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ESG - Les acteurs poussent à la standardisation

Option Finance - 24 avril 2020 - Propos recueillis par Sandra Sebag

ESG

Face à l’avalanche réglementaire qui se profile en matière d’ESG et de climat, les gérants comme les investisseurs institutionnels prônent une plus grande standardisation des approches mises en place. Pour autant, celle-ci ne s’oppose pas à l’innovation qui reste soutenue pour faciliter l’accès aux données, renforcer la pertinence des dispositifs et surtout pour créer de nouveaux produits avec des profils marqués. Les initiatives devraient ainsi être nombreuses dans les prochains mois dans un secteur qui gagne en maturité et en expertise. Enfin, les participants au Grand Débat d’Option Finance espèrent que la crise sanitaire fera émerger de nouveaux sujets de discussion avec les entreprises et mettra en lumière la nécessité de généraliser les politiques de RSE.

En matière d’ESG, quels sont les chantiers en cours ? S’appuient-ils sur l’innovation ?

Matthieu Guignard, responsable du développement des produits et du capital market – Amundi ETF, Indexing & Smart Beta : Amundi a annoncé fin 2018 un plan d’actions à trois ans visant à amplifier ses engagements dans l’investissement responsable avec notamment un objectif de généralisation de la prise en compte des critères ESG dans les politiques d’investissement et de vote. La plateforme de gestion passive s’inscrit pleinement dans cette ambition. Si le développement de solutions indicielles responsables est une priorité forte depuis déjà plusieurs années, nous souhaitons aujourd’hui aller encore plus loin avec l’élargissement de notre offre de fonds ouverts. Nous prévoyons ainsi le lancement de nouveaux ETF dans les prochaines semaines de manière à couvrir les principales classes d’actifs et zones géographiques pour une allocation de portefeuille diversifiée. En parallèle de l’élargissement de notre offre de fonds ouverts, nous continuons à accompagner nos clients via des solutions d’investissement sur mesure à travers des mandats ou des fonds dédiés. Nous observons en particulier une demande forte pour notre expertise climat et pour l’offre de «décarbonisation» sur mesure qui est d’ores et déjà proposée et mise en place pour de nombreux clients, que ce soit dans de nouveaux mandats ou dans leurs portefeuilles existants. Ce que nous observons en particulier à travers nos échanges avec de nombreux investisseurs, qu’ils soient institutionnels, gérants de portefeuille ou distributeurs, c’est qu’il existe aujourd’hui une grande variété d’approches et de philosophies en matière d’investissement responsable. La force d’Amundi, en tant que partenaire et fournisseur de solutions, c’est d’être en mesure de répondre à la demande de nos clients avec des produits ou des solutions reflétant ces approches variées et en tenant compte par exemple de leurs contraintes en matière de tracking error souhaitée.

Joël Prohin, directeur du pôle gestion des portefeuilles de la Caisse des Dépôts (CDC) au sein de la direction des gestions d’actifs : Les chantiers en cours sont nombreux. En 2019, nous avons mis en place un portefeuille expérimental sur les ODD (Objectifs du développement durable de l’ONU) et, si cette expérience est concluante, nous devrions l’étendre à des volumes d’encours plus importants. Autre exemple : nous avons adhéré comme membre fondateur à «United Nations Net Zero Asset Owner Alliance». Ce groupement compte plus de 20 grands investisseurs institutionnels mondiaux qui se sont engagés à ce que leurs portefeuilles émettent zéro carbone d’ici 2050. Cette initiative repose sur des groupes de travail multiples qui nous permettent de définir une stratégie commune pour atteindre cet objectif. Il ne doit pas l’être en excluant les grands secteurs émetteurs, mais en étant en prise avec l’économie réelle afin de l’orienter vers une trajectoire qui soit compatible avec un objectif de réchauffement climatique limité à 1,5 degré.

Ama Seery, analyste extra-financier et spécialiste du développement durable chez Janus Henderson : L’année dernière, dans notre Rapport annuel sur le développement durable, nous avons publié la contribution du portefeuille, en pourcentage, à chaque ODD. Les résultats ont aussi été présentés lors de l’événement organisé par Option Finance en décembre, avec une explication détaillée de notre méthodologie. Nous sommes également membres fondateurs de l’initiative Net-Zero Carbon 10 target (NZC10). A l’heure actuelle, l’objectif fixé est de parvenir à ce que 10 % ou plus des actifs du portefeuille soient investis dans des entreprises qui sont neutres en carbone (émissions nettes de carbone nulles), ou qui mettent en œuvre des stratégies réalistes utilisant les technologies actuelles pour parvenir à des émissions nettes de carbone nulles d’ici 2030, le gérant du fonds s’engageant activement auprès des entreprises pour y parvenir. Le portefeuille dépasse déjà cet objectif. Cette initiative est complémentaire de celle des Nations unies, la Net Zero Asset Owners Alliance.

