En matière de rémunération, Carlos Ghosn, président de l’alliance Renault-Nissan Motor-Mitsubishi Motors actuellement soupçonné de fraude fiscale et d’abus de biens sociaux, fait depuis plusieurs années figure d’exception dans le panorama économique français. Une singularité liée tant à l’importance de ses revenus qu’à leur structuration.
La rémunération de Carlos Ghosn suscite depuis plusieurs années d’âpres et récurrentes controverses. Les affrontements, à partir de 2015, entre le chef d’entreprise et Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie, le refus des actionnaires de Renault de voter les revenus du dirigeant un an plus tard… ne sont que des exemples parmi d’autres des frictions ayant émaillé, sur ce sujet précisément, l’histoire de l’alliance Renault-Nissan Motor-Mitsubishi Motors. Dans ce contexte, l’arrestation la semaine dernière au Japon de l’homme d’affaires franco-libano-brésilien, sur des soupçons de fraude fiscale et d’abus de biens sociaux, n’a pas manqué, fatalement, de ranimer le débat sur l’ampleur considérable de ses revenus, évaluée en 2017 à 13 millions d’euros, et sur l’opacité entourant la détermination de certaines de leurs composantes.
Jusqu’à aujourd’hui, cette somme a toujours paru justifiée, aux yeux des organes décisionnaires de l’Alliance et du principal intéressé, par le cumul des mandats exercés par le dirigeant. Situation elle-même exceptionnelle dans le panorama économique hexagonal, Carlos Ghosn occupant, il y a encore dix jours, les fonctions de président-directeur général de Renault, de président non exécutif de Nissan Motor, et de président du conseil d’administration de Mitsubishi Motors. A y regarder de plus près, on constate toutefois que, pris séparément, les revenus du capitaine d’industrie tirés de Renault et Nissan ont bien souvent dépassé, ces dernières années, les standards en vigueur dans les grands groupes français et nippons, que ce soit dans ou hors du secteur automobile. De quoi donner du grain à moudre à certains de ses détracteurs :