L'analyse de Sebastian Paris Horvitz

Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation

Option Finance - 12 mars 2021

Le 9 mars 2020, les taux longs à 10 ans étaient à -0,79 % pour les obligations de l’Etat allemand et à 0,54 % pour les Etats-Unis. Ils reflétaient l’entrée des économies dans le tunnel inconnu d’une pandémie.

Un an après, le bout de ce tunnel semble proche. Les taux d’intérêt ont fortement remonté, pour atteindre plus de 1,5 % aux Etats-Unis et -0,3 % en Allemagne pour un taux à dix ans. Ils reflètent l’embellie économique qui se profile et anticipent une inflation en hausse. Néanmoins, selon certains, le marché obligataire serait en train de se précipiter. Pourtant, le marché n’a fait que retrouver les anticipations d’inflation qui prévalaient avant la crise. Aux Etats-Unis, elle s’établit à 2,2 % sur une échéance à 10 ans et en Allemagne à 1,2 %.

Les taux réels, quant à eux, restent à des niveaux négatifs. C’est pourtant l’augmentation rapide de ces derniers qui a déclenché l’accélération à la hausse des taux nominaux ces dernières semaines. Aux Etats-Unis, depuis le début d’année, le taux réel a gagné près de 40 points de pourcentage sur un taux à 10 ans. Derrière cette hausse se cache celle de la prime de terme. C’est-à-dire la prime qui compenserait les investisseurs sur les incertitudes associées à la détention d’une obligation d’Etat à une certaine échéance. Aux Etats-Unis, celle-ci a augmenté de près de 79 points de pourcentage depuis le début d’année sur une échéance à 10 ans. Est-ce trop ? Pas sûr. En effet, les incertitudes sont grandes concernant l’évolution de principaux déterminants des taux à long terme à la sortie de cette crise inédite.

En même temps, nous continuons à vivre sous l’emprise des banques centrales qui viennent peser sur la formation des prix des obligations d’Etat. Vont-elles intervenir afin de calmer le marché obligataire et éviter une montée trop rapide des taux ? A ce stade, c’est peu probable. Il en faudrait sûrement beaucoup plus pour que le niveau des taux vienne casser la reprise.