Nicolas Fournier, co-fondateur de Sequantis : Nous travaillons pour une cinquantaine de clients institutionnels, principalement des mutuelles et des compagnies d’assurances. Ces clients travaillent avec nous sur différentes problématiques. La première porte sur la «transparisation» des fonds, ils sont nombreux dans ce cadre à nous demander d’établir une note ESG qui soit normalisée pour l’ensemble de leurs portefeuilles. Il existe en effet une multitude d’agences extra-financières avec des approches spécifiques, et de même, chaque gérant d’actifs développe sa propre méthodologie. De ce fait, il est complexe pour un institutionnel de comparer des notes ESG. Un autre chantier sur lequel nous travaillons depuis l’an dernier relève des stress tests climatiques. Ces derniers ont été initiés par la Banque d’Angleterre qui a demandé ce calcul sur la base du volontariat aux compagnies d’assurances et aux mutuelles. Nous nous sommes penchés sur le sujet et nous nous sommes rendu compte que l’analyse d’un portefeuille institutionnel tel que nous la faisions jusqu’à maintenant ne suffisait plus. Il faut non seulement «transpariser» tous les fonds et l’ensemble des instruments utilisés, y compris les produits dérivés, mais aussi détailler les composantes de chaque entreprise. Si on prend l’exemple d’Arcelor Mittal, cette société intervient dans l’acier, le charbon, elle procède à de l’extraction, à la fabrication de fer, d’acier brut, elle possède aussi une flotte de bateaux et des ports. Des activités différentes avec une empreinte climatique différente. Cette décomposition par activité est nécessaire pour établir un stress test climatique, elle devra aussi à terme intégrer la localisation de chaque entité.

Florent Deixonne, responsable de l’investissement socialement responsable chez Lyxor AM : Nos équipes couvrent à peu près toutes les classes d’actifs à travers différentes méthodologies. Nous essayons dans ce cadre de développer des approches innovantes afin de nous différencier sur le marché et de répondre aux problématiques des investisseurs qui sont très diverses. Il faut en effet souligner que lorsque l’on s’adresse à un institutionnel, à un fonds souverain ou à une banque privée, les attentes et les motivations ne sont pas les mêmes. Les typologies de clients sont très diverses. Enfin, il ne faut pas sous-estimer les différenciations géographiques car les cultures et les maturités sont différentes. Un client américain aura une vision différente de celle d’un client asiatique ou venant de l’Europe du Nord. D’ailleurs, ces appréciations différentes ont entraîné un certain manque de cohérence en termes de sémantique vis-à-vis de l’ESG ces dernières années, mais celle-ci est en train de se normaliser notamment grâce aux réglementations.

Isabelle Combarel, directrice générale adjointe chez SWEN Capital Partners : Cette différenciation porte aussi sur les classes d’actifs. Certaines disposent d’un plus long historique et d’une plus grande maturité que d’autres. Les acteurs spécialisés dans le non-coté se sont intéressés à l’ESG plus tardivement à partir de 2012 avec une accélération en 2017. Ces avancées butent sur une difficulté : l’accès aux données. En 2012, nous ne disposions d’aucune donnée extra-financière communiquée par les entreprises, il a fallu aller les chercher. Les rares acteurs intéressés ont ainsi développé une approche spécifique. Mais désormais, il faut mettre en œuvre progressivement une certaine standardisation car nous nous adressons à des institutionnels qui travaillent avec de nombreux prestataires et ont besoin de reportings homogènes. En ce sens, nous avons notamment harmonisé nos questionnaires ESG annuels avec d’autres investisseurs institutionnels de renom (CDC, BPI et Idinvest) au sein d’un groupe de travail de la Commission ESG de France Invest. L’innovation dans nos métiers porte ainsi à la fois sur les produits que nous gérons et sur l’accès aux données. Nous avons constitué en sept ans une base de données conséquente sur l’ensemble des entreprises non cotées européennes que nous finançons directement ou indirectement. Nous pouvons grâce à cela calculer nos propres benchmarks extra-financiers. Nous avons complété ces analyses par la mise en place d’un dispositif de suivi des controverses au quotidien qui s’appuie sur des alertes «Google» et des prestataires externes, et qui nous permet, tous les matins, d’analyser toutes les nouvelles concernant nos participations. Nous ciblons ici plus particulièrement le risque de réputation. Ces outils sont importants car les informations sont seulement trimestrielles dans le non-coté, il existe ainsi un décalage dans l’accès à l’information, qu’elle soit positive ou négative. Nous travaillons aussi sur le risque climat. Nous sommes conscients que nous allons devoir à terme fournir des stress tests sur le climat. Nous cherchons à intégrer ces problématiques liées au climat à nos référentiels de données. Nous allons par exemple collecter toutes les adresses des sites industriels de nos participations pour mieux évaluer notre risque physique. Enfin de manière plus large, nous cherchons en permanence à mieux mesurer notre degré d’alignement à la transition écologique et énergétique. C’est notamment dans cette optique que SWEN Capital Partners a décidé de rejoindre en 2020 la NEC initiative pour déployer cette méthodologie open source d’empreinte environnementale. Ces innovations méthodologiques sont au service du client et elles s’accompagnent du lancement de nouveaux produits. Nous avons par exemple récemment créé un nouveau fonds d’impact sur le financement du biogaz en France.

Joël Prohin : En complément de ce qui vient d’être dit, il est vrai que les équipes qui travaillent dans les grandes entreprises cotées sont mieux dotées en termes d’expertise et de nombre de collaborateurs que les entreprises plus petites que l’on retrouve dans les portefeuilles d’actifs non cotés. En revanche, en matière de périodicité, il n’y a pas de différences, il serait vain de raisonner sur des données extra-financières avec des périodicités inférieures à l’année. Il est par ailleurs sans doute nécessaire d’accompagner davantage les entreprises non cotées dans leur imprégnation de ces sujets. Le rôle des sociétés de gestion en termes de pédagogie est crucial. Par rapport à l’innovation produits, avec une douzaine d’investisseurs institutionnels, nous nous sommes réunis en fin d’année dernière et avons demandé aux gérants de la place de Paris de candidater à un appel d’offres pour trois fonds : deux fonds investis sur les actions européennes et un fonds investi sur la dette européenne notée investment grade, qui présenteraient une méthodologie en cohérence avec l’accord de Paris. Nous avons décidé de réunir toute la place afin de demander aux gérants quelles méthodologies ils proposeraient pour s’inscrire dans les objectifs de l’accord de Paris.  Cette mise en concurrence a été extrêmement bien reçue par la place, nous avons reçu près de cinquante réponses de la part de trente-cinq sociétés de gestion. Cette mobilisation est donc déjà un succès. Et il n’y aura certes que trois gagnants, mais le temps passé par chacun n’est pas perdu car il aura permis de préciser les méthodologies utilisées et d’avancer sur ce sujet crucial du climat. Ce projet a bien avancé et nous devrions être actuellement dans la phase de second tour permettant de désigner les sociétés qui vont passer l’oral, mais la crise sanitaire nous a conduits à repousser cette étape de quelques semaines. Nous tenons en effet à ce que les candidats retenus passent à l’oral. Lorsque les trois candidats finaux seront retenus, nous nous laissons le temps (trois ans) pour évaluer les méthodologies.


Comment évaluer la pertinence d’une méthode ?

Nicolas Fournier : Cette question n’est pas simple. Comment construire aujourd’hui un portefeuille qui permette de contenir le réchauffement climatique ? Si on prend l’exemple de l’Allemagne, ce pays utilise de nombreuses centrales à charbon, elle va devoir les fermer et s’appuyer sur d’autres sources d’énergie. De nombreux chantiers vont devoir être mis en œuvre pour assurer cette transition, ce qui va se traduire dans un premier temps par un accroissement des émissions de carbone. Pour décarboner à terme, il faut émettre plus de carbone à court terme. A travers cet exemple, nous pouvons constater que la problématique de la lutte contre le réchauffement climatique est complexe. Les fonds à bas carbone ne permettent pas forcément de décarboner les économies, un fonds ESG peut le faire, mais pas tous… Pour évaluer une méthode, il faut partir d’un objectif et savoir comment nous le mesurons.

Isabelle Combarel : Il est important pour évaluer une méthodologie de mener des due diligences approfondies. Nous regardons la robustesse scientifique et son adaptabilité aux actifs non cotés, nous cherchons aussi à savoir si elle s’inscrit dans les attentes du plus grand nombre, notamment si elle permet de fédérer d’autres acteurs. Nous travaillons à ce titre sur la NEC Initiative élaborée par Sycomore il y a cinq ans pour les actifs cotés et cherchons à décliner cette mesure dans l’univers non coté. Celle-ci a l’avantage d’être en cohérence avec la taxonomie européenne.

Florent Deixonne : La pertinence d’une intégration ESG se juge sur la capacité à en faire un objectif de gestion à part entière. Cela doit aussi se traduire par une transparence totale grâce à des reportings extra-financiers de qualité, incluant des mesures qui matérialisent la prise en compte de ces critères extra-financiers.

Matthieu Guignard : Quelle que soit l’approche responsable retenue et son intensité, la gestion passive présente l’avantage d’avoir une méthodologie de construction, via la réplication d’un indice, totalement transparente. L’investisseur est alors assuré d’atteindre les objectifs qu’il s’est fixés en matière d’ESG. La problématique de la performance reste un élément central. Un certain nombre d’études, notamment publiées par la recherche d’Amundi, montrent que les portefeuilles surpondérés sur les titres à forte performance ESG enregistrent un impact positif sur leur performance. Ce phénomène peut s’expliquer notamment par une meilleure gestion des risques de gouvernance ou des risques climatiques dans les indices responsables.


Les produits lancés actuellement vont au-delà de l’ESG, est-il nécessaire de mettre l’accent sur des thématiques pour convaincre les investisseurs ?

Nicolas Fournier : Tout le monde commence à se rendre compte des limites de l’ESG. Les critères liés au social et à la gouvernance sont très pertinents, mais ceux liés à l’environnement posent problème. Prenons un exemple : MSCI note de la même manière EDF et RWE, mais l’électricien allemand produit près de 50 % de son électricité grâce au charbon, ce qui n’est pas du tout le cas d’EDF qui s’appuie sur le nucléaire et possède l’électricité la moins carbonée au monde. Du point de vue du climat, les profils de ces entreprises sont très différents. Pourtant, ils ont la même note. Autre exemple : Tesla. Cette entreprise américaine est notée très différemment d’une agence à l’autre. Certaines considèrent qu’en tant que spécialiste de la voiture électrique, sa note doit être très bonne, d’autres que les batteries utilisées sont polluantes. Beaucoup d’investisseurs commencent à prendre conscience de ces contradictions et estiment que la note ESG n’est plus suffisante, il faut aller regarder le détail des notes. Cela explique le développement des fonds à impact et des fonds climat dont la vocation première n’est plus l’ESG.

Florent Deixonne : D’après nos observations, le marché évolue selon trois tendances. La première considère l’émergence et le développement de produits monothématiques qui s’appuient sur les Objectifs de développement durable (ODD), parfois cumulés à la notion d’impact. Ces produits vont se développer car il s’agit d’exposition pure et ils sont intéressants à ce titre car clairs et pertinents par rapport à une problématique liée au développement durable. Cependant, il convient de faire attention à ne pas tomber dans l’«ODD washing» ni dans l’«impact washing» qui pourraient décrédibiliser la finance. 

La deuxième tendance considère l’émergence de stratégies dites «momentum» qui parient sur l’amélioration de la note ESG d’une entreprise. Cette vision dynamique est positive car elle s’inscrit dans une démarche de progrès et est moins binaire quant à l’analyse des sociétés. Nous avons d’ailleurs lancé chez Lyxor en 2018 une gamme qui utilise cette approche. Elle repose sur la mesure de l’évolution des scores ESG qu’il s’agisse d’amélioration ou de dégradation sur un an. Elle crée alors une sélection positive dynamique. Enfin, la troisième tendance porte sur les produits liés à la thématique du climat. Chez Lyxor, nous anticipons l’arrivée d’un tsunami lié à la diffusion des températures des portefeuilles. Il est désormais possible de calculer l’alignement ou le non-alignement climatique de tous les grands indices de marché connus. Tous les grands indices de référence utilisés par les investisseurs institutionnels affichent des scénarios de l’ordre de 4 ou 5 degrés de réchauffement, et ça, c’est une mauvaise surprise pour ces derniers. Si les politiques d’investissement responsable restent complexes à comprendre, il est relativement facile par contre de comprendre une notion de température et d’en tirer les conséquences. L’Union européenne, avec la création de la taxonomie et des benchmarks, va mettre en exergue des indices qui respectent les accords de Paris (Paris Aligned Benchmark et Climate Transition Benchmark) et aura pour effet indirect la stigmatisation des indices et des portefeuilles «sales». Ce tsunami attendu est positif car il va permettre la création de nouveaux véhicules d’investissement innovants. Vous avez cité un exemple avec l’initiative de place sur les fonds «climat». Dans les semaines qui viennent, de nouveaux produits indexés sur les indices créés par l’UE vont être lancés, produits qui afficheront des trajectoires de décarbonation.

Matthieu Guignard : Nous notons en effet un intérêt croissant des investisseurs pour des thématiques plus précises, et en particulier pour des solutions ayant un impact direct sur le réchauffement climatique. Cet intérêt pour les solutions climat trouve son écho dans la nouvelle réglementation européenne mise en place en 2019. Celle-ci a en effet créé des labels PAB (Paris Aligned Benchmark) et CTB (Climate Transition Benchmark) pour les indices qui respectent des contraintes spécifiques permettant d’avoir un impact positif sur le changement climatique. Cette réglementation positionne également la gestion indicielle comme un outil indispensable pour participer à la transition énergétique. En tant que pionnier sur les solutions indicielles bas carbone, nous saluons ces initiatives et l’élargissement de nos solutions d’investissement responsable inclura forcément une offre sur ces indices qui offrent aux investisseurs la lecture la plus claire possible de leur engagement sur le climat et une lisibilité au niveau européen.

Ama Seery : Nous sommes de fervents partisans de la transparence en ce qui concerne notre méthodologie et notre portefeuille. C’est pourquoi, chaque trimestre, nous publions un rapport sur les actions à impact positif qui présente en détail les valeurs détenues dans notre portefeuille ainsi que les arguments qui justifient leur inclusion. En outre, nous publions un rapport trimestriel sur nos pratiques en matière de vote et d’engagement afin de rendre transparents nos échanges avec les entreprises et notre façon de voter. Nous publions également nos principes d’investissement, qui sont révisés chaque année. Enfin, nous publions un rapport annuel sur le développement durable qui comprend des indicateurs d’impact relatifs au fonds. Cette transparence est essentielle pour convaincre les investisseurs du bien-fondé de notre méthodologie, elle fait le lien entre une approche ESG et la notion d’impact et montre notre implication, notamment à travers les ODD.


Faut-il opposer les initiatives qui cherchent à standardiser les produits et l’innovation ?

Joël Prohin : Sur l’opposition entre standardisation et innovation, j’aimerais attirer l’attention sur le rapport que Patrick de Cambourg a remis l’an dernier à Bruno Le Maire et qui plaidait pour la standardisation des indicateurs ESG. Ce rapport a ensuite été transmis à la Commission européenne (UE) et devrait inspirer la révision de la directive sur le reporting non financier. Nous voyions bien qu’émerge pour les trois grandes familles de critères, E, S et G, une volonté d’élaborer des indicateurs normés qui puissent s’appuyer sur un corpus solide. Ce dernier doit être en cohérence avec l’approche européenne et ne pas laisser le champ libre aux Anglo-Saxons qui pourraient alors imposer leurs propres normes. Rappelons que les agences extra-financières sont presque toutes passées sous pavillon américain. La défense de la souveraineté européenne est en jeu dans ces débats.

Par ailleurs, les avancées en matière d’ESG doivent être un mixte entre standardisation et innovation. Ces deux notions ne s’opposent pas toujours. Depuis plusieurs années, la plupart d’entre nous mesurons l’intensité carbone de nos portefeuilles avec toutes les limites que nous connaissons à cet indicateur, mais cette mesure néanmoins a permis de faire émerger le sujet à un niveau qui le rend incontournable. Il faut constituer un socle commun simple afin d’embarquer tout le monde et de donner de la visibilité et, en parallèle, il faut encourager des innovations plus fines dans leur approche, qui permettent de faire avancer le sujet de façon subtile. A titre d’exemple, en ce qui nous concerne, nous pouvons reprendre les notations des grandes agences, mais nous les analysons, nous les complétons avec nos propres analyses qui s’inscrivent dans les valeurs de la Caisse des Dépôts et ensuite nous calculons un score final qui permet d’engager un dialogue avec les entreprises. Les notes des agences constituent le socle commun à partir duquel nous développons une approche spécifique.

Matthieu Guignard : Chez Amundi, nous ne voyons pas non plus de contradiction. Nous considérons que ce qui doit avant tout primer, c’est la transparence et la robustesse des méthodologies. Par ailleurs, nous croyons qu’il n’y a pas de solution unique et standard qui pourra répondre aux différents besoins des investisseurs. En tant que fournisseur de solutions, nous nous engageons à développer des outils simples et prêts à l’emploi qui les aideront à mettre en œuvre facilement leur stratégie ESG en fonction de leurs objectifs et contraintes et du niveau d’intensité ESG qu’ils souhaitent mettre en œuvre dans leurs portefeuilles. C’est pourquoi nous avons construit notre gamme ETF sur la base d’une approche holistique et pragmatique.

Florent Deixonne : Nous sommes convaincus que la standardisation via la réglementation et l’innovation coexisteront. Mais il faut par ailleurs mettre en exergue le rôle de la gestion des données qui est cruciale pour améliorer la substance de l’intégration ESG et les problématiques climatiques. La donnée est le triangle des Bermudes du gérant d’actifs. Beaucoup de données circulent, le défi est de trouver les bonnes, au bon format, et de savoir les utiliser. Nous savons que la croissance du nombre de données a été soutenue par la réglementation, en particulier en Europe. Mais la multiplication la rend complexe. La comprendre et la manipuler relève d’une véritable expertise... Nous sommes de ce fait persuadés chez Lyxor qu’il faut établir des partenariats avec des fournisseurs de données extra-financières (grands ou petits acteurs, spécialisés, etc.) qui emploient des spécialistes de la donnée. Cela ne nous exonère bien évidemment pas de la comprendre et de la maîtriser afin de l’exploiter pour que le gérant puisse in fine l’utiliser afin d’exprimer ses convictions futures. Les fournisseurs de données doivent de leur côté fournir une analyse substantielle et cohérente. Nous appelons de nos vœux que ces derniers soient mieux régulés. Au final, le schéma optimal devrait rassembler des fournisseurs de données généralistes, des spécialistes des controverses, des agences très spécialisées ainsi que des start-ups et fintechs, qui accompagnent le gérant. Ce dernier doit s’appuyer sur tout un réseau qui lui apporte la matière première composée de signaux partagés et de signaux faibles afin d’élaborer ses convictions et de mettre en place une politique d’engagement auprès des entreprises.

