Le blog de Laurent Denize

Laurent Denize, co-CIO, Oddo BHF Asset Management

La croissance à «distance physique» de l’emploi

19 Juin 2020 - Laurent Denize

La faible productivité, le manque de réformes structurelles, et qui plus est, le double choc d’offre et de demande causé par la Covid-19, n’autorisaient pas sérieusement à penser que la croissance potentielle puisse accélérer suffisamment pour tirer à la hausse les sociétés cycliques et décotées. Elles ont pourtant rattrapé une partie significative de leur retard au cours des trois dernières semaines. Nous assistons toujours à une divergence croissante entre les anticipations optimistes du marché et l’état actuel de l’économie, dont la reprise repose sur la résorption du chômage.

Les marchés semblent en effet convaincus par le plan proposé par Angela Merkel et Emmanuel Macron pour donner un nouvel élan de nature à relancer l’Union européenne dans la course à la compétitivité et à l’attractivité. Toutefois, si les économies redémarrent mais que la distanciation physique persiste, alors la croissance peut rebondir fortement mais pas l’emploi. 

Car malheureusement pour ce dernier, les secteurs les plus touchés par la distanciation physique sont ceux qui emploient le plus de personnes. A titre d’exemple, le secteur des loisirs et de l’hôtellerie génère aux Etats-Unis 11 % des emplois pour seulement 4 % de la croissance. A l’inverse, le secteur technologique représente seulement 2 % des emplois mais 5 % de la croissance.

Dans cette situation, les banques centrales se verraient obligées d’accentuer leur politique monétaire ultra-accommodante actuelle, ce qui conduirait à réduire le risque de dépression et à porter globalement les valorisations d’actifs vers de nouveaux plus hauts. Il faut cependant rester vigilant à court terme avec l’émergence de certains risques (tensions sino-américaines, turbulences politiques aux Etats-Unis…) et être sélectif.