Les décisions prises par les banques centrales en matière de régulation financière ne dépendent pas seulement du contexte économique. Une vaste étude montre qu’elles peuvent aussi être liées… aux caractéristiques personnelles de leurs gouverneurs.
Les caractéristiques personnelles des banquiers centraux ont-elles une influence sur la régulation financière ? Telle est la question – plutôt iconoclaste – que pose une étude internationale réalisée par Prachi Mishra et Ariell Reshef, chercheurs respectivement au FMI et au CNRS, et dont s’est fait l’écho PSE-Ecole d’économie de Paris fin mars*. Si le rôle des gouverneurs de banque centrale vis-à-vis de l’inflation a déjà fait l’objet de travaux académiques, il n’en va pas de même de leur influence sur la régulation financière, moins connue et néanmoins bien réelle. Ce sujet les concerne en effet au premier chef : en 2012, deux tiers des banques centrales de 145 pays avaient la charge de réguler leur système bancaire. Leur influence sur l’environnement réglementaire et juridique est donc indéniable. Une influence qui ne relève pas seulement de compétences techniques. «Nous avons trouvé que, quelle que soit l’orientation politique du gouvernement, le background professionnel des gouverneurs est un facteur d’explication important pour les changements dans la régulation financière», expliquent les deux auteurs de l’étude.
Pour évaluer cette influence, ces derniers ont construit une base de données concernant 658 banquiers centraux sur une période allant de 1970 à 2011. Leurs parcours ont été analysés à partir d’informations personnelles (âge, études, expérience professionnelle avant et après leur mandat…), associées à des variables concernant les résultats des politiques menées....