Isabelle Combarel : Dans l’univers du non-coté, les fournisseurs de données n’existent pas ou sont très peu nombreux. Chaque gérant constitue sa propre base de données ESG. Nous attendons de l’innovation dans ce domaine de la part de start-ups qui pourraient s’emparer de cette problématique. Cette évolution est d’autant plus importante qu’aujourd’hui, les investisseurs institutionnels ne font plus de différence entre leurs attentes sur les actifs cotés et sur les actifs non cotés. De même, la réglementation s’applique de la même manière. Nous avons besoin d’organiser les données dans le domaine extra-financier voire aussi dans le domaine financier.

Florent Deixonne : Une problématique, apparue il y a quelques années, devient un vrai problème à ce jour : la multiplication auprès des entreprises des demandes d’information de la part d’agences extra-financières, mais aussi des investisseurs. Si les grandes entreprises font déjà le choix de ne pas répondre à toutes les demandes, les petites entreprises, avec moins de ressources pour le faire, sont totalement dépassées. Les PME et ETI que nous suivons nous disent recevoir jusqu’à 30 questionnaires, sans avoir le temps d’y répondre. Le vrai sujet est celui d’un système où tout le monde est noté par l’autre. Dans un avenir proche, le marché va devoir innover pour trouver une solution à cela.

Isabelle Combarel : Au niveau des entreprises que nous finançons, il y a quelques années, nous n’étions que quelques acteurs à les interroger sur ces sujets, mais maintenant, les demandes sont multiples. Les entreprises s’en plaignent et trouvent cela ingérable. Notre association professionnelle, France Invest, s’est saisie de cette problématique. Nous avons harmonisé l’ensemble des questionnaires ESG de la Caisse des Dépôts, de la BPI, d’Idinvest et de SWEN Capital Partners. Depuis deux ans, nous disposons des mêmes questionnaires extra-financiers. La révolution est entamée, mais elle n’est pas terminée. Ces questionnaires sont certes identiques mais ils sont «remontés» de façon différente par le biais d’outils distincts. Il reste donc encore de la place à de l’innovation !

Ama Seery : L’existence de différentes normes est révélatrice du fait que le secteur financier a perdu la confiance de sa clientèle en matière d’ESG. Cela est désolant, car les questions liées aux enjeux ESG, comme le changement climatique, l’efficacité des ressources, le vieillissement de la population et la croissance démographique, sont trop nombreuses et trop importantes. Le fait qu’une tierce partie doive nous réglementer devrait vraiment nous faire réfléchir à ce que nous pouvons faire, en tant qu’industrie, pour lutter contre le greenwashing et restaurer la confiance du client. Notre stratégie y parvient grâce à sa longévité dans ce domaine, puisque cela fait 29 ans que nous la pratiquons, et grâce à des normes élevées en matière d’engagement, de transparence et de mesure. Nous avons réussi à satisfaire à diverses normes, y compris le label ISR, et cela n’a pas entravé notre capacité à innover.


Quel est le rôle de la réglementation et des initiatives de place ? Agissent-elles comme des facilitateurs ou sont-elles la source de nouvelles contraintes ?

Florent Deixonne : En France, nous sommes déjà soumis à des réglementations à connotation ESG depuis 2010. A cela s’ajoutent les doctrines de l’Autorité des marchés financiers (AMF). Maintenant, une troisième couche de réglementation va être également ajoutée au niveau européen. L’Union européenne prépare actuellement – ce que je nommais précédemment un «tsunami réglementaire» à travers la taxonomie – la directive benchmark ou encore les modifications des directives Ucits et AIFM. Il existera donc trois niveaux de réglementation qui obligent les acteurs à intégrer une taxonomie, à publier un grand nombre d’informations et à établir de nombreux reportings. Elles vont aussi imposer à travers les indices «climat» des normes très précises ou encore la nécessité de prendre en compte le risque ESG au même titre que les autres risques comme la liquidité par exemple. Si nous comparons les réglementations qui s’imposent à l’Europe et celles qui existent en Amérique ou en Asie, leur nombre est bien plus élevé. D’une certaine façon, cela est positif car elles permettent de lutter contre le «greenwashing» et de faire de l’Europe un leader sur ces sujets. Mais il faut ainsi prendre garde à ce que celles-ci n’affectent pas l’innovation.

Nicolas Fournier : La directive Solvabilité S2 est aussi en train d’être revue. Les compagnies d’assurances font face à des changements dans leur business model. Le changement climatique doit ainsi être pris en compte au niveau du passif (de leurs engagements) et donc naturellement aussi à l’actif. Une compagnie d’assurances ne peut intervenir que s’il existe un aléa. Si l’événement est certain, aucune assurance n’est possible. Si demain la canicule intervient tous les ans, elle n’est plus assurable. Idem pour les inondations, si elles surviennent tous les ans au même endroit, elles ne sont plus assurables. Aujourd’hui, les assureurs réfléchissent à l’évolution de leur métier à l’horizon 2050, est-ce qu’il existera encore ? En attendant, ils vont avoir besoin pour l’ensemble de leurs actifs, y compris ceux confiés en délégation, de stress tests. Le process suggéré par le régulateur consiste à évaluer pour chaque société le risque sectoriel et géographique. Il faut ensuite se renseigner sur les mesures prises par la société pour le juguler dans le cadre d’une vision prospective. Ces évaluations doivent alors être combinées sur l’ensemble d’un portefeuille, et cela quelle que soit la classe d’actifs. Mais ces données, notamment géographiques, n’existent pas encore.

