avoir créé, dès 2012, un fonds dédié aux résidences services non médicalisées pour seniors. Nous avons fait construire 26 résidences et déployé plus de 450 millions d’euros.Nous réalisons actuellement la levée de fonds de «Génération 3», troisième millésime de l’OPPCI dédié aux investisseurs institutionnels. La cession de notre premier millésime dans de très bonnes conditions a fini de crédibiliser notre démarche puisque nous sommes aujourd’hui la seule équipe à avoir fait un cycle complet de gestion en démontrant que ce segment spécifique de l’immobilier reposait sur un marché profond et créateur de valeur. Cette activité est portée par une très forte demande en France, où il existe un retard manifeste dans le développement de l’offre de logements destinés aux seniors valides mais fragilisés. En Angleterre, le taux d’équipement par rapport à la population cible atteint 5 %, en Allemagne 7 %, alors qu’en France il est limité à 1,5 %. De plus, du fait du vieillissement de la population, la France comptera près de 6 millions de seniors supplémentaires d’ici 2035. La résidence gérée s’inscrit, enfin, dans une demande renforcée pour des services de qualité, qui sécurisent aussi les proches des résidents seniors.Nous bénéficions de notre statut de précurseur dans ce domaine, ce qui nous a permis de développer une solide vision du secteur tout en consolidant nos liens avec les promoteurs et les exploitants. De fait, nous avons accès à un deal flow très important.

A Plus Finance, une société de gestion indépendante créée en 1998

La société est agréée AIFM (alternative investment fund manager) par l’AMF depuis 2014. Elle gère 700 millions d’euros d’actifs, essentiellement pour le compte d’institutionnels, et regroupe 20 collaborateurs.

A Plus Finance intervient dans quatre domaines : le financement des PME (à travers le capital-développement, la transmission et l’investissement dans des entreprises innovantes), l’immobilier par la structuration de fonds dédiés aux résidences services seniors, le financement du cinéma et de l’audiovisuel et, enfin, la multigestion.

Comment expliquez-vous l’appétence plus forte des institutionnels pour le résidentiel, et plus particulièrement les résidences gérées ?

L’attrait de ce segment de l’immobilier s’est renforcé pour deux raisons principales : les taux de capitalisation des bureaux et commerces ont reculé, ce qui a restreint le différentiel de taux et le rend donc plus compétitif en termes de risque rendement. Par ailleurs, les résidences seniors non médicalisées ont démontré leur grande résilience pendant la crise sanitaire et sortent renforcées face à d’autres segments comme le bureau ou le commerce qui entrent dans une période d’incertitude qui aboutira sûrement à des changements structurels importants.Aux atouts du résidentiel dans son ensemble, il faut ajouter les avantages du résidentiel géré. Dans ce modèle, la résidence est donnée en exploitation à travers un bail commercial. De plus, les exploitants qui délivrent des services s’appuient sur une population de seniors dont les revenus ne dépendent pas du contexte économique, ce qui renforce le modèle aux yeux des investisseurs. Par ailleurs, les institutionnels sont particulièrement sensibles à l’impact sociétal de cette thématique immobilière. La mise en place d’une nouvelle résidence permet la création d’emplois permanents, assure un très grand nombre d’heures de travail au secteur du bâtiment et permet surtout le maintien à domicile des seniors, ce qui ralentit leur entrée en dépendance.Le segment de l’immobilier géré prend donc de plus en plus de place dans les allocations d’actifs et devrait continuer à progresser dans les années à venir avec le développement d’autres segments comme le coworking ou le coliving.

Quels sont les points de vigilance pour l’avenir ?

La crise sanitaire qui durera encore plusieurs mois va inévitablement créer de nouveaux usages et des habitudes de consommation différentes.Le développement du commerce en ligne ou l’essor du télétravail font peser de grandes incertitudes sur les plus gros segments de l’immobilier. Même si nous n’y participons pas, ce sont des éléments de fragilité auxquels nos investisseurs sont très sensibles.Dans le private equity, les incertitudes existent également car l’économie est aujourd’hui sous perfusion. Les mesures gouvernementales sont un formidable amortisseur pour traverser la crise, néanmoins beaucoup s’accordent à dire que la reprise ne sera pas en V mais plutôt en K avec certains secteurs qui sortiront très renforcés et d’autres durablement impactés.Ceci dit, nous sommes confiants car nos projets sont cohérents avec le temps long. Que ce soit en immobilier ou en financement des PME, nous accompagnons une tendance de fond où les investissements doivent maintenant être aussi porteurs de sens en ne se limitant pas à la seule création de valeur financière mais en accélérant les évolutions sociétales et environnementales. En ce sens, je pense que la crise sanitaire que nous traversons est un formidable accélérateur de cette tendance.

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