Isabelle Combarel : Il existe une réelle opportunité à se positionner sur ce type de prestations de service. Même en tant qu’actionnaire, il est difficile d’obtenir toutes les adresses des sites de production et il est impossible de retracer l’ensemble des chaînes d’approvisionnement. En tant que gestionnaire, les profils des spécialistes ESG que nous recrutons sont ainsi maintenant différents. Nous avons désormais besoin de nouvelles expertises, en environnement, en risques, mais aussi des professionnels qui ont une expérience industrielle ou dans d’autres domaines que la finance. Par ailleurs, les initiatives de place menées souvent par des leaders innovants ont un rôle central à jouer pour guider et accompagner les acteurs. La réglementation joue quant à elle un rôle d’accélérateur de «seconde phase» de tous les acteurs vers une norme contraignant les «moins convaincus» à rejoindre le mouvement. Il est essentiel de suivre cette réglementation et de l’anticiper car elle permet de se positionner en leadership sur les tendances de demain. A titre d’illustration, la publication de la doctrine AMF sur la finance durable est une évolution significative de notre autorité de tutelle. Elle préfigure de futures évolutions en France mais aussi à l’échelle européenne, et doit nous interpeller pour anticiper ces changements et les intégrer au plus tôt et au mieux, en transformant cette contrainte future en opportunité présente.

Matthieu Guignard : D’un point de vue réglementaire, les projets initiés par la Commission européenne sur la finance durable («Sustainable Finance») en mars 2018 constituent une avancée majeure en termes de définition, classification et comparaison des produits dans toute l’Union européenne. En parallèle, nous saluons également le projet de création de l’«Ecolabel européen», qui à ce stade est encore en discussion. Toutes ces initiatives d’harmonisation européenne illustrent la prise en compte de l’importance du sujet par tous les acteurs. Elles vont permettre une plus grande lisibilité, transparence et comparaison des produits ESG. Du point de vue des données, la revue de la Non-Financial Reporting Directive va dorénavant obliger tous les émetteurs à publier leurs données extra-financières sous la forme d’une grille harmonisée. Ce texte permettra un meilleur traitement des données ESG, facilitant ainsi l’analyse et bénéficiant donc in fine à l’ensemble de l’industrie et des investisseurs. C’est une sorte de courroie de transmission qu’il manquait aux asset managers qui ont des obligations croissantes de transparence dans les produits qu’ils conçoivent.


Est-il possible de créer des fonds qui répondent à la taxonomie européenne ?

Nicolas Fournier : Il n’est pas possible à ce jour, compte tenu des contraintes, d’élaborer des fonds d’actifs cotés qui y soient conformes, mais il est possible d’y parvenir dans le non-coté dans la mesure où l’univers d’investissement est plus large. Si on prend l’exemple du solaire, il existe quelques acteurs de petite taille qui sont spécialisés uniquement sur ces actifs, mais surtout des grands électriciens qui ne font pas seulement du solaire et ils ne sont à ce titre pas 100 % éligibles à la taxonomie.

Isabelle Combarel : Dans le non-coté, il est aussi compliqué d’y parvenir pour l’instant, mais cela va arriver, et de plus en plus. En effet, aujourd’hui l’univers d’investissement est relativement réduit, ce qui limite par conséquent les tailles des fonds et l’appétit des investisseurs institutionnels contraints par leur ratio d’emprise. Cependant la publication récente du rapport final sur la taxonomie par la Commission européenne est une belle avancée et il est certain que cette taxonomie deviendra un outil précieux pour construire demain de nouveaux produits alignés avec la transition énergétique et renforcer nos actions d’engagement avec les entreprises et les actifs d’infrastructure.

Florent Deixonne : La taxonomie européenne va permettre de classifier ce que l’on peut considérer comme étant une activité économique durable sur le plan environnemental en mettant en exergue six objectifs environnementaux et en s’assurant d’une contribution substantielle sans altérer les autres objectifs. Il s’agit d’un cadre supplémentaire à intégrer. A titre d’exemple, nos fonds ETF de green bonds, déjà conformes aux taxonomies «Green Bond Principles» et «Greenfin», vont naturellement évoluer vers ces nouveaux principes européens.

Ama Seery : Nous faisons partie d’un groupe de travail des PRI (Nations unies) qui examine spécifiquement la manière dont les fonds mettent en œuvre la taxonomie de l’UE. Les membres de ce groupe partagent leurs expériences et leurs difficultés d’interprétation de la taxonomie. Nous pensons que notre stratégie est déjà conforme à la réglementation, et nous ne sommes pas les seuls. Beaucoup d’autres membres du groupe de travail pensent également qu’ils gèrent des fonds qui sont en conformité.


La crise sanitaire actuelle va-t-elle permettre d’accélérer l’innovation en matière d’ESG ou risque-t-elle d’avoir l’effet inverse ?

Joël Prohin : Nous souhaitons que les mesures prises par les gouvernements puissent résoudre la situation exceptionnelle que nous sommes en train de vivre et préparer l’avenir de façon durable. Mais à très court terme, l’urgence de la situation est difficile à concilier avec une discrimination positive envers la thématique environnementale et le climat. Toutefois, notre souhait en tant qu’investisseur institutionnel est d’essayer de faire en sorte que les mesures prises aujourd’hui n’entraînent pas la création dans quelques années de nouveaux «cygnes noirs» climatiques, mais au contraire puissent aller dans le sens d’une reprise durable et responsable.

Florent Deixonne : La crise sanitaire actuelle aura un impact certain et fera émerger de nouveaux sujets de discussion avec les entreprises. Mais cet événement devra surtout être utilisé afin de ne pas «repartir comme avant». Les multiples plans de relance publiques en cours de préparation devront être élaborés avec un autre «prisme», c’est-à-dire en incluant les enjeux d’avenir que sont le climat, la biodiversité et la justice sociale. Lyxor compte démultiplier son «combat» contre le réchauffement climatique qui – s’il n’est pas dûment pris en compte – provoquera sans aucun doute des bouleversements encore plus importants à l’avenir.

Matthieu Guignard : Si l’on observe sans surprise, depuis le début de cette crise sanitaire, une sortie des investisseurs des classes d’actifs risquées – sur le marché européen des ETF par exemple, les flux sur les ETF actions et obligataires, toutes zones géographiques confondues, sont globalement largement négatifs sur le mois de mars – il est en revanche intéressant de noter la collecte positive des stratégies ISR sur la même période. Celle-ci prouve que les investisseurs commencent à arbitrer et à abandonner des expositions traditionnelles dans le contexte chahuté que nous connaissons pour se repositionner sur des stratégies d’investissement responsable. A plus long terme, nous pouvons supposer que la crise actuelle va probablement jouer un rôle de catalyseur dans l’adoption des stratégies ESG et climat.

Ama Seery : Nous nous préoccupons des aspects ESG depuis près de 30 ans et cela n’a pas changé à cause de la crise du coronavirus. La crise actuelle est étroitement liée aux questions ESG et, en tant qu’investisseur durable, nous pensons qu’il faut éviter les risques et investir dans les solutions. La situation a mis en évidence l’importance de certains secteurs, comme celui de la santé et du bien-être et celui des technologies de l’information, qui permettent d’investir dans les entreprises qui apportent des solutions.

Nicolas Fournier : La crise du coronavirus nous montre qu’il faut aller encore plus loin dans la décomposition des portefeuilles et prendre en compte l’activité des sous-traitants et leur localisation. Par ailleurs, l’émergence d’un risque nouveau nous montre que les analyses historiques ne sont pas suffisantes en matière de contrôle des risques.

Isabelle Combarel : En effet, en tant que société de gestion, nous avons essayé de mesurer les risques en portefeuilles notamment en nous appuyant sur l’analyse des chaînes d’approvisionnement et nous nous sommes rendu compte que cela était compliqué de manière instantanée. Il faudra revoir les bases de données et les indicateurs à mettre en place afin de mesurer de nouveaux risques. Un des enjeux est ainsi de devoir localiser précisément nos risques. Cet effort de transparence a été mené par nos équipes d’investissement et de reporting, mais ces analyses ont été essentiellement qualitatives. Par ailleurs, la crise met aussi en lumière notre dépendance par rapport à certaines zones géographiques au niveau des chaînes d’approvisionnement. Cela nous amène à nous poser de nouvelles questions quant à la construction de nos portefeuilles vis-à-vis de ces facteurs également. De leur côté, certaines entreprises sont déjà en train de s’interroger sur une re-régionalisation de leurs fournisseurs, en passant de la Chine à l’Europe notamment. Certaines grosses PME ont déjà entamé des discussions avec leur conseil d’administration ou leurs financeurs pour relocaliser des activités. Enfin, il est intéressant de noter la mobilisation des acteurs économiques, des PME et ETI, dans l’effort collectif pour lutter contre le coronavirus. Certaines entreprises de notre portefeuille ont mis des lignes de production à contribution, en produisant des gels ou des masques. SWEN Capital Partners s’est également inscrit dans cet élan. Cette vague de solidarité est remarquable et pourrait aussi être mise à contribution pour le climat une fois la crise